[MATIÈRE À RÉFLEXION] Mémoire vive et avenir prometteur

Mélanie Côté
Mélanie Côté
Le Quotidien
Le Zoo sauvage de Saint-Félicien célèbre cette année son 60e anniversaire. En pleine pandémie, l’événement ne pourra toutefois être souligné comme l’avait rêvé Lauraine Gagnon. Mais le Zoo, lui, sera toujours au rendez-vous. Le point avec la directrice générale.

Q: Comment la pandémie a-t-elle modifié vos plans de célébration de ce 60e anniversaire ?

R: Nous avions planifié un grand événement promotionnel. Bien sûr, la pandémie nous a forcés à revoir nos stratégies. Nous avons ainsi opté pour l’utilisation des réseaux sociaux pour faire revivre certains moments marquants de notre histoire, stimulant des échanges et de nombreux partages avec les visiteurs du Zoo. Plusieurs d’entre eux se remémorent d’ailleurs le fameux canard à l’entrée du Zoo. On ne peut imaginer combien de milliers de photographies ont été pris à cet endroit. En 2018, nous avons d’ailleurs accueilli nos 10 millionièmes visiteurs, une charmante famille de Saguenay, qui a pu vivre une formidable journée VIP remplie de surprises.

Q: Le Zoo sauvage reçoit chaque année de nombreux visiteurs européens. Ils ne seront pas au rendez-vous cette année. Quelles conséquences entrevoyez-vous ?

R L’absence de la clientèle européenne aura un impact non seulement sur le Zoo sauvage, mais aussi sur l’ensemble de l’économie régionale. Cette clientèle représente habituellement 30 % de notre achalandage global et génère des retombées économiques importantes, tant en hébergement qu’en restauration, essence, visites touristiques, etc. C’est une perte importante pour notre économie. Les Européens étaient traditionnellement présents toute l’année, mais principalement en période automnale. Considérant leur absence en 2020 et la durée indéterminée de la pandémie, le Zoo sauvage devra exceptionnellement fermer ses portes le 7 septembre, au lieu du 31 octobre.

Q: Jusqu’à maintenant, comment les Saguenéens et les Jeannois répondent-ils à l’appel d’encourager le tourisme local ? Et les Québécois ?

R: Il est trop tôt pour se référer à des statistiques bien précises, mais en nous fiant aux informations quotidiennes recueillies par la billetterie et nos agents d’information, nous croyons que la clientèle locale et régionale est au rendez-vous. Lorsque nous échangeons avec nos visiteurs, nous constatons que beaucoup d’entre eux en sont à leur première visite, tandis que d’autres redécouvrent le Zoo sauvage après plusieurs années. C’est encourageant !

Q: Est-ce qu’une saison comme celle-ci peut se transformer en opportunité ou, au contraire, aura-t-elle pour effet de freiner vos projets ?

R: Nous avons encore plein de nouveautés à présenter aux visiteurs. À l’heure actuelle, notre intention est de poursuivre comme prévu la dernière phase de notre plan de développement de 32,5 M $. Nous sommes en pourparlers avec les autorités gouvernementales afin de nous assurer de réaliser cette phase de travaux. Celle-ci apporterait également un second souffle à l’économie locale et régionale puisque l’ensemble des contrats pour les travaux de rénovation liés aux investissements de la phase 5, évalués à près de 10M $, seront accordés à des entreprises régionales. Pandémie ou pas, nous allons de l’avant.

Q: En temps normal, croyez-vous que la population du Saguenay–Lac-Saint-Jean s’approprie suffisamment votre institution ?

R: Absolument ! La clientèle régionale est au rendez-vous depuis le jour 1, en 1960. Les gens du coin nous visitent et nous revisitent. Il n’est pas rare de rencontrer des Saguenéens et des Jeannois qui font découvrir le Zoo à leur progéniture et à leur famille provenant de l’extérieur de la région. Ils sont d’excellents ambassadeurs.

Q: La pénurie de main-d’oeuvre et les impacts de la PCU (Prestation canadienne d’urgence) sur les employeurs ont beaucoup fait la manchette. Comment cette situation est-elle vécue au Zoo sauvage ?

R: Le plan sanitaire lié aux zoos et aquariums a forcé la fermeture de certaines sections du Zoo sauvage et réduit notre capacité d’accueil, générant du coup une réduction de personnel. Au moment du déconfinement et lors de la reprise graduelle de nos activités, nos employés ont accepté de revenir au travail. Nous sommes d’ailleurs privilégiés de compter sur des équipiers passionnés et entièrement dévoués, qui s’assurent que les mesures sanitaires soient respectées afin de garantir la sécurité de nos installations et celle de la clientèle.

Q: Qu’auriez-vous à dire au fondateur du Zoo sauvage en 2020 ?

R: Ghislain Gagnon était loin de se douter qu’en 2020, son concept de cohabitation des animaux et des grands espaces représenterait l’avenir des zoos. Véritable visionnaire, il a vu juste. Encore aujourd’hui, il demeure une source d’inspiration. Il a amené une nouvelle façon de présenter les animaux qui guide nos pas, nous inspire et en inspire plusieurs. Par respect pour nos animaux et afin de remplir notre rôle d’éducation et de conservation, je crois qu’il est de notre devoir de poursuivre la philosophie de M. Gagnon et de s’affirmer comme leader, en repoussant sans cesse les limites « conventionnelles » des zoos d’aujourd’hui. La pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre ; le fils du fondateur, Danny Gagnon, étant directeur du développement et des collections vivantes. Il est le concepteur des habitats du Zoo sauvage. Une simple visite au Zoo vous permettra de visualiser ses réalisations et de constater son amour profond pour la nature et les animaux.

Q: Bien qu’un 60e anniversaire nous ramène systématiquement dans le passé, l’avenir du Zoo sauvage de Saint-Félicien a retenu énormément l’attention au cours des dernières années, notamment avec votre projet majeur d’investissement. Comment voyez-vous le Zoo sauvage en 2030 ?

R: Le Zoo de 1960 et le Zoo de 2030 sont et seront différents. En fait, nous sommes en constante évolution, modifiant au fil du temps nos approches et concepts de présentation. On n’arrête pas le progrès. Le bien-être animal est toujours au coeur de nos préoccupations et nous continuerons d’évoluer en ce sens. Des animaux heureux rendent également les visiteurs heureux. Notre personnel travaille très fort afin de leur offrir un milieu de vie stimulant. Nos habitats sont conçus de façon à permettre à l’animal d’évoluer et de se développer dans un environnement qui se rapproche le plus possible de son habitat naturel. C’est ce qui fait notre force et ce qui nous distingue.

Nous savons aussi que le Parc des sentiers de la nature a besoin d’un rafraîchissement. Produit vedette du Zoo sauvage depuis son ouverture en 1972, la balade en train demeure une activité prisée et appréciée par la clientèle. Le Parc des sentiers de la nature représente, malgré ses 48 ans, un produit avant-gardiste toujours aussi populaire auprès de la clientèle. Nous allons faire en sorte qu’il le demeure.

Q: Quelles sont les retombées du Zoo et en quoi se distingue-t-il des autres zoos canadiens ?

R: Les dépenses des touristes au Zoo sont évaluées à 32,5 M $ annuellement. Le Zoo sauvage est un moteur économique important et un produit d’appel de calibre international pour la région, accrédité par l’Association des zoos et aquariums du Canada (AZAC) depuis 21 ans. Le Zoo sauvage s’engage ainsi à remplir de très hauts standards de qualité touchant divers aspects, notamment la formation du personnel, le développement des habitats et le respect du bien-être animal. Au total, plus d’une centaine de normes doivent être rencontrées pour obtenir cette accréditation.

Q: Quels sont les priorités et vos rêves pour les mois et années à venir ?

R: Le Zoo doit poursuivre son développement sur la voie de l’innovation et offrir sans cesse une expérience unique et authentique. Je souhaite donc que les gouvernements continuent de supporter notre développement. Je souhaite également que les gens de la région continuent de s’approprier leur Zoo sauvage en lui rendant visite régulièrement. En contrepartie, nous nous engageons à ce que le Zoo sauvage continue d’émerveiller, d’éduquer, de sensibiliser et d’amuser les visiteurs afin que tous apprennent à connaître et à aimer la nature afin de la préserver. En gros, je souhaite que le Zoo sauvage maintienne sa notoriété et sa réputation internationale afin de demeurer un chef de file parmi les zoos de demain.

Q: Depuis les 60 dernières années du Zoo sauvage, de quels accomplissements êtes-vous la plus fière ?

R: Toutes les phases de développement du Zoo sauvage sont exceptionnelles. Une de ces phases fut marquante pour notre avenir. En 1995, les dirigeants ont pris un virage audacieux, soit le changement de cap historique qui a été très bénéfique et a permis de repositionner le Zoo sauvage en maximisant davantage sur l’animal dans son milieu. Les cages de la partie pédestre ont laissé place à des habitats spacieux qui répondaient parfaitement aux besoins de l’animal, tout en complétant la philosophie du Parc des sentiers de la nature et des grands espaces.

J’aimerais souligner le travail exceptionnel de l’ensemble du personnel du Zoo sauvage, de même que tous les membres du conseil d’administration, de tous les bénévoles et volontaires, qui appuient notre organisme, lequel, rappelons-le, est à but non lucratif. Et ça, c’est aussi une grande fierté. Nous partageons tous et toutes la mission du Zoo : faire aimer la nature afin de la préserver.