Une terrasse surplombe la rivière au camping de la rivière aux pommes, à Neuville.

Mon «chalet» au camping

Au Domaine de la rivière aux pommes, à Neuville, les campeurs aiment se construire des terrasses. Elles jouxtent les véhicules récréatifs (VR), surplombent le cours d’eau et voisinent les feuillus et les conifères.

Les propriétaires y disposent toutes sortes de chaises : des pliantes, des longues, des balançoires, des Adirondack, des «normales» autour d’une table. Les terrasses les plus spacieuses accueillent aussi des BBQ et des foyers.

Les rambardes et les treillis sont ornés de plantes, de fleurs ou d’affichettes avec des phrases en hommage du camping. «Ça ne peut pas être mieux», peut-on lire sur une illustration de deux chaises au bord d’une rivière. 

Habituellement réservées aux cours de maison, ces terrasses étonnent sur un lot de camping. Mais au Domaine de la rivière aux pommes, il n’y pas de voyageurs. C’est un camping exclusivement saisonnier. Les campeurs sont là pour tout l’été.

Souvent, ils occupent le même terrain depuis plusieurs années.

«On est très bien ici», dit Michel L’Italien, un des quelque 110 «saisonniers» du camping portneuvois. Pourquoi irait-il ailleurs? 

Sa résidence secondaire a beau être équipée pour rouler, M. L’Italien n’a pas l’intention de bouger. Jusqu’en octobre, son VR restera stationné dans son écrin forestier, le ronron de son moteur remplacé par le ruissellement de la rivière. 

Tendance

Michel L’Italien est loin d’être le seul campeur à être content de se poser. Dans l’ombre du camping nomade — un grand ami des réseaux sociaux! —, le camping sédentaire gagne en popularité au Québec, constatent les regroupements de campeurs et de propriétaires de terrains de camping. 

Les campeurs en VR, par exemple, étaient environ 20 % à rester toute la saison sur le même terrain en 2012. Quatre ans plus tard, ils étaient près de 30 %, selon le plus récent portrait de la pratique du camping au Québec (2017) brossé par Camping Québec. 

Pour Simon Tessier, président-directeur général de Camping Québec, la transition du camping de voyageurs au camping saisonnier fait partie du «parcours de vie du campeur». À force d’explorer les sites, il finit par trouver son endroit de prédilection et il ne voit plus l’intérêt de se déplacer. 

«Ça devient comme un chalet, sans voir beaucoup d’entretien à faire», dit M. Tessier. 

L’engouement pour le camping saisonnier s’explique aussi par des raisons budgétaires, selon la Fédération québécoise de camping et de caravaning. «Il devient parfois plus économique de rester au même endroit que de voyager pour certains campeurs», souligne la directrice du Service des communications, Claudy Laplante St-Jean. 

M. et Mme Desrosiers (avec Milou) sont des campeurs saisonniers du Domaine de la rivière aux pommes à Neuville.
Les terrasses sont nombreuses au Domaine de la rivière aux pommes, où tous les campeurs sont saisonniers.

Comme un village

Les liens sociaux qui se tissent sur place sont aussi un facteur important. Pour «certains saisonniers, le terrain de camping devient un point de rassemblement familial et amical. Autant les enfants que les adultes y retrouvent leurs amis, fin de semaine après fin de semaine», ajoute Mme Laplante St-Jean. 

Pour Michel L’Italien, c’est d’ailleurs un des attraits du Domaine de la rivière aux pommes. En plus d’être installé au même camping que sa sœur, M. L’Italien apprécie la camaraderie qui se développe entre les «saisonniers». «Tout le monde se connait ici, tout le monde se parle. Si quelqu’un a besoin d’un coup de main, on va l’aider», dit-il. «C’est comme un petit village», ajoute Charles Bournonville, copropriétaire du camping. 

L’harmonie n’a pas toujours régné. Lorsqu’elle a acquis le terrain de camping, en 2011, la famille Bournonville, qui est propriétaire, accueillait aussi plusieurs campeurs de passage. Plusieurs d’entre eux venaient pour faire la fête et n’avaient rien à cirer d’un couvre-feu. Un soir, un couple en état d’ébriété s’est même mis à rouler sur les autres terrains et leur voiture s’est enlisée.

L’année suivante, le Domaine de la rivière aux pommes est devenu 100 % saisonnier. «Comme le camping est vraiment un espace de nature, protégé, calme, on a voulu offrir ça aux gens», dit Sylvie Bournonville, copropriétaire. 

Dans son portrait de la pratique du camping 2017, Camping Québec notait d’ailleurs que les campeurs saisonniers «recherchent en priorité le repos : ils veulent se relaxer, s’évader, briser la routine. Quant aux voyageurs en VR, ils sont particulièrement attirés par la nature : ils veulent profiter des espaces naturels et réaliser des activités physiques de plein air». 

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a plus de place pour le Noël du campeur. Si des campings comme le Domaine de la rivière aux pommes ne soulignent pas cette tradition au kitsch assumé, d’autres continuent de plus belle. 

C’est le cas du camping Un air d’été, à Pont-Rouge, qui a tenu encore cette année le Noël du campeur le 21 juillet. Deux semaines plus tôt, il y avait aussi eu une soirée d’Halloween. En fin de semaine passée, c’était le Beach Party. Et ce week-end, c’est une soirée disco et bal masqué. 

«Ça met de la vie dans le camping!», dit la copropriétaire, France Gagnon, qui n’hésite pas à parler d’un «esprit de famille».

Au camping Un air d’été, environ deux tiers des campeurs sont saisonniers. Les autres? De passage. Mais pour Mme Gagnon, il n’y a aucun doute : plusieurs finiront par rester.

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AUTO-BOULOT-ROULOTTE

Josée Larouche travaille à quel­ques minutes de chez elle. Mais chaque été, elle préfère faire une demi-heure de route tous les jours de la semaine pour passer ses soirées à camper. 

Tôt le matin, elle se lève dans sa roulotte au camping Un air d’été, à Pont-Rouge, et refait la route en sens inverse pour arriver au boulot à 7h, dans un bed and breakfast de la basse-ville de Québec. 

Mme Larouche doit partir tôt le matin et l’après-midi pour éviter le trafic. Mais l’ajustement en vaut la peine : «ça nous sort de la ville!», dit-elle. 

«Au camping, on peut faire un feu le soir, on a un SPA sur notre terrain», ajoute Mme Larouche, qui fait partie de la majorité de «saisonniers» du camping. 

Le couple est confortable dans sa roulotte, où il dispose d’une chambre, d’une salle de bain, d’un salon et d’une petite cuisine. 

«C’est comme si on avait un chalet, mais dans une petite communauté. Si on ne veut pas voir du monde, on reste sur notre terrain. Si on veut voir du monde, on va marcher et on fait notre “social”. C’est long faire la marche!», rigole-t-elle. 

Simon Tessier, président-directeur général de Camping Québec, n’est pas surpris d’entendre que des travailleurs reviennent chaque soir au camping l’été. «On voit ça de façon régulière, dit-il.

Les gens de Québec profitent de plusieurs campings à proximité de la capitale, souligne-t-il. La tendance est également forte en Montérégie, ajoute M. Tessier. 

Josée Larouche, elle, n’a pas l’intention de cesser les aller-retour de sitôt. «Ça fait 10 ans qu’on fait ça!», dit-elle. Pourquoi s’arrêter là?

Le camping au Québec 

1,6 million de campeurs au Québec 

13 500 emplois salariés dans les campings

Les types d’équipements utilisés:  

50 % de tentes

39 % de véhicules récréatifs (VR)

10 % de prêt à camper

Source : Portrait de la pratique du camping au Québec — 2017 (Camping Québec)