Nathalie Dallaire taquinait la ouananiche, à la fosse du Trou de la fée, sous le regard amusé d’Isabelle Gariépy, assistante à la protection de la faune.

Pêche Lac-Saint-Jean: une gestion qui fait des heureux

Très prisés, le lac Saint-Jean et ses nombreux affluents s’avèrent des eldorados de pêche. La Corporation pour LACtivité pêche Lac-Saint-Jean (CLAP) assure en ce sens un mode de gestion qui a fait ses preuves, et dont les retombées et résultats ne cessent d’étonner. Le Piékouagami ainsi que seize de ses tributaires, désignés aire faunique communautaire (AFC), profitent conséquemment de ce statut et de la pérennité qui l’accompagne. Le Progrès a suivi une assistante en protection de la faune de la CLAP sur la rivière Métabetchouane, à Desbiens, afin de vivre de l’intérieur ce qui contribue au succès de cette gestion collaborative.

À l’instar des randonneurs qui serpentent sur les passerelles du Trou de la fée, des acrobates qui filent sur un câble au-dessus des rapides de la Métabetchouane et des pagayeurs qui les affrontent, d’autres adeptes, bien tapis aux abords des fosses, vivent un moment fort privilégié.

En plus de posséder un permis de pêche du Québec, tout pêcheur mettant une ligne à l’eau à l’intérieur du territoire de l’AFC du lac Saint-Jean (dont la superficie totalise 1 111,6 km2) doit détenir une autorisation émise par la CLAP. Les mordus désirant taquiner à la mouche la ouananiche en rivière sont pour leur part sélectionnés par tirage au sort, ce type de pêche étant contingenté et possible uniquement durant certaines périodes.

Si la Haute Ashuapsmushuan est très convoitée, la rivière Métabetchouane est aussi populaire en raison de son accessibilité et de ses frayères à ouananiche bien peuplées, aux dires de Marc Archer, directeur de la CLAP.

François Lajoie avait remporté par tirage au sort un jour de pêche, lui permettant l’accès à la pêche à la mouche sur la rivière Métabetchouane.

« Les poissons peuvent aller chercher facilement une livre de plus en rivière, les adultes pouvant demeurer dans les fosses », explique le gestionnaire bien connu du milieu.

François Lajoie et sa conjointe Nathalie Dallaire avaient la chance d’avoir été sélectionnés pour promener leur mouche en contrebas du Trou de la fée.

« Ça fait des maudites de belles journées! C’est moins cher et plus accessible que la pêche au saumon », affirme celui venu de Lanaudière à son chalet de Saint-Félicien. L’assistante en protection de la faune (APF) Isabelle Gariépy les avait pris en charge, assurant en filigrane le respect de la réglementation, mais aussi l’échantillonnage complet des prises.

Omniprésents
Pas moins de sept assistants patrouillent l’AFC du lac Saint-Jean, autant sur la mer intérieure que dans les rivières qui y sont comprises. Ayant un mandat de sensibilisation, d’éducation et de surveillance, ils s’assurent en quelque sorte que les lois et règlements sont respectés, au même titre qu’un agent de la protection de la faune. Sans être guides de pêche, ils encadrent, accompagnent et assurent la sécurité des amateurs, délivrant une approche client très appréciée.

L’assistante à la protection de la faune Isabelle Gariépy analysait et expliquait le mouvement du courant afin de procurer à Nathalie Dallaire la meilleure expérience de pêche.

« Les habitués nous connaissent bien; et en général, les gens sont heureux de voir que nous protégeons la ressource. C’est une relation très fraternelle », reconnaît Isabelle Gariépy, qui, entre autres, pèse, mesure et prélève des écailles des prises afin de faire un suivi de la ressource. Chaque année, les assistants se forment aux côtés des agents du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), question d’être à jour avec les nouvelles réglementations.

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IMPORTANT MANDAT

Disposant d’une mécanique bien huilée, qui démocratise la pêche et assure une primordiale surveillance tout en mettant en valeur l’activité de la pêche, la CLAP possède un bail exclusif de pêche à des fins communautaires, qui est décrété par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). 

« Le financement de la CLAP provient essentiellement de la vente des droits d’accès. Mais des fonds provenant d’organismes privés, publics et parapublics sont utilisés pour la gestion et l’acquisition de connaissances scientifiques », vulgarise Marc Archer. Il cite en exemple l’aménagement, en 2017, de 25 frayères à éperlan arc-en-ciel dans le lac Saint-Jean. 

La CLAP a aussi contribué à permettre d’exploiter le potentiel que représente la capture de la ouananiche en période de montaison en rivière, dont la pêche était interdite jusqu’en 2008. Cette exploitation encadrée, calquée sur le modèle de la pêche au saumon, s’avère très populaire et constitue un produit d’appel fort pour la haute saison dans la région du Lac-Saint-Jean. 

« C’est environ 30 à 40% de la clientèle qui provient de l’extérieur de la région et qui se déplace pour la pêche en rivière à la mouche », avance le biologiste de formation.

L’étroite collaboration entre le MFFP et la CLAP amène d’importants bénéfices aux deux organismes. « On se donne mutuellement des coups de main pour de nombreux dossiers. Et l’effectif de la CLAP permet, par délégation de gestion, de libérer les agents de protection de la faune, qui peuvent être plus efficaces ailleurs sur le territoire », analyse celui qui est à la barre de la corporation depuis presque depuis sa création.

L’assistante à la protection de la faune Isabelle Gariépy analysait et expliquait le mouvement du courant afin de procurer à Nathalie Dallaire la meilleure expérience de pêche.

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DES FILLES DE BOIS

La CLAP compte parmi ses employés deux assistantes à la protection de la faune, qui sillonnent l’AFC comprenant le Piékouagami et son pourtour. Des filles qui carburent à la nature, et qui honorent la présence féminine dans le secteur de la pêche, loin d’être, selon que ce pensent plusieurs, un univers uniquement masculin. 

Isabelle Gariépy et Stéphanie Tremblay ont des parcours atypiques, mais une flamme bien commune: un amour de la nature et un désir de mettre la main à la pâte pour protéger cette dernière, ainsi que ses ressources.

Ayant un passé de guide en plein air et aussi de géologue, Isabelle Gariépy évolue en forêt depuis longtemps, et, selon elle, pour longtemps. Elle sourit immédiatement lorsqu’on la questionne sur son travail (qu’elle adore) et particulièrement quand elle est questionnée sur la relation qui règne entre l’assistante et les pêcheurs. « Je ne perçois pas de surprise parce que je suis une femme lorsque j’aborde les pêcheurs. Au contraire, je tends à croire que c’est plus facilitant », croit la mordue de sports de plein air. 

Sabrina Barnes, une amie (et icône) respective des deux assistantes à la protection de la faune jeannoises, est une pêcheuse à la mouche qui agit comme mentor, clinicienne et porte-étendard féminine de la pêche à la mouche. Elle et sa consoeur Joannie De Lasablonnière sont les instigatrices de La pêche au féminin, qui propose des sorties ainsi que formations exclusivement féminines. Les demoiselles ont d’ailleurs investi la rivière Mistassini le 10 août dernier, afin d’y tenir une clinique d’initiation à la pêche à la ouananiche, sous la supervision de la CLAP.