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Isabelle Gagnon, directrice générale de Diffusion Saguenay
Isabelle Gagnon, directrice générale de Diffusion Saguenay

[MATIÈRE À RÉFLEXION] Divertir malgré les contraintes

Anne-Marie Gravel
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien
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Le monde des arts de la scène est grandement affecté par la pandémie. Diffusion Saguenay, diffuseur et producteur majeur de spectacles au Saguenay-Lac-Saint-Jean, a dû s’adapter aux consignes en vigueur à maintes reprises, depuis mars dernier. Des prestations ont été annulées, d’autres reportées et l’équipe s’est lancée dans la création d’un nouveau spectacle afin de remplacer La Fabuleuse histoire d’un Royaume en temps de pandémie. Isabelle Gagnon, directrice générale de Diffusion Saguenay, fait le point sur les défis qui ont dû être relevés par l’organisation et ceux qui sont à venir.

Propos recueillis par Anne-Marie Gravel, Le Progrès

[Q] En mars 2020, la COVID-19 a bouleversé le monde entier. L’univers du spectacle a été rapidement et fortement ébranlé, puisque du jour au lendemain, les rassemblements qu’il génère sont devenus proscrits. Comment se porte le monde du spectacle aujourd’hui, près d’un an après le début de la pandémie ?

[R] Comme bien des secteurs de l’économie, celui des arts de la scène a été grandement amoché, malheureusement. Nous avons été les premiers touchés et nous serons probablement parmi les derniers à revenir à la normale… et quand ? Notre mission est de mettre en contact l’artiste avec son public pour qu’il puisse vivre des émotions « en personne ». L’arrivée précipitée du numérique est une très belle opportunité, mais il ne pourra jamais remplacer le contact humain. Le rire est contagieux, tout comme les applaudissements d’une foule. Ça nourrit les artistes.

Je trouve ça triste de voir nos trois salles de spectacle vides depuis des mois. Mais heureusement, à compter du 26 février prochain, nous aurons la chance de recommencer à présenter une diversité de spectacles. Nous avons déjà testé nos lieux au début de l’automne en mode distanciation avec les mesures sanitaires et nous sommes prêts à nouveau.

[Q] Au cours de la dernière année, tous vos plans ont dû être refaits à plusieurs reprises. Quels ont été les principaux coups durs pour Diffusion Saguenay depuis le début de la pandémie ? Avec la réouverture partielle des salles annoncée il y a quelques jours, croyez-vous que le pire est derrière ? 

[R] Nous cumulons plusieurs coups durs. Les plus touchés sont nos clients, nos employés, nos comédiens bénévoles de La Fabuleuse, nos professionnels et fournisseurs également. Annuler une saison complète de La Fabuleuse, c’est une première en 33 ans. Sans compter les impacts sur la rénovation du Théâtre Palace, dont le chantier a dû prendre une pause de sept semaines. Quand nous étions enfin prêts à rouvrir cette magnifique salle, notre région est passée en zone rouge.

Nous sommes devenus les spécialistes des scénarios a, b, c, d, e ! Ce qui dicte principalement nos décisions, c’est de garder la confiance de nos clients et de nos employés. Nous avons des spectacles qui ont été reportés trois ou quatre fois déjà ou encore changés de lieu de diffusion. Chaque fois, nous devons aviser nos clients et nos employés. Heureusement, nous sommes vraiment chanceux, car la majorité des gens ont conservé leurs billets pour revenir éventuellement dans nos salles. C’est rassurant et ça fait chaud au cœur de les sentir derrière nous.

Autre coup dur, je dirais que la nouvelle annonce d’ouverture pour le 26 février n’est pas si évidente. Les mesures sont plus sévères encore, en plus du fait que la distanciation diminue notre jauge considérablement. 

Heureusement que nous avons eu accès à différentes aides des gouvernements et pu compter sur le maintien du soutien de la Ville de Saguenay

Mais oui, je crois sincèrement que le pire est derrière nous. Nous avons eu le temps de réorganiser nos lieux et de mettre en place un protocole sanitaire rigoureux pour que nos employés et nos clients se sentent en sécurité.

Isabelle Gagnon, directrice générale de Diffusion Saguenay.

[Q] À partir du moment où le gouvernement autorise la réouverture des salles dans le respect de plusieurs règles sanitaires, vous devez offrir une programmation afin d’être soutenus financièrement. Quels sont les principaux défis qui vous attendent à titre de diffuseur ?

[R] En effet, à titre de diffuseur reconnu par le CALQ et Patrimoine Canada, nous sommes soutenus pour ouvrir en mode distanciation. Différentes aides sont là pour compenser notre baisse considérable de revenus autonomes. Nous avons surtout une baisse de ventes de billets due à la diminution de la jauge en mode distanciation et nous ne pourrons opérer nos bars pour le moment. Il faut aussi prévoir une hausse de nos dépenses reliées à la désinfection.

Mathématiquement parlant, c’est impossible de rentabiliser un spectacle à 100, 180 ou 250 personnes (jauges respectives au Théâtre Palace, Théâtre Banque Nationale et Théâtre du Palais Municipal en mode COVID). Il faut être créatif, se serrer les coudes dans l’équipe et travailler main dans la main avec les producteurs.

Le 26 février prochain, peu de salles de spectacle au Québec pourront rouvrir. C’est un grand défi pour les producteurs de revoir le concept des tournées et d’être en mesure d’aller présenter les artistes dans seulement quelques villes éloignées les unes des autres.

[Q] Après des années de fermeture, la rénovation du Théâtre Palace Arvida a pu être terminée au cours des derniers mois. Le bâtiment est maintenant prêt à accueillir le public. Deux supplémentaires ont déjà été annoncées pour le spectacle 15 voix/un piano de Québec Issime, qui y sera présenté à compter du 19 mars. Le public répond présent, mais vous devez composer avec différentes contraintes. Est-ce que ce type de représentation sera rentable ?

[R] Ce ne sera pas rentable à proprement parler. Mais Diffusion Saguenay souhaitait rouvrir le Théâtre Palace malgré les embûches et nous avions planifié le tout depuis des mois. Et depuis mon arrivée à Diffusion Saguenay, je travaille à ce que Québec Issime revienne au Palace. Je suis sincèrement heureuse que nous ayons réussi à vendre les billets très rapidement. C’est rassurant de savoir que les clients sont encore là. Ce qui me désole le plus, c’est que peu de gens y auront accès. Comme nous avons seulement 100 places par soir, ce sera 800 personnes de la région seulement qui pourront y assister. Notre rêve était bien sûr d’en faire profiter le maximum de gens de la population. Nous espérons pouvoir offrir à nouveau cette création de Québec Issime éventuellement.

[Q] L’ouverture du Théâtre Palace Arvida était attendue. Québec Issime, qui attire toujours bon nombre de spectateurs, y propose une nouvelle production créée sur mesure. Les conditions sont donc réunies pour attirer les spectateurs. Est-ce que le public démontre le même intérêt pour les spectacles qui seront offerts dans les autres salles ?

[R] Je dirais oui et non en même temps. Nous avons deux types de spectacles présentement : ceux qui étaient déjà vendus et complets que nous avons reportés déjà deux ou trois fois et qui seront divisés en deux représentations pour respecter la distanciation et la jauge maximum, ainsi que les nouveaux spectacles conçus spécialement en mode COVID. Ces nouveaux n’ont pas eu la chance d’être beaucoup publicisés à ce jour, car nous étions fermés. J’espère sincèrement que la population sera au rendez-vous comme elle l’a été pour les restaurants. Les artistes sont impatients de retrouver le public et nous aussi. 

Isabelle Gagnon, directrice générale de Diffusion Saguenay

[Q] La programmation des différentes salles a été faite et refaite à maintes reprises, au cours des derniers mois. Quel genre de programmation souhaitez-vous mettre en place pour les prochaines semaines ? À quoi le public de la région peut-il s’attendre ?

[R] Quand la pandémie a débuté, rapidement nous avons pris la décision d’y aller un mois à la fois dans nos décisions de programmation. Pour le moment, l’aide du CALQ est là jusqu’au 31 mars prochain. Donc nous attendons de voir ce que notre gouvernement nous réserve pour la suite avant d’annoncer d’autres spectacles. Mais la réalité, c’est que nous avons des calendriers très chargés pour nos trois salles de spectacle. La programmation se faisait normalement au moins un à deux ans à l’avance et depuis un an, constamment nous avons dû reporter des spectacles, alors croyez-moi, offrir une diversité d’événements sera facile pour nous. Nous les annoncerons au fur et à mesure pour être certain le plus possible que ça peut avoir lieu.

[Q] Vous travaillez à la création de Les Fabuleuses Histoires de l’Esprit du fjord, ce nouveau spectacle réfléchi pour être viable en mode COVID à l’été 2021. Quelles sont vos attentes par rapport à ce spectacle puisqu’il est encore impossible de prévoir si un public de l’extérieur de la région pourra y assister ?

[R] Ce nouveau spectacle est en cours de création à vitesse grand V et il est réfléchi en mode COVID depuis le début. Il y aura seulement environ 10 000 billets de disponibles pour tout l’été.

Normalement nous en vendions près de 35 000… donc si la clientèle extérieure ne peut venir, ce qui me surprendrait vraiment rendu à cet été, je suis certaine que les gens de la région seront au rendez-vous. Ce sera LA nouveauté de l’été. J’ai eu la chance de lire une partie des textes, j’ai marché le parcours, j’ai vu les croquis des scènes et décors, et je suis enchantée. Ce sera une création unique et innovante. Je suis vraiment fière de l’équipe en place.

[Q] Croyez-vous que la pandémie laissera des traces sur la façon de présenter des spectacles et sur les propositions des artistes ? Croyez-vous qu’il y aura un « avant » et un « après » pandémie dans le monde du spectacle ? 

[R] Pour quelques années, je crois effectivement qu’il y aura un avant et un après. Les spectacles internationaux ne pourront reprendre à court terme et laisseront beaucoup de place aux artistes québécois et même régionaux. L’achat local, ça passe aussi par la consommation de culture locale. Je crois aussi que l’intégration du numérique amène plusieurs possibilités. Je la vois complémentaire et non en remplacement. Et au fur et à mesure que la vie reprendra son cours, nous reprendrons nos marques et nous allons nous ajuster aux attentes du public, car c’est pour eux que nous sommes là.

Isabelle Gagnon, directrice générale de Diffusion Saguenay.