Ne tuons pas la beauté du monde

CHRONIQUE / Ces quelques mots sont tirés d’une chanson de Luc Plamondon dont la source remonte au décès tragique d’une femme, survenu en 1972. Cette dernière, voulant alerter la conscience sociale des gens, notamment à propos de l’écologie, avait consigné dans un calepin les mots suivants : « Vous avez détruit la beauté du monde. »

Les mots de cette chanson me sont venus à l’esprit après avoir lu une réflexion dans laquelle on mentionne l’importance de mettre de côté son téléphone intelligent pour s’occuper de ses enfants, car tel était le voeu de l’enfant qui avait exprimé ce désir dans un texte intitulé Mon souhait.

Il y a à peine quelques semaines, la jeune activiste suédoise de 16 ans Greta Thunberg, qui milite en raison de l’inaction des gouvernements face aux changements climatiques, a prononcé des paroles dures devant les gens réunis à l’occasion du Sommet de l’Organisation des Nations Unies portant sur l’action climatique.

Mardi dernier, on nous annonçait l’arrestation d’un jeune dans une école secondaire de notre région à la suite de gestes d’intimidation. Jour après jour, les différents médias nous font part de mauvaises nouvelles qui, bien souvent, nous sapent le moral. Est-ce qu’il n’y a que ce qui est négatif pour nourrir notre esprit et notre coeur ? Si je reviens aux paroles du chant de Plamondon, il est dit : « Ne tuons pas la beauté du monde/Faisons de la terre un grand jardin/Pour ceux qui viendront après nous. »

Souligner l’Action de grâce

C’est justement sur ce grand jardin que je vous propose de jeter un coup d’oeil. La fête de l’Action de grâce en est un beau prétexte. Cet événement trouve son origine dans la fête des récoltes où, selon la tradition, on remercie Dieu pour l’abondance des fruits de la Terre. Cette fête est également pour plusieurs l’occasion de rendre grâce pour les bonheurs vécus durant l’année.

Pour reprendre l’image du jardin, à travers les mauvaises herbes que sont les nouvelles négatives de toutes sortes, il s’y cache des personnes et des événements extraordinaires qui ne feront pas nécessairement la manchette dans les médias. Personnellement, lorsque je regarde autour de moi, je connais de ces personnes qui viennent nourrir mon émerveillement.

S’émerveiller devant des personnes qui font la différence

Cinq jours sur sept, le matin, je vois mes voisins, un couple dans la jeune trentaine, s’amuser dehors avec leurs enfants en attendant l’autobus scolaire qui passe autour de 7 h. La même chose se reproduit à la fin de la journée et la fin de semaine. Que dire de cette amie qui, jour après jour, tout en étant à son travail et s’occupant de sa famille, se donne le temps nécessaire pour prendre soin de son père qui, malheureusement, vit des pertes de mémoire. Je ne peux passer sous silence un ami qui, depuis des années, séparé de son ex-épouse, prend un soin fou de ses enfants, leur accordant son temps pour qu’ils puissent s’épanouir et se réaliser. Mes frères et belles-soeurs ne sont pas en reste, eux qui ont accompagné leurs enfants dans le sport depuis leur tout jeune âge, ou encore qui les accueillent et les accompagnent dans leur réalité.

Des jeunes qui forcent l’émerveillement

Comme adultes, il nous arrive de critiquer les jeunes pour toutes sortes de raisons. S’il y en a qui, malheureusement, sont plus délinquants, il y en a d’autres qui ont mon admiration. Sans les nommer, et je sais qu’ils se reconnaîtront, je pense à ceux de mon entourage qui ont le coeur à la bonne place. Sportifs pour certains d’entre eux, j’ai accès plus souvent qu’autrement à ce qui est extraordinaire en chacun d’eux, c’est-à-dire la richesse de leur personnalité et celle de leurs valeurs. Il me suffit également de regarder d’autres jeunes qui, toujours dans mon entourage, sont sur les bancs d’école afin de s’assurer un avenir intéressant.

Ces derniers temps, j’ai connu des gens dans la vingtaine et dans la jeune trentaine qui, sur le marché du travail, font preuve d’un professionnalisme extraordinaire. S’ajoutent à cette liste, des personnes qui, oeuvrant dans divers secteurs du travail communautaire, ont leurs causes tatouées sur le coeur et qui, dans de simples gestes posés au quotidien, font la différence dans la vie des gens.

Ne pas oublier que nous avons été jeunes

Sans idéaliser chacune de ces personnes dont je sais porteuse de leurs propres limites comme moi, j’ai les miennes, sachant également que tout être humain a sa part d’ombre et de lumière, je prends le temps de m’émerveiller de l’implication de chacune. L’engagement de Greta Thunberg dans son combat du changement climatique et les différents commentaires sarcastiques et parfois haineux auxquels elle fait face m’ont rappelé qu’il fut un temps où, moi aussi, j’ai été jeune et que j’avais mes rêves et mes idéologies. Si certains de ces rêves et certaines de ces idéologies sont tombés au combat, ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Devant la morosité de ce que peuvent parfois refléter les médias, je nous souhaite de prendre le temps de regarder autour de nous afin d’y voir « la beauté du monde » à travers toutes ces personnes qui, sur ce « grand jardin », vivent avec nous. Je nous souhaite également de profiter de cette fête de l’Action de grâce pour remercier les gens autour de nous qui, loin de tuer la beauté du monde, travaillent à ce qu’il soit plus merveilleux dans la simplicité de leur quotidien.

Jean Gagné, prêtre