Pour rencontrer le meilleur de l’autre !

CHRONIQUE / Le mardi 11 février 2020 était soulignée la Journée mondiale des malades. Ici au Québec, c’est sous le thème « À pleines mains » (Centre Spiritualité santé de la Capitale-Nationale) que nous étions invités à nous rappeler combien la vie peut être fragile pour de nombreuses personnes, mais qu’elle pouvait aussi devenir une occasion de relever en nous ce que nous avons de plus précieux et qui demeure malgré la maladie, la nôtre ou celle des personnes dont nous nous faisons proches.

Voilà un thème qui évoque sans contredit toute l’importance de la rencontre de l’autre. En effet, au-delà de la souffrance physique ou psychologique, il y a la présence de personnes qui cherchent à nous reconnecter à notre dignité d’être ou au meilleur de nous-mêmes et qui nous échappe parfois quand nous sommes malades. Qu’il s’agisse de nos proches ou du personnel de la santé, nombreuses sont ces personnes qui, au quotidien, à travers leurs paroles, leurs petits gestes ou simplement leur sourire, arrivent à nous saisir par en dedans et contribuent ainsi à rendre réelle la conviction que nous avons de la valeur à leurs yeux. Chaque fois que je m’arrête sur cette pastorale du réconfort qui m’invite à m’approcher de l’autre avec humilité, je ne peux m’empêcher de me rappeler la parabole du bon Samaritain que Jésus raconte dans les Évangiles. Ce ne sont pas tant les paroles dites qui marquent le lecteur, car elles sont presque dérisoires. Non, c’est la disposition du cœur qui est d’abord mise en valeur « il le vit et fut saisi de compassion » (Luc, 10,33). C’est cette même disposition du cœur, humble et sincère, qui fait une différence et qui peut redonner la dignité à toute personne, fusse-t-elle malade ou fragile. Ce sont les gestes posés avec respect et amour qui nous font guérir du « dedans ».

Il suffit de peu pour apporter du réconfort

Il m’arrive de rencontrer des personnes qui sont hésitantes à visiter une amie, un ami ou un membre de leur famille qui est malade. La plupart du temps, elles partagent ne pas savoir quoi faire ou quoi dire en présence de leur proche dont la santé est fragilisée. Parfois, la crainte ou le malaise ira même jusqu’à les empêcher de « se faire proches » de la personne qu’elles aiment. Malheureusement, devant l’absence de ces personnes signifiantes, ce sera souvent un sentiment d’incompréhension qui persistera chez ceux et celles qui sont malades. Et pourtant, il suffit habituellement de peu pour apporter du réconfort. Bien des personnes malades m’ont partagé avoir été touchées qu’un tel ou qu’une telle ait pris du temps pour venir les rencontrer. Ce n’est même pas une question de longueur de temps ! Le simple fait de s’être déplacé pour une personne malade va prendre très souvent tout un sens pour cette dernière : j’ai de la valeur à ses yeux.

« Ainsi sur ce chemin qui s’ouvre, chacun sera confronté au risque de se découvrir, de se rencontrer et peut-être de s’aimer avec plus de bienveillance et de respect, pour rencontrer le meilleur de l’autre et des possibles de la vie », a dit Jacques Salomé.

Lorsque la santé est chancelante, l’essentiel de ce qui fait du sens dans nos vies doit prendre le dessus. L’autonomie, le travail, les loisirs peuvent être mis sur pause, mais pas l’amour, l’amitié, la main qui apaise, le regard confiant, la prière silencieuse ou la parole de soutien. Toutes ces choses, aussi petites soient-elles, font partie du meilleur de chacun et de chacune que nous devons préserver à tout prix, spécialement avec les personnes malades que nous rencontrons. Se faire proche d’une personne affectée par la maladie, c’est définitivement accepter à un moment ou à un autre d’être impuissant, de ne pas avoir de solutions ou de recettes magiques à proposer. C’est consentir à écouter et à entendre parfois ce à quoi on ne s’était pas nécessairement préparé, mais qui fait du bien à l’autre parce qu’elle a pu trouver une oreille à qui se confier. Se faire proche d’une personne qui est fragilisée par la maladie, c’est par-dessus tout ne jamais cesser de croire en elle et le lui manifester. Et enfin, pour arriver à rencontrer le meilleur de l’autre, je crois qu’il est nécessaire de ne jamais perdre de vue l’importance de faire preuve de bienveillance envers nous-mêmes, car de toute façon nous n’arriverons jamais à faire davantage que « de notre mieux ». J’en ai la conviction !

Renée Lepage, formatrice

Institut de formation théologique et pastorale

Intervenante en soins spirituels au CIUSSS