L’amour au temps de Tinder

CHRONIQUE / Tinder est une application mobile très simpliste qui consiste à trouver l’élu de son coeur selon certains critères tels que l’âge, le sexe et la distance.

L’application repère les profils compatibles via la géolocalisation de l’appareil mobile. Si un profil vous plaît, vous le glissez vers la droite de votre écran ; sinon, vous le glissez vers la gauche, pour passer à un autre profil.

Vous obtenez un « match » au moment où votre profil est aimé par un profil que vous avez aimé également !

Cette superficielle méthode de rencontre est utilisée par plus de 50 millions d’utilisateurs, qui effectuent plus de 26 millions de « matchs » quotidiennement. Rien de moins !

L’application se veut le paradis de la superficialité, archétype même de la génération « douchebag », où le paraître fait fi de tout !

Aussi nocive qu’elle soit, elle devient un incontournable pour le célibataire contemporain qui souhaite rencontrer l’élu.

Dans une époque où le « like » est devenu un carburant pour l’ego, les relations humaines sont quant à elles désormais tributaires de ce phénomène toxique.

Avertissement : ce segment contient de nombreux anglicismes ; nous préférons vous en avertir !

Le célibat 2.0 est un monde illusoire, où le fait de ne pas être vis-à-vis son interlocuteur semble enlever toute forme d’inhibition, reléguant ainsi les relations interpersonnelles à de vulgaires échanges redondants.

Je « like » ta face, tu « likes » la mienne, copulons joyeusement jusqu’à ce qu’une plus belle face me « like » !

Je sais que ça peut paraître un peu cru, mais ça ressemble étrangement à la réalité d’aujourd’hui !

Les gens se consomment brièvement les uns les autres dans des relations jetables imperméables à tout sentiment. La génération actuelle ne connaîtra malheureusement pas l’effervescence de la séduction à l’ancienne, mais qu’à cela ne tienne, le prochain segment est pour les milléniaux !

Dans l’bon vieux temps, ça se passait de même…
L’Homo sapiens de la fin du siècle passé effectue sa parade nuptiale au crépuscule dans un espace public communément appelé « Le Bar ».

À cette époque préInternet, « Le Bar » constitue le lieu de prédilection pour les âmes esseulées.

Engourdi par les effluves de Brut 33 et de tabac, la grosse Laurentide à la main, l’homme, qui revêt pour l’occasion ses plus beaux atours, tente le grand coup en payant à la demoiselle au bout du bar une petite dose d’un breuvage alcoolisé communément appelé « shooter ».

La demoiselle en question, dont la beauté semble étrangement s’accentuer au rythme des shooters et des grosses Laurentides, a l’embarras du choix, car les mâles, présents en plus grand nombre, compétitionnent dans l’ultime but de conquérir ladite demoiselle avant la fin du rut.

Le disc jockey (DJ) est le maître de cette cérémonie nuptiale, entremetteur de moult relations.

De sa voix caverneuse, il fait résonner les colonnes de son avec le classique « last call dernier service, last call dernier service », qui est l’amorce d’une véritable course à la conquête, pour laquelle certains ont investi une petite fortune.

Tout ça, afin d’appâter la saveur du jour, surtout pour ne pas finir avec le réchauffé de la veille !

Les lumières se tamisent, laissant la piste de danse sous un épais brouillard de fumée. Présage que la soirée tire à sa fin.

Si vous croyez que le choix de la trame sonore qui meublera cette fin de soirée est pris à la légère, détrompez-vous, étant moi-même un ancien DJ, je suis conscient que les deux ou trois chansons sélectionnées peuvent faire basculer le cours d’une vie.

Repère temporel et émotionnel si puissant, une chanson peut réveiller une tonne de souvenirs gravés dans notre mémoire, tels les sillons d’un disque.

Je présume qu’il y a quelques parents qui racontent à leurs enfants qu’ils se sont embrassés pour la première fois sur l’une des chansons que j’avais choisie. Je suis peut-être responsable, en partie, du baby-boom du début des années 2000 !

Futile aux premiers abords, le slow est, en soi, un rituel complexe qui demande de la précision, ainsi qu’une certaine symbiose entre les partenaires et la musique !

Sous le regard des badauds, qui sirotent un dernier verre, noyant leur défaite, la piste de danse est envahie par les champions de la soirée.

Pour paraphraser Richard Desjardins, « Un beau grand slow collé » n’est pas nécessairement le gage absolu d’un coït en devenir.

Parfois, la demoiselle accepte, par compassion, la demande du mâle pourvoyeur d’alcool de la soirée, une forme de politesse porteuse d’espoir unidirectionnelle !

Par contre, lorsque qu’une mutuelle attirance se fait sentir, le slow est la prémisse à une langoureuse fin de soirée, qui aboutira ailleurs que devant une grosse poutine et un Fanta aux fraises !

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