Avec l'acquisition de la chaîne d'alimentation Whole Foods, Amazon se positionne sérieusement dans la vente d'épicerie aux États-Unis.

La vie comme dans Terminator

CHRONIQUE / Au milieu des années 90, aux balbutiements de l'internet, un petit libraire virtuel a fait son chemin envers et contre tous en créant ce qui allait devenir une référence dans le commerce en ligne. Aujourd'hui, Amazon vend encore des livres, mais ce n'est plus sa principale source de revenus, car ses tentacules s'étendent dans une multitude de domaines. Le petit libraire, devenu géant, est désormais l'une des principales raisons du déclin massif du commerce au détail américain.
L'essor du libraire en ligne est fulgurant, avec un chiffre d'affaires en 2016 de 136 milliards de dollars américains, qui fait d'Amazon le numéro un mondial du commerce en ligne. La recette de cet immense succès est en partie grâce à la diversification de ses activités commerciales. Amazon est à la base un vendeur de produits, mais le coup de génie de l'entreprise fût de s'ouvrir à la concurrence sur son propre site, c'est-à-dire qu'il permet à des tiers d'y faire des ventes. La variété de produits, combinée à la compétition entre les vendeurs, a pour effets une diminution des prix qui génère l'augmentation des ventes et du volume. Le flux de trésorerie généré est investi dans les acquisitions et dans le développement de nouveaux produits. Ce cercle vertueux Amazon permet une croissance permanente tout en investissant dans la recherche de nouvelles sources de revenus.
La simplicité d'utilisation de la plateforme ainsi que les modalités de livraison assurent le succès d'Amazon. Dans certaines villes américaines, les commandes sont livrées en quelques heures, parfois par drones ! Cette convivialité est en partie responsable du déclin massif des centres commerciaux américains. Un géant comme Sears n'a pas su s'adapter, et ce, malgré une tradition centenaire dans la vente par correspondance tandis que Walmart vend de l'épicerie afin d'attirer un plus grand nombre de consommateurs réguliers.
Amazon Go : l'épicerie libre-service
Depuis quelques années, certains supermarchés offrent des caisses libre-service où les clients scannent eux-mêmes leurs victuailles et en effectuent le paiement. Cette méthode est peu conviviale et plusieurs sont rébarbatifs à l'utiliser, d'autant plus que l'économie de temps est moindre. Un nouveau concept d'épicerie libre-service révolutionnaire ouvrira bientôt ses portes à Seattle. Actuellement en version bêta (terminologie habituellement associée au monde des technologies), l'épicerie Amazon Go se veut un lieu où le consommateur peut prendre ce qu'il veut dans les rayons et quitter l'épicerie sans avoir à passer par la caisse. Pour réaliser cet exploit, Amazon utilise les téléphones intelligents afin d'associer les produits avec un utilisateur d'application. Utilisant une sophistiquée poutine technologique alliant reconnaissances physiologiques, senseurs de produits ainsi que de puissants algorithmes, Amazon s'adapte donc à la génération des milléniaux, car l'épicerie semble le dernier rempart encore solide du commerce au détail. Avec l'acquisition de la chaîne d'alimentation Whole Food, Amazon se positionne sérieusement dans la vente d'épicerie aux États-Unis.
Les centres de données : la carte cachée
L'un des secteurs les moins connus de l'entreprise est probablement son service d'informatique en nuage qui occupe environ 30 % des parts de marché dans ce domaine. En offrant un service d'hébergement, Amazon réduit drastiquement ses coûts d'opération et génère un bénéfice considérable.  Amazon Web Services est actuellement le secteur le plus rentable de l'entreprise et sa croissance est assurée pour encore quelques années.
Des drones et des voitures autonomes qui livrent des produits, une épicerie entièrement automatisée, de l'achat uniquement en ligne. Il y a quelques années, ce scénario était digne de la science-fiction, mais aujourd'hui, les géants internet prennent les grands moyens afin de réduire les coûts d'opération en supprimant le plus possible l'interaction humaine. Qui sait, l'humain deviendra peut-être que main d'oeuvre pour entretenir la grosse machine ! On se croirait dans Terminator !