Pour Fabienne Larouche, la période de l’année de mars à juin est habituellement dédiée à l’écriture des textes et à la préparation des tournages.
Pour Fabienne Larouche, la période de l’année de mars à juin est habituellement dédiée à l’écriture des textes et à la préparation des tournages.

[MATIÈRE À RÉFLEXION] Du temps pour développer ses histoires

Mélanie Côté
Mélanie Côté
Le Quotidien
L’auteure Fabienne Larouche, productrice de multiples séries à succès (Virginie, Fortier, Les Bougon, 30 Vies, Trauma, Unité 9, Ruptures, Toute la vie, Clash, District 31) et lauréate de nombreux prix prépare le tournage de séries déjà en cours et de quelques nouveautés. L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) lui a récemment décerné un doctorat honoris causa à cette Jeannoise d’origine pour l’ensemble de son oeuvre.

(Question) Comment se passe le confinement dans votre cas ? Est-ce propice à la création ou, au contraire, plus synonyme de tracas et de page blanche ?

(Réponse)  L’actuelle pandémie et le confinement qui en découle sont survenus dans une période où nous ne tournons pas, ou peu. Cette période de l’année, de mars à juin, est habituellement dédiée à l’écriture des textes et à la préparation des tournages. En ce sens, notre quotidien n’a pas beaucoup changé, hormis les contraintes de déplacement et de distanciation vécues par tout le monde et à différents degrés. Je ne dirais pas que la période est propice à la création puisque c’est assez dérangeant, sinon anxiogène, d’entendre et de lire toutes ces informations parfois contradictoires sur l’évolution des choses. Par contre, le contexte actuel permet néanmoins de prendre un recul salutaire et nous donne plus de temps pour développer nos histoires. Ce n’est pas une si mauvaise chose, sur ce plan, bien sûr. Nous ne sommes pas à plaindre, comparativement aux gens qui souffrent pour vrai ou qui perdent parfois un proche de cette terrible maladie.

(Q) Comme femme d’affaires, en tant que productrice, comment vivez-vous la crise qui affecte les comédiens et les équipes techniques qui vous entourent ?

(R) Aetios est une société relativement souple, légère, avec des collaborateurs de longue date et qui pratiquaient déjà le télétravail avant la crise. Sur le plan administratif, tout va bien. Comme la période du printemps sert à préparer les tournages, tout devrait rentrer dans l’ordre une fois les interdictions gouvernementales levées. Comme pour les textes, ce répit nous permet de réfléchir aux aménagements nécessaires. Plusieurs propositions ont circulé pour aider aux tournages, certaines plus pertinentes que d’autres. Il demeure cependant que les comédiens sont les premiers concernés par cette question puisqu’il est impensable de faire une série ou un film avec des personnages qui respectent la distanciation, qui se parlent derrière une fenêtre, qui ne se touchent pas, qui ne s’embrassent pas.

(Q) Quel avenir entrevoyez-vous pour le monde des arts et de la culture au Québec ? Pensez-vous que la crise aura un impact majeur, positif ou négatif ?

(R) La culture originale québécoise est en péril depuis toujours. Ce qui l’aide à survivre, c’est l’intérêt du peuple québécois pour son contenu local. Je ne crois pas qu’une pandémie, si importante soit-elle, changera quelque chose à nos façons de créer. Certains seront peut-être tentés de produire des fictions sur ce thème, mais rien de plus. Pensons à la crise du verglas ou aux attaques terroristes du début du siècle. Rien n’a vraiment changé, sinon que les sujets dont on traite se sont diversifiés en fonction des préoccupations du public.

Pour Fabienne Larouche, la période de l’année de mars à juin est habituellement dédiée à l’écriture des textes et à la préparation des tournages.

(Q) Vous avez été enseignante auprès d’élèves en difficulté et l’éducation fait encore partie de vos valeurs les plus précieuses. C’est cette expérience professionnelle qui vous a inspiré les séries Virginie et 30 vies, qui ont fait partie de notre quotidien télévisuel pendant plusieurs années. Comment voyez-vous ce retour en classe à l’ère de la distanciation sociale ?

(R) On ne réalise pas à quel point l’école est plus qu’un lieu d’apprentissage, que c’est un milieu de vie. Les enfants, et encore davantage les adolescents, grandissent entourés de leurs pairs, guidés par les enseignants. S’il est difficile pour des adultes d’être privés de leurs conditions habituelles de travail, non seulement pour des raisons économiques, mais par manque d’interactions sociales, imaginons ce que ça peut représenter pour des jeunes en développement. C’est tragique dans certains cas. Ce que je remarque, d’autre part, et c’est très réconfortant, c’est à quel point les enfants et les adolescents sont disciplinés quant aux mesures imposées, parfois plus que leurs parents ou que leurs grands-parents !

(Q) Vous êtes originaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, mais vous habitez la grande région de Montréal. Que pensez-vous des gens des régions qui craignent la visite des Montréalais en raison de la pandémie actuelle ?

(R) Disons plutôt que j’habite une région limitrophe parce que je suis dans les Laurentides, à une heure de Montréal. C’est parce que nous sommes relativement proches de la métropole que nous avons été récemment envahis par des visiteurs fuyant la densité de l’île, parfois par anxiété. Rien de plus normal que d’être inquiets devant une épidémie, mais nous devons tâcher de rester rationnels. Le virus qui circule menace tout le monde, mais en particulier les personnes âgées et malades, qui sont très vulnérables. En mettant en place les mesures adéquates pour protéger ce groupe de citoyens, le gouvernement s’assure que tout ira pour le mieux. Cette pandémie menace notre santé, mais elle brime aussi nos libertés. C’est probablement ce dont on souffre le plus, de ne plus pouvoir profiter de la vie avec insouciance. La pandémie nous a rendus très vigilants dans nos interactions sociales. Avec un vaccin et un médicament efficace, tout devrait revenir à la normale. Tant mieux si ce passage difficile nous rend plus soucieux de l’hygiène.