La Toile aux 30 bougies

CHRONIQUE / Cette semaine, plusieurs ont claironné haut et fort que l’Internet fêtait ses 30 ans. En fait, cette affirmation n’est pas tout à fait vraie, car c’est le Web, une application Internet, qui soufflait ses 30 bougies, le 12 mars.

Le 12 mars 1989, le physicien britannique Tim Berners-Lee, alors à l’emploi du l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), propose à son supérieur un projet bien particulier d’échange d’information basé sur les liens hypertextes. En l’espace de deux ans, il établit littéralement les bases du Web tel qu’on le connaît aujourd’hui, en créant le langage de programmation HTML (Hypertext Markup Language), les protocoles HTTP (Hypertext Transfert Protocol), ainsi qu’un rudimentaire navigateur Web. Destiné au départ pour l’échange rapide d’information entre les chercheurs du CERN, le Web est rapidement adopté par la communauté Internet, qui est, à cette époque, limitée aux courriels et aux babillards électroniques.

L’Internet avant le Web

Avant l’invention du Web, l’Internet était réservé aux universités, aux gouvernements et aux grandes entreprises. La démocratisation de l’informatique personnelle au milieu des années 80 a donné naissance aux premiers réseaux privés commerciaux. Compuserve est un précurseur qui a proposé des solutions de courrier électronique, de messagerie instantanée et divers babillards électroniques permettant aux utilisateurs de s’échanger des fichiers. À l’époque, pour la coquette somme d’une dizaine de dollars de l’heure, l’utilisateur avait accès à un écosystème limité et peu intuitif. Le Web viendra briser les écosystèmes fermés en offrant la possibilité à quiconque qui possède un accès Internet de naviguer à travers du contenu dont les serveurs sont décentralisés et interreliés par les hyperliens.

Encore Steve Jobs

À la suite de son départ catastrophique d’Apple en 1985, Steve Jobs fonde NeXT Computer avec pour mission d’offrir aux grandes maisons d’enseignement supérieur des ordinateurs performants munis d’un système d’exploitation révolutionnaire dérivé d’UNIX. C’est sur un ordinateur NeXT que Tim Berners-Lee a développé les bases du Web, allant même jusqu’à utiliser ce dernier comme serveur ! On dirait que le destin de l’informatique ne peut se dissocier de Jobs ! Malgré l’échec commercial de NeXT Computer, le gros cube noir de Steve Jobs a tout de même réussi à marquer l’histoire, car encore aujourd’hui, son système d’exploitation constitue la base de Mac OS X.

Les 3W qui chamboulent l’économie

Lorsque l’on fait un comparatif entre les puissances commerciales de 1989 et celles d’aujourd’hui, on se rend vite à l’évidence que le Web est désormais la clé de voûte de l’économie mondiale. Les géants de jadis tombent au profit de jeunes entreprises qui changent les modèles d’affaires traditionnels. Qui aurait dit, il y a 30 ans, que Sears allait être acculé à la faillite, que l’industrie du disque serait en dégringolade et que les médias traditionnels auraient peine à réaliser des revenus. Qui aurait dit que Google, ce simple moteur de recherche, allait devenir cette grande entreprise quasi monopolistique ?

La bulle Internet

Au début des années 2000, nous avons assisté à la bulle Internet, c’est-à-dire que plusieurs sites Web ont fait leur entrée en bourse en laissant miroiter des rendements extraordinaires propulsés par l’effervescence du Web. Par contre, à cette époque, la monétisation des sites Web n’était axée que par l’achalandage, sans toutefois vendre de produits. Cela n’a pas empêché les capitaux faramineux levés par les entrées en bourse de ces startups d’être dilapidés à la vitesse grande V et d’afficher des revenus faibles, voire absents. La bulle Internet a fini par éclater en mars 2000, balayant au passage bon nombre de sites Web et fragilisant plusieurs géants des télécoms tels que Nortel, Compaq et Cisco. Actuellement, la puissance des géants du Web inquiète plusieurs analystes, qui laissent présager que nous sommes peut-être au milieu d’une seconde bulle Internet, sauf que contrairement au début des années 2000, le Web génère actuellement de faramineux profits, et ce, même si plusieurs n’ont toujours pas de produits à offrir ! Une citation classique s’applique très bien à Facebook, à Google ainsi qu’à la majorité des géants du Web contemporain : « Si c’est gratuit, c’est vous le produit. »

Le saviez-vous ?

Le premier moteur de recherche Internet est le fruit d’un projet étudiant de l’Université McGill de Montréal. Apparu en 1987 sous le nom Archie – pour Archives –, il indexait au départ les sites FTP.