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La découverte des 215 dépouilles d’enfants sur le terrain de l’ancien pensionnat de Kamloops, situé sur le territoire de la nation autochtone Tk’emlúps te Secwépemc, en Colombie-Britannique, a bouleversé tout le pays.
La découverte des 215 dépouilles d’enfants sur le terrain de l’ancien pensionnat de Kamloops, situé sur le territoire de la nation autochtone Tk’emlúps te Secwépemc, en Colombie-Britannique, a bouleversé tout le pays.

Pour une réconciliation enracinée dans l’humilité

Spiritualité
Le Progrès
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CHRONIQUE / Tous les ans, le 21 juin, le Canada célèbre la Journée nationale des peuples autochtones. Cette année, cette occasion de commémoration est marquée, entre autres, par la fin de l’enquête publique sur le décès de Joyce Echaquan et la découverte des 215 dépouilles d’enfants sur le terrain de l’ancien pensionnat de Kamloops, situé sur le territoire de la nation autochtone Tk’emlúps te Secwépemc, en Colombie-Britannique. Dans un tel contexte, les appels à la réconciliation se multiplient, comme si cette notion allait de soi, comme si elle faisait consensus et que nous en avions toutes et tous la même conception. Pourtant, c’est loin d’être le cas.

Il y a quelques nuances à apporter à la notion de réconciliation qui, dès la mise en place de la Commission Vérité et Réconciliation, était loin de faire l’unanimité. On peut comprendre que, du côté autochtone, un certain sentiment de méfiance puisse émerger lorsque l’on parle de réconciliation. Plusieurs leaders autochtones voient dans ce mot l’illustration du désir des allochtones de passer à autre chose, d’oublier ce pan gênant de l’histoire du pays. Plusieurs membres des communautés autochtones ont ainsi l’impression que l’on s’attend à ce que la réconciliation se fasse suivant les conditions dictées par les autorités allochtones.

Pour les membres des Premiers Peuples, la réconciliation implique de profondes transformations au niveau des institutions canadiennes. Dans quelle mesure ces dernières sont-elles prêtes à changer ? Après avoir reconnu les torts passés, il faut que les peuples autochtones puissent jouir des droits et des bénéfices dont jouissent déjà tous les autres Canadiens. Et de cela, nous sommes encore loin. Pensons à toutes ces communautés n’ayant toujours pas accès à l’eau potable, dans ce Canada du 21e siècle…

Réconciliation et réparation

La réconciliation doit nécessairement passer par la réparation. Ce qui nous amène, notamment, à parler de notre rapport au territoire. Les communautés autochtones aspirent à une pleine autonomie sur leur territoire, à une cohabitation fondée sur un rapport d’égal à égal, notamment dans le développement des ressources. Comment y arriver ? Pour la majorité allochtone, ce sera l’occasion de revoir notre gestion du territoire et de ses ressources, de reconnaître la valeur spirituelle du territoire pour les autochtones, et dans la foulée, dépasser toute vision purement utilitariste de ce dernier. Pour les 11 nations autochtones présentes sur le territoire québécois, gérer le territoire, c’est essentiellement le protéger, s’assurer que ce sol puisse être foulé par les sept générations à venir.

Pour que la réconciliation soit possible, les non-autochtones sont invités à prendre conscience qu’ils continuent de bénéficier du système en place, un système qui permet de perpétuer des inégalités. La richesse de nos collectivités s’est en grande partie construite sur les terres et ressources des communautés autochtones. Nous sommes, que nous le voulions ou non, les héritiers d’un système colonial. Il s’agit maintenant de trouver ensemble ce qui peut être fait pour réparer les injustices du passé et établir un avenir fondé sur une relation d’égalité. Nous avons, comme le souligne Michèle Audette, un avenir à co-construire.

Une réconciliation intérieure

Plusieurs militantes et militants autochtones formulent également ce besoin : celui de procéder dans un premier temps à une réconciliation au sein même des communautés. Il s’agit ici de surmonter les effets de la colonisation sur le tissu social des communautés, notamment, de vivre une guérison communautaire et spirituelle. Comme le dit Ellen Gabriel : « Quand vous perdez une partie de vous-même, vous êtes en deuil. Les personnes autochtones sont en deuil. Nous avons besoin de trouver une sorte de paix, pour pouvoir ensuite parler de la reconstruction de nos institutions. » Cette réconciliation intérieure passe également par les jeunes, qui constituent la majorité au sein des populations autochtones. Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, soutient qu’il faut avant tout réapprendre aux jeunes autochtones à rêver. Il en appelle à briser le cercle de la honte et de la colère initié par la Loi sur les Indiens de 1876 et les traumatismes des pensionnats autochtones, et à ainsi apaiser la douleur intergénérationnelle présente chez ces peuples.

La poétesse innue Natasha Kanapé Fontaine parle quant à elle de la nécessaire connaissance de soi, qui pourra être suivie de la connaissance de l’autre. Dans l’ouvrage Kuei, je te salue, elle écrit : « J’entreprendrai la recherche du sentier qui me mènera à ma propre réconciliation. Me réparer d’abord, réparer mes blessures, ma Blessure personnelle de la Colonisation. Puis me chercher, partir à la recherche de mon visage et enfin arriver au point de départ de ma réconciliation personnelle. »

Face à ces besoins exprimés avec force par nos frères et nos soeurs autochtones, témoignons d’une présence toute en gratuité et en humilité. La réconciliation ne se fera pas à notre rythme, mais au rythme des Premiers Peuples. Le chemin de la réconciliation constitue une démarche sur laquelle il faudra toujours veiller, une démarche qui sera toujours à approfondir.

Marie-Andrée Gill, poétesse innue de Mashteuiatsh, y va de cette piste, toute simple, à explorer afin d’améliorer nos relations :

Le remède est pourtant pas compliqué, me semble.

Il tient dans une main qu’on peut tendre à n’importe qui : la douceur.

Mathieu Lavigne

Directeur, Mission chez nous