Le joueur de hockey Francis Verreault-Paul est aujourd’hui chef des relations avec les Premières Nations au Centre Nikanite de l’Université du Québec à Chicoutimi.
Le joueur de hockey Francis Verreault-Paul est aujourd’hui chef des relations avec les Premières Nations au Centre Nikanite de l’Université du Québec à Chicoutimi.

[MATIÈRE À RÉFLEXION] La diversité, une force positive

Originaire de Mashteuiatsh, Francis Verreault-Paul a été joueur de hockey pendant de nombreuses années. Il a porté les couleurs des Saguenéens de Chicoutimi, des Redmen de McGill et des Marquis de Jonquière, et il a aussi joué en Europe. Depuis janvier, il occupe le poste de chef des relations avec les Premières Nations au Centre Nikinite de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Question (Q) : Pour un enfant et pour un adolescent, c’est comment vivre à Mashteuiatsh?

Réponse (R) : J’ai passé toute mon enfance ainsi qu’une partie de mon adolescence à Mashteuiatsh. Nous avons une école primaire ainsi qu’une école secondaire, ce qui permet de rester près de nos racines. C’est une communauté fière de sa culture et qui permet la transmission de celle-ci de génération en génération. Pour moi, cette transmission est primordiale, car elle est la base même de mon identité. C’est également un endroit où des valeurs telles que le respect, le partage, l’entraide et l’importance de la famille nous sont enseignées.

Donc, sans toujours en être conscient, être enfant et adolescent à Mashteuiatsh, c’est une opportunité unique qui permet de remplir sa boîte à outils avec des éléments qui sont propres à notre culture et qui nous permettent de nous épanouir tout au long de notre vie. Je crois personnellement que la diversité est une force et est positive, car elle permet d’échanger, d’apprendre, de s’enrichir et de connaître différentes idéologies.

(Q) En décembre dernier, dans l’uniforme des Marquis de Jonquière, de la Ligue nord-américaine de hockey, vous avez été victime de propos racistes lors d’un match, comme l’avait été Jonathan Diaby quelques mois plus tôt. Est-ce que ce genre d’événements est arrivé souvent dans votre carrière?

(R) Pas souvent, mais c’est certainement arrivé.

(Q) Et quand vous étiez jeune, avez-vous été victime ou témoin de propos ou de gestes racistes?

(R) Je préfère penser que les fois où ce genre de choses se sont passées, c’était principalement dû à de la méconnaissance, et non pas à de la haine ou à de la méchanceté. Dans mon cheminement, je me suis ancré une identité très forte grâce à mes parents, ma famille et ma communauté, ce qui m’a aidé à cheminer, à rester solide et à savoir que je vaux plus que ce genre de propos ou gestes. Malgré tout, les fois où j’ai vécu ou été témoin de ce genre d’épisodes, je ne peux pas dire que cela ne m’a rien fait et que j’ai été insensible. Ça déstabilise, ça blesse, ça te fait passer par une gamme d’émotions.

(Q) L’Université McGill a pris la décision d’abandonner le nom des Redmen pour ses équipes sportives, car plusieurs le jugeaient raciste. Vous avez défendu le nom en le disant non offensant. Pourquoi?

Le joueur de hockey Francis Verreault-Paul est aujourd’hui chef des relations avec les Premières Nations au Centre Nikanite de l’Université du Québec à Chicoutimi.

(R) J’ai écrit une lettre expliquant ma position. Certes, il y a eu des épisodes dans l’histoire des noms d’équipe à McGill où de faux pas ont pu être commis. Mais je crois que les ajustements nécessaires avaient été faits. Pour moi, Redmen fait référence à l’uniforme de l’équipe, qui est complètement rouge, et non pas aux Premiers Peuples. Mon expérience personnelle à McGill a été positive à tous les niveaux. J’ai fait et je fais toujours partie de cette belle et grande famille. Les liens avec les anciens des Redmen sont très forts et en jouant pour cette équipe, tu comprends et respectes tous ceux qui sont passés avant toi et qui passeront après toi. Redmen, est plus qu’un simple nom d’équipe.

Je peux vous assurer que si j’avais eu un malaise quant à ce nom, j’aurais réagi et soulevé des questions. Mon but n’était pas de créer un débat sur la place publique avec ceux qui avaient une différente opinion que moi. Bien au contraire, je respecte et je veux entendre ce qu’ils ont à partager pour mieux comprendre. On m’a demandé de partager mon expérience à McGill et de donner mon opinion, et c’est ce que j’ai fait, tout simplement, car mon expérience avec les Redmen avait été différente que celle exprimée par certains.

(Q) Dans le même ordre d’idée, à l’époque des Saguenéens de Chicoutimi, les partisans imitaient des coups de tomahawk et une chanson de guerrier jouait quand vous marquiez un but. Cette pratique a déplu à certaines personnes. Vous en pensiez quoi?

(R) J’ai la même opinion que la question précédente, dans le sens qu’en aucun moment, je ne l’aurais accepté si j’avais senti un malaise de mon côté, de ma famille ou des gens de chez moi. Si cela avait été le cas, j’en aurais fait part à l’organisation. Tout est dans la façon de faire et dans l’intention, selon moi. C’était simplement un clin d’oeil des partisans et de l’organisation envers moi, et c’était une façon de souligner qu’ils aimaient ma façon de jouer, qu’ils étaient fiers de moi. Je l’ai toujours vu de cette manière. J’ai vécu quelque chose d’unique avec les Saguenéens et les gens m’en parlent encore. Lorsque je me replonge dans ces souvenirs, je me trouve extrêmement chanceux d’avoir pu vivre tout cela.

J’ai juste envie de vous dire un «Merci!» sincère à vous, partisans des Saguenéens, à l’organisation et aux gens de chez moi, pour cet appui incroyable. Vous m’avez fait vivre des moments inoubliables.

(Q) Est-ce que les Autochtones sont autant la cible de propos racistes que les personnes noires?

(R) Ce n’est pas nécessairement un élément quantifiable, mais je confirme que oui, il y a encore beaucoup d’inégalités envers les Premières Nations au Québec. Prenons, par exemple, les rapports au cours des dernières années qu’il y a eus en lien avec les Autochtones au Canada et au Québec, tels que le rapport de la Commission Viens (Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics : écoute, réconciliation et progrès) et l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, qui parlent par eux-mêmes.

Le but n’est pas nécessairement de lancer une chasse aux sorcières, mais plutôt de reconnaître qu’il y a du racisme. Je crois que nous sommes tous responsables de le comprendre et de le changer. Il est temps de poser des actions concrètes et de trouver des solutions tous ensemble pour l’enrayer. Je crois fermement que beaucoup passe par l’éducation. Tel que mentionné plus haut, le racisme peut résulter d’une simple méconnaissance.

Nous sommes un peuple millénaire et notre histoire ne commence pas seulement lorsque Christophe Colomb a découvert l’Amérique, comme c’est souvent mentionné dans les livres d’histoire. Peu importe d’où l’on vient ou la couleur de notre peau, il est important d’écouter ce que l’autre a à dire, de tenter de comprendre et, surtout, de le respecter. À la fin de la journée, biologiquement, nous sommes tous humains.

(Q) Pensez-vous que votre réussite au hockey, dans vos études et dans votre carrière peut diminuer le nombre d’insultes envers vos origines et, par le fait même, encourager les jeunes de la communauté de Mashteuiatsh à persévérer?

(R) Je crois que tout ne dépend pas d’un seul facteur en particulier. C’est un tout. Disons que le fait que j’ai eu la chance d’avoir des aptitudes «plus élevées» que la moyenne au hockey a certainement joué un rôle. Mais comme tout jeune ou moins jeune, mon parcours n’a pas été sans embûches ou parfait pour autant. Je me suis toujours fixé des objectifs. Je me suis toujours permis de rêver. Alors, malgré les différents défis, j’ai toujours persévéré pour atteindre ces buts ou ces rêves. Et je continue d’ailleurs de le faire!

Dans un second temps, si mon parcours encourage ou inspire des jeunes, que ce soit de Mashteuiatsh ou d’ailleurs, alors tant mieux.

Le joueur de hockey Francis Verreault-Paul est aujourd’hui chef des relations avec les Premières Nations au Centre Nikanite de l’Université du Québec à Chicoutimi.

(Q) Depuis votre nomination à titre de chef des relations avec les Premières Nations à l’UQAC, qu’avez-vous remarqué? Est-ce qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour que les préjugés cessent et pour intégrer les Autochtones?

(R) Je dois avouer que je suis sur mon «x» à l’UQAC. Je fais partie d’une communauté inclusive. Beaucoup d’étudiants internationaux sont inscrits à l’université et nous comptons plus de 400 étudiants autochtones, ce qui est le nombre le plus élevé de toutes les universités au Québec. J’ai la chance de côtoyer des gens extraordinaires, avec qui je peux échanger, partager et apprendre.

Dans mon parcours personnel, j’ai décidé de miser sur l’éducation pour me donner les meilleurs outils possible pour m’amener là où je veux aller. Alors, de pouvoir travailler dans une université, pour les Premières Nations, c’est un excellent environnement pour moi.

Je vois un de mes rôles en tant que Chef des relations avec les Premières Nations comme étant un fabricant de jeu au hockey. Je tente de créer et d’offrir les meilleures opportunités possible aux étudiants des Premières Nations de pouvoir réussir et d’obtenir un diplôme d’enseignement supérieur. Mais tout cela est certainement un travail d’équipe et j’ai la chance d’être très bien entouré en ce sens.

Tshinishkumitin! (Merci!)

Le joueur de hockey Francis Verreault-Paul est aujourd’hui chef des relations avec les Premières Nations au Centre Nikanite de l’Université du Québec à Chicoutimi.