Sociologue de formation,Daniel Gosselinest directeur général de l’AGL-LGBTSaguenay–Lac-Saint-Jean.
Sociologue de formation,Daniel Gosselinest directeur général de l’AGL-LGBTSaguenay–Lac-Saint-Jean.

[MATIÈRE À RÉFLEXION] Une date symbolique

Sociologue de formation, Daniel Gosselin est directeur général de l’AGL-LGBT Saguenay–Lac-Saint-Jean. En collaboration avec la Fondation Émergence de Montréal, il a développé le programme Pour que vieillir soit gai. Malgré le confinement, il travaille activement pour mettre en lumière les communautés LGBTQ+, à l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, le 17 mai.

(Question) Le dimanche 17 mai, c’est la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. En quoi cette journée est-elle nécessaire pour la cause des LGBTQ+ ?

(Réponse) C’est une date symbolique. Elle commémore la décision de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) du 17 mai 1990 de ne plus considérer l’homosexualité comme une maladie mentale.

Cette célébration souligne également que ce n’est que récemment que les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans et queers (LGBTQ+) du Canada sont devenues reconnues, défendues et protégées par des lois. D’ailleurs, la pleine acceptation sociale des personnes LGBTQ+ et l’équité sont toujours en cours d’acquisition aujourd’hui. En effet, bien que moins manifestes que par le passé, les préjudices subis par les personnes LGBTQ+ persistent encore.

Selon le projet de recherche des Savoirs sur l’inclusion et l’exclusion des personnes LGBTQ+ (SAVIE-LGBT), les personnes LGBTQ+ demeurent encore aujourd’hui confrontées à des expériences de discrimination, et ce, bien qu’elles bénéficient de protections juridiques formelles. En effet, 33 % des personnes LGBTQ+ vivant au Québec affirment voir subi de la violence physique, verbale ou sexuelle, et 26 % rapportent s’être fait suggérer ou imposer une thérapie de conversion par leurs parents.

La Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie rappelle donc que la création d’environnements sans homophobie et sans transphobie et l’adoption d’attitudes positives sont la clé du bien-être des personnes LGBTQ+.

Pour l’occasion, pour une troisième année consécutive, le drapeau arc-en-ciel sera hissé devant plusieurs bâtiments municipaux de la région, de Saint-Emond-Des-Plaines à Saguenay, en passant par Lac-Bouchette et Roberval. Cette action, initiée par l’AGL-LGBT Saguenay–Lac-Saint-Jean, a d’ailleurs été en nomination pour « meilleur projet » au dernier Gala Arc-en-ciel, lequel vise à récompenser la contribution exceptionnelle des groupes communautaires LGBT+.

(Q) Les jeunes semblent « sortir du placard » plus librement et plus facilement que leurs aînés. Est-ce le cas ou s’il s’agit d’une illusion ?

(R)  Certes, le climat quant à la diversité sexuelle et de genre est aujourd’hui plus favorable, mais cela n’est pas le cas dans tous les milieux, notamment le milieu aîné.

On estime communément la population LGBTQ+ à environ 10 % de la population. Toutefois, chez les aînés, ces personnes restent très largement invisibles, principalement par crainte de divulguer leur homosexualité ou leur transidentité. En 2009, la ministre déléguée aux Aînés, Marguerite Blais, s’indignait de l’invisibilité des minorités sexuelles dans le domaine des aînés, ce qui, pour elle, constituait une forme de maltraitance.

Selon Daniel Gosselin, le 17 mai est une date symbolique. Elle commémore la décision de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), en 1990, de ne plus considérer l’homosexualité comme une maladie mentale.

Les personnes aînées LGBTQ+ ont vécu une époque qui leur a été très hostile. Par exemple, les relatons homosexuelles entre personnes majeures et consentantes constituaient un crime passible d’emprisonnement jusqu’en 1969 au Canada. C’était également une maladie mentale jusqu’en 1973, en plus de constituer un péché mortel aux yeux de l’Église. Or, l’image très négative de l’homosexualité et de la transidentité a eu un fort impact sur la perception que ces personnes ont d’elles-mêmes et sur le choix de divulguer ou de taire leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.

Il faut souligner également que nous vivons actuellement dans une société qui n’accorde pas beaucoup de place et de valeur à nos aînés. Les communautés LGBTQ+ ne font pas exception quant à l’âgisme. L’ensemble de la population aînée est ainsi souvent marginalisé, invisibilisée ou réduite à des stéréotypes qui laissent peu de place à la diversité sexuelle.

Pour faire face à cette situation, le programme Pour que vieillir soit gai, en collaboration avec la Fondation Émergence, est maintenant donné par l’AGL-LGBT Saguenay–Lac-Saint-Jean. Parce qu’une acceptation passive de la diversité sexuelle n’est pas suffisante pour rendre les milieux réellement inclusifs et accueillants, nous donnons des formations dans les milieux aînés.

(Q) Si vous aviez à faire un portrait de la situation au Saguenay–Lac-Saint-Jean, qu’est-ce qui s’en dégagerait ?

(R) Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, plusieurs actes de violence envers la communauté LGBTQ+ ont retenu l’attention des médias. En effet, en 2018, la Librairie Chrétienne de La Baie a soulevé de nombreuses réactions avec des écriteaux homophobes en grosses lettres dans ses vitrines, lesquels mentionnaient que l’homosexualité pouvait être corrigée grâce à Dieu. Le 13 mars dernier, un jeune homme a été victime d’une agression à caractère homophobe au centre-ville d’Alma, peu avant minuit. Néanmoins, on remarque que contrairement à la croyance populaire, les gestes homophobes et transphobes ne sont pas plus répandus en région que dans les grands centres.

Selon plusieurs études, les personnes LGBTQ+ en milieu régional sont néanmoins plus susceptibles de vivre de l’isolement. Bien que les mentalités en matière de diversité sexuelle évoluent, il est difficile de briser l’isolement en dehors des grands centres. La crainte de la stigmatisation et l’attrait des villes seraient les principaux freins à l’établissement d’espaces communautaires LGBTQ+ en région. Les personnes LGBTQ+, contrairement aux minorités visibles, ne naissent pas au sein d’une communauté qui pourrait les aider à s’auto-identifier, et donc les protéger, les défendre et les élever dans l’estime de soi. Cela veut dire qu’elles sont confrontées à leur différence seules et dans l’anonymat.

Ainsi, l’AGL-LGBT Saguenay–Lac-Saint-Jean a pour mission, depuis 1998, de sensibiliser, d’informer et d’éduquer la population aux différentes réalités des personnes qui se reconnaissent dans la diversité sexuelle et la pluralité des identités et des expressions de genre.

(Q) Est-ce que la pandémie, qui restreint les déplacements et les rencontres, a un impact sur les gens de la communauté LGBTQ+ ?

(R) Certainement ! Au cours des dernières semaines, malgré les récentes avancées légales et la reconnaissance plus importante des minorités sexuelles, on remarque que l’homophobie et la transphobie n’ont pas disparu. Le 21 mars dernier, Raph Drollinger, l’un des conseillers évangéliques de Donald Trump, a affirmé que le coronavirus a été envoyé par Dieu pour punir les personnes LGBTQ+. À l’heure où les LGBTQ+phobies sont dénoncées d’un continent à l’autre, que les plus grandes villes font flotter le drapeau arc-en-ciel, que les autorités tentent de part et d’autre d’éradiquer l’intimidation, de tels propos ne sont pas anodins. Ils sont blasphématoires et dangereux !

À l’échelle régionale, on remarque que les jeunes de la communauté LGBTQ+ sont particulièrement à risque. Plusieurs d’entre eux sont étudiants et sont obligés de quitter leur ville universitaire pour retourner vivre auprès de parents qui les rejettent en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Le domicile familial ne peut donc pas être un endroit sûr. Les organismes LGBTQ+ reçoivent de plus en plus d’appels de jeunes confinés au sein de familles homophobes ou transphobes. Ils peuvent même subir des violences psychologiques, physiques et sexuelles.