Qu’elle soit jeune ou moins jeune, lorsqu’une personne est souffrante, nous sommes invités à nous intéresser à elle. Il nous faut reconnaître que plusieurs personnes souffrent en silence et qu’elles ne savent pas comment communiquer leur souffrance. Cela est d’autant plus difficile pour les jeunes.

Parler du suicide sauve des vies

CHRONIQUE / La Semaine de prévention du suicide qui se termine aujourd’hui a pour but de sensibiliser et de mobiliser les gens du Québec à l’importance de la problématique du suicide et des moyens qui sont mis en œuvre pour prévenir celui-ci. Ayant été touché de près par le suicide de l’enfant d’un couple d’amis il y a 30 ans, étant confronté à cette problématique comme prêtre alors que je suis appelé à présider des funérailles suite à un suicide et, par le fait même, à rencontrer les familles et les amis pour préparer la célébration, voire parfois les accompagner, étant engagé personnellement dans cette cause par mon implication au sein du Centre de prévention du suicide 02, croyant de surcroît à la valeur de la vie humaine, je demeure profondément convaincu que plus on parlera de la prévention du suicide, plus il sera possible de sauver des vies.

Nouvelles données statistiques

Lundi dernier, en collaboration avec l’Institut national de santé publique du Québec et le Bureau du coroner, l’Association québécoise de prévention du suicide a présenté les plus récentes données sur la mortalité par suicide au Québec. Malgré le fait que, depuis l’an 2000, le nombre de suicides soit en baisse, on mentionne qu’en 2017, 1045 personnes se sont enlevé la vie, soit une moyenne de trois suicides par jour. Chez les hommes, le suicide est trois fois plus élevé que chez les femmes.

Les données font également mention qu’il y a eu près de 3900 hospitalisations à la suite d’une tentative de suicide en 2018, soit une moyenne de 11 par jour. Le taux d’hospitalisation est plus important chez les femmes qu’il l’est chez les hommes. Cette hausse est notamment remarquée chez les adolescentes âgées entre 15 et 19 ans. Si ce portrait demeure partiel, il est toutefois significatif. C’est dire l’importance de parler du suicide.

Les enfants AUSSI

Un fait troublant s’ajoute à ces données. Il y a quelques jours, dans une entrevue accordée à une journaliste du Quotidien, deux intervenants du Centre de prévention du suicide affirmaient qu’il arrive que l’on téléphone au Centre pour des jeunes qui ont 7 ou 8 ans. Ce sont des proches, professeurs, parents et autres, qui s’inquiètent. Plus près de moi, durant les Fêtes, quelqu’un me partageait être intervenu directement auprès d’un jeune de 10 ans.

Qu’elle soit jeune ou moins jeune, lorsqu’une personne est souffrante, nous sommes invités à nous intéresser à elle. Il nous faut reconnaître que plusieurs personnes souffrent en silence et qu’elles ne savent pas comment communiquer leur souffrance. Cela est d’autant plus difficile pour les jeunes.

Prendre sérieusement l’allusion au suicide

Il est bon de porter à notre compréhension que lorsqu’une personne parle de ses intentions de se suicider, c’est pour elle l’occasion d’exprimer le fait qu’elle souffre.

Il nous faut également comprendre que ce n’est pas la mort qu’elle recherche, mais la fin de sa souffrance. D’où l’importance de prendre au sérieux ce dont elle fait mention. La souffrance ne peut s’affronter seule. Elle a besoin d’être exprimée. Même si nous ne comprenons pas précisément la souffrance de l’autre, il nous faut l’accueillir. Rien de ce qui est vécu intérieurement ne doit être considéré comme n’étant pas important. Le suicide étant une solution permanente à un problème qui est temporaire, je suis profondément convaincu qu’il n’est pas la solution. Il ne le sera jamais. Pour avoir accompagné quelques personnes ayant des intentions suicidaires, je sais pertinemment qu’il y a toujours moyen d’envisager des avenues autres que celles suscitées par une souffrance devenue trop grande.

Il arrive que des gens me posent la question suivante : « si je demande à mon ami s’il pense au suicide, est-ce que je vais lui mettre l’idée en tête ? » Au contraire. En lui posant la question directement, on lui ouvre une porte importante, celle de lui permettre de pouvoir exprimer sa souffrance, sachant qu’il a une oreille attentive qui va l’écouter, l’accueillir dans ce qu’il vit. D’autres personnes m’ont partagé leur malaise face à quelqu’un qui leur confierait le désir de se suicider. Elles ont peur de ne pas avoir les mots qu’il faut. C’est alors que je leur réponds qu’il faut juste écouter, écouter avec respect. Car l’écoute permet à la personne de ventiler sa souffrance, de la dire, de l’exprimer, de la pleurer. Si vous vous sentez démunis devant une personne qui vous confie son désir de se suicider, vous pouvez téléphoner au Centre de prévention du suicide où des gens très compétents vous écouteront et répondront à vos questions afin de vous permettre de mieux intervenir auprès de cette personne.

Un autre aspect non négligeable est celui de faire prendre conscience à la personne suicidaire que, si elle passe à l’acte, elle laissera dans le deuil des personnes qui l’aiment et… qu’elle aime. En prenant conscience de cette réalité, cela peut aider la personne à vouloir se prendre en main et à demander de l’aide.

Garder foi en la vie, c’est reconnaître qu’elle est précieuse. Parler du suicide et le prévenir, cela est possible… ensemble.

Jean Gagné

Prêtre