Annie Barrette a lancé le Club mécanique des femmes au printemps. Plus de 200 femmes ont suivi l’atelier de mécanique de base offert maintenant dans plusieurs villes à travers la province.

Prêtes à se salir les mains!

Quatre mois seulement après ses premiers ateliers de mécanique pour femmes donnés dans la région, la Chicoutimienne Annie Barrette, fondatrice du Club mécanique des femmes, propose maintenant des formations à travers la province et compte, dès l’automne, bonifier son offre.

Sous les chauds rayons du soleil, par un beau dimanche d’été, un petit groupe de femmes, attentives, sont agenouillées à côté de deux voitures. Gants de travail aux mains, elles s’affairent, au deuxième étage du stationnement situé à l’angle des rues Morin et Jacques-Cartier, à Chicoutimi, à changer un pneu.

L’atelier propose une heure de théorie et quatre heures de pratique afin d’apprendre les bases de la mécanique. Les participantes sont ensuite en mesure de faire des entretiens de base et de se débrouiller en cas de crevaison, par exemple.

Justine Bourdages tente de replacer une roue sur le moyeu d’un véhicule utilitaire sport, sous l’oeil attentif d’Annie Barrette, qui forme ce jour-là cinq femmes aux bases de la mécanique automobile. Elle s’agenouille à côté de son élève pour lui prodiguer quelques conseils, afin de l’aider à bien utiliser sa force et à arriver à fixer la roue, poser les écrous et les serrer.

« C’est assez physique, merci ! , laisse tomber après coup la jeune femme, qui a choisi de suivre l’atelier pour passer en même temps une « journée de filles » avec son amie Claudie.

« Mais, maintenant, je sais que c’est moins compliqué qu’on pensait », lance ensuite la jeune femme, fièrement.

Elles sont maintenant plus de 200, qui, comme Justine, ont choisi de s’initier à la mécanique afin de développer leur autonomie et gagner confiance en leurs capacités.

Anne Guay et Justine Bourdages ont décidé de suivre l’atelier afin de se sentir plus en sécurité derrière le volant et être plus autonomes.

Un résultat qui dépasse toutes les attentes de la formatrice, qui a décidé de laisser tomber une carrière d’électricienne dans l’industrie de la construction pour lancer son entreprise, au printemps.

« C’est fou, je réalise à quel point il y a un besoin extraordinaire », souligne celle qui demeure à Chicoutimi depuis une dizaine d’années.

Justine Bourdages tente de replacer une roue sur le moyeu d’un véhicule utilitaire sport, en suivant les conseils d’Annie Barrette.

Cinq ateliers ont jusqu’à maintenant été donnés au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

« Mon objectif, c’est juste de faire en sorte, finalement, que la fille ne reste plus assise dans le garage à consulter une revue, et qu’elle pose des questions. »

À travers la province
Les ateliers se sont également multipliés à travers la province. Rimouski, Gaspé, Granby, Carleton-sur-Mer, Longueuil, Rivière-du-Loup et Laval sont quelques-uns des endroits où des ateliers seront offerts en septembre. Dans bien des cas, il s’agit d’un deuxième passage dans ces municipalités.

Annie Barrette compte maintenant sur l’aide de la mécanicienne Fannie Naud pour dispenser la formation dans les environs de Montréal. Elle est d’ailleurs à la recherche d’autres mécaniciennes afin d’agrandir encore son offre d’ateliers.

L’atelier propose une heure de théorie et quatre heures de pratique afin d’apprendre les bases de la mécanique. Les participantes sont ensuite en mesure de faire des entretiens de base et de se débrouiller en cas de crevaison, par exemple.

Nouveaux cours bientôt offerts
Le Club mécanique des femmes offre une formation de base de cinq heures, comprenant une heure de théorie et quatre heures de pratique, afin d’apprendre, entre autres, à faire un changement d’huile, à survolter une voiture ou à réparer une crevaison.

Les « recettes du changement d’huile » ou la « gynéco sous le capot » sont quelques-unes des expressions imagées qu’utilise la formatrice pendant ses ateliers, elle qui détient un baccalauréat en enseignement professionnel et qui a enseigné par le passé au Centre de formation professionnelle Jonquière.

Annie Barrette compte offrir à partir de l’automne un cours de niveau 2 sur le système de freinage. Un troisième niveau, sur la vidange des liquides et le changement d’un radiateur, est aussi dans les projets.

Des ateliers pourront également être offerts chez les personnes qui le souhaitent et qui forment des groupes suffisamment importants.

Les projets ne manquent pas pour l’entrepreneure, qui est motivée par les sourires et les commentaires qu’elle reçoit, elle qui constate que la confiance est souvent ce qui manque aux participantes, plutôt que la débrouillardise. « Il y a des filles, qui, après mon premier atelier de base, ont changé des alternateurs, des radiateurs ! », conclut-elle.

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LA RECHERCHE DE L'AUTONOMIE

Au-delà de l’intérêt envers la mécanique, la recherche de l’autonomie est ce qui incite plusieurs femmes à suivre l’atelier offert par le Club mécanique des femmes.

« La mécanique, ce n’est pas quelque chose qu’on a appris vraiment chez nous. Je pense que c’était vraiment ma responsabilité de le faire moi-même », partage Justine Bourdages, d’Arvida, l’une des cinq femmes inscrites à l’atelier offert par Annie Barrette, dimanche dernier, à Chicoutimi.

Après quelques heures de cours, elle avait déjà en tête une liste d’outils qu’elle comptait acheter et placer dans le coffre de sa voiture, afin d’être autonome en cas de pépin.

Les motivations étaient semblables, du côté d’Anne Guay, de Chicoutimi, qui s’est inscrite afin de se sentir plus en sécurité derrière le volant et pour mieux comprendre le fonctionnement de sa voiture.

« Je me dis que si je m’en vais dans le parc [des Laurentides] et que je tombe en panne, je serai plus autonome. C’est le fun aussi de mieux comprendre ce qui se passe dans la voiture. Elle nous explique c’est quoi les différents systèmes, d’où le problème peut venir. »

Les deux participantes ont été attirées par la formule d’un cours pour les femmes, donné par une femme.

« C’est moins intimidant, surtout pour les questions », souligne Justine Bourdages. 

« On se sent à l’aise, vraiment », renchérit pour sa part Anne Guay.

Les renseignements sur les ateliers, au coût de 80 $ chacun, sont disponibles sur la page Facebook de l’entreprise ou au clubmecanique.com.

Pour les gars aussi

Même si le Club de mécanique des femmes s’adresse avant tout à une clientèle féminine, les hommes sont aussi les bienvenus.

Annie Barrette les appelle ses « guerriers », elle qui est bien consciente qu’il faut une dose d’humilité et de courage pour les hommes qui se joignent à ses ateliers.

« Ce n’est pas parce que tu es un gars aujourd’hui que tu as nécessairement un père qui t’a montré comment faire », souligne-t-elle.

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«TRANSFORMER LE NÉGATIF EN POSITIF»

«Une fille qui fait de la mécanique... t’as pas un chum dans ta vie, toi, pour faire ça ?» «Attention, tu vas te casser un ongle!» «Tu vas casser en deux!»

Ces commentaires, Annie Barrette, fondatrice du Club mécanique des femmes, les a souvent entendus, dès qu’elle ouvrait le capot d’une voiture.

Il y a quelques mois, alors qu’elle a eu un ennui mécanique dans le stationnement d’un grand détaillant, les commentaires ont de nouveau afflué. C’est la goutte qui a fait déborder le vase.

«Si, mettons, j’avais vraiment eu besoin d’aide, je me serais vraiment passée des commentaires plates qu’il y avait avant», déplore-t-elle.

Après avoir partagé son exaspération sur sa page Facebook, les nombreux commentaires reçus l’ont incité à fonder sa propre entreprise, pour démystifier les entretiens de base ainsi que développer l’autonomie – et la confiance – des femmes en cas d’ennui mécanique.

«J’ai voulu transformer le négatif en positif», ajoute celle qui a milité activement au sein de son syndicat, dans l’industrie de la construction, pour contrer la discrimination qu’elle constatait envers les femmes, et qui a oeuvré pendant une quinzaine d’années comme électricienne et électromécanicienne.

Aujourd’hui, elle ne regrette aucunement son choix. «J’ai longtemps lutté contre une machine qui ne voulait pas de moi. Là, je travaille pour quelque chose qui est le fun et qui est constructif», conclut-elle. Myriam Gauthier