La blogueuse Bianca Longpré présente des conférences humoristiques sur la réalité de mère et de femme. Elle avait déclenché une polémique en 2016 avec un texte publié dans Le Huffington Post.

Merci, chers contribuables!

CHRONIQUE / C’est probablement ma dernière chronique. Je vais donner la vie dans quelque temps. Je repeuple la région, comme on dit pour se donner plus de valeur. Comme si c’était une mission, un devoir. « Béni soit le fruit », dirait une des servantes écarlates.

Mais jamais je ne serai celle qui considère les mères comme des citoyennes supérieures.

« En tant que mère et contribuable, je considère donc que j’ai le droit d’être reconnue comme une contribuable supérieure, comme tous les parents. Oui, Mesdames et Messieurs, l’élite, ce sont les parents. »

C’est Bianca Longpré, la blogueuse et productrice qui a écrit ces mots dans un papier incendiaire paru dans Le Huffington Post, en 2016. Vous vous en souvenez, hein ?

« Je travaille, je paie des impôts et, en plus, j’élève des enfants. Sans enfants, sans relève, la société ne fonctionne plus. Pourtant, je ne retire aucun bénéfice de la part de l’État pour mon travail de parent. Comme je gagne bien ma vie financièrement, l’État ne me donne rien. Sans compter que la société ne valorise pas vraiment le statut de mère et de père », avait-elle ajouté, sachant très bien, comme toute bonne polémiste, qu’elle allait susciter les passions.

Je n’étais pas d’accord avec son propos à cette époque, sans toutefois monter aux barricades ou – l’équivalent des temps modernes – écrire un commentaire sur Facebook.

Mais quelques mois plus tard, avant de donner naissance à mon premier enfant, c’est là que j’ai constaté qu’elle avait tout faux.

On a probablement un des systèmes publics les plus généreux avec les parents.

Il y a les garderies, oui. Mais en voyant le Régime québécois d’assurance parentale, communément appelé le RQAP, on ne peut pas dire que l’État (les contribuables) ne nous donne rien.

Tout le monde paie une taxe pour ce régime qui permet aux femmes de s’occuper de leur progéniture sans se soucier du travail. Maximum de 400 $ par année pour les salariées. Ce sont les employeurs et les travailleurs autonomes qui déboursent le plus avec des cotisations annuelles de 550 $ et 720 $.

Pour rembourser ce que j’ai reçu, avec seulement ma part de cotisation, ça prendrait 100 ans. Et là, je m’apprête à recevoir mon deuxième congé parental. Je me sens gâtée, vraiment gâtée.

Il y a aussi les généreuses allocations parentales. Je dis généreuses, mais je pourrais même dire exagérées, parfois.

« Mon troisième enfant m’a permis de m’acheter un bateau », m’a récemment lancé un ami, en parlant des allocations parentales.

Je doutais fortement de sa parole. Mais en vérifiant, c’est effectivement possible. Le gouvernement fédéral donne un bon montant aux gens qui sont parents plusieurs fois. Il faut le dire, ça coûte de l’argent élever des enfants.

Mon ami l’a cependant admis sans détour. Il trouvait, lui aussi, que c’était énorme. Il avait l’air même mal à l’aise de recevoir tout cet argent.

On parle d’une famille qui gagne un revenu moyen de plus de 80 000 $. Je ne connais pas le salaire exact, mais je ne dois pas être trop loin. Il doit recevoir plus de 15 000 $ en allocation par année des deux gouvernements. C’est quand même non négligeable. Je comprends pourquoi il a pu s’acheter un bateau après l’accouchement de sa conjointe.

Je ne veux pas que les gouvernements cessent de venir en aide aux parents de la classe moyenne. On le sait, le coût de la vie augmente à un rythme plus rapide que les salaires.

Mais en même temps, je ne dirais pas non à une légère réforme de ces programmes. Pourquoi ne pas donner une partie de cet argent aux parents qui ont besoin d’aide pour concevoir ? Un petit coup de main pour in vitro, non ? Ça, ça pourrait aider à faire grimper le taux de natalité.

Parce que mon ami, il aurait fait son troisième enfant même si le gouvernement ne lui donnait pas autant d’argent.

Et moi, je vous le dis tout de suite : même si le gouvernement me donne 20 000 $ par année, je ne ferai pas un troisième enfant.

Même si un accident est si vite arrivé...