Steeve Simard, Mario Gagnon et Jean-François Boulay se sont rencontrés la semaine dernière lors d’un souper.

Mario Gagnon doit la vie à deux pompiers

Si Mario Gagnon peut voir poindre son 64e anniversaire de naissance à l’horizon et envisager la possibilité de le célébrer aux côtés de ses proches, c’est grâce à deux hommes. N’eût été l’entrée en scène de Jean-François Boulay et de Steeve Simard, pompiers à la Régie intermunicipale de sécurité incendie du Fjord, le propriétaire du restaurant Aux 3 Points de Jonquière aurait poussé son dernier souffle, écroulé sur le plancher de la salle de bains d’une chambre d’hôtel de La Malbaie.

Mario Gagnon est animé d’un incommensurable sentiment de reconnaissance à l’égard de ses deux anges gardiens. Si grande est cette gratitude, en fait, qu’il peine encore à l’exprimer, huit semaines après avoir regardé la mort dans le blanc des yeux. Certes, le Jonquiérois a eu la chance de remercier les pompiers à sa façon la semaine dernière en les invitant à partager un repas à son restaurant de Kénogami, un établissement qu’il administre avec son épouse depuis maintenant 24 ans. Mais deux mois presque jour pour jour plus tard, suivant ce matin fatidique du 4 mars où il s’est effondré, foudroyé par un malaise cardiaque, les mots justes lui échappent toujours.

« C’est inestimable. C’est grâce à ces deux personnes si je suis en vie aujourd’hui. J’ai un sentiment de redevance incroyable envers eux, mais c’est une redevance qui ne se chiffre pas. On ne peut pas mettre un prix là-dessus », fait-il valoir, fébrilement. Derrière la table du restaurant où il a pris place pour les besoins de l’entrevue, Mario Gagnon a paru en pleine forme. Personne ne pourrait se douter, à le voir aller, que l’homme d’affaires a récemment été victime de ce que le jargon médical définit comme une « mort subite ». C’est ce qui lui est arrivé, après que son coeur se soit emballé dans la foulée de ce que Mario Gagnon qualifie de « problème d’électricité ». Vers 8 h, après s’être rendu à la toilette, il a chuté au sol, provoquant l’affolement généralisé de sa conjointe, Ghislaine Dufour.

« Les connexions électriques entre les deux lobes ont mal fonctionné. C’est comme s’il y avait eu un court-circuit, et mon coeur s’est mis à pomper trop vite », résume-t-il. 

Ghislaine Dufour, qui partage la vie de Mario Gagnon depuis 38 ans, a été prise de panique lorsqu’elle a constaté que son amoureux était victime d’un malaise et gisait inconscient sur le plancher.

« Je suis sortie dans le passage et j’ai crié : ‘‘Au secours ! À l’aide ! Aidez-moi ! ’’ », raconte la dame avec intensité, comme si elle revoyait momentanément les fragments d’un film qui, sur le coup, a défilé devant ses yeux comme le plus invraisemblable des scénarios.

Heureux hasard

Ses implorations ne sont pas restées vaines. Par un formidable concours de circonstances, les deux pompiers de Saint-Félix-d’Otis, qui prenaient part à une excursion de motoneige dans Charlevoix avec leur conjointe, séjournaient dans une chambre voisine. Jean-François Boulay a été le premier à se précipiter dans la chambre du couple et à prodiguer les manoeuvres de réanimation sur le corps inerte de Mario Gagnon. Et le verbe précipiter fait figure d’euphémisme ici, puisque Jean-François Boulay s’est élancé vers la petite salle de bains de ses voisins de corridor avec l’élan d’un sprinter, vêtu d’un simple sous-vêtement. Celui qui occupe également un emploi en prévention des incendies à l’hôpital de Chicoutimi a pratiqué le massage cardiaque sur la victime avec détermination, propulsé par une dose subite d’adrénaline. 

« Quand je suis arrivé, M. Gagnon n’avait plus de pouls. J’ai commencé les manoeuvres et j’ai dit à ma conjointe d’aller chercher Steeve. Mon collègue est venu tout de suite après et a pris le relais », narre le sapeur. Les deux collègues ont continué de s’occuper de Mario Gagnon, inconscient, jusqu’à l’arrivée des ambulanciers. Cinq électrochocs ont été nécessaires pour recouvrer un pouls. Si Jean-François Boulay fait état de minutes qui lui ont semblé infinies, Steeve Simard, lui, s’est retrouvé habité d’un sang-froid désarmant.

« Je suis de nature très calme. J’ai géré ça comme quelque chose de normal », relate-t-il. 

Jean-François Boulay et Steeve Simard avaient tous deux récemment renouvelé leur certification en réanimation cardiorespiratoire. « C’était tout frais dans ma tête », note le premier pompier. Le second abonde dans le sens de son confrère. Dans les deux cas, il s’agissait d’une première intervention aussi critique en carrière. 

Mario Gagnon a été transporté à l’hôpital de La Malbaie, pour ensuite être dirigé à l’Institut universitaire de cardiologie de Québec (IUCQ), où il a séjourné à l’unité de soins intensifs. C’est là qu’il s’est réveillé, trois jours plus tard, confus.

« J’ai dit à ma femme : ‘‘Est-ce qu’on a eu un accident ? ’’ », rapporte-t-il, souriant.

Le propriétaire du restaurant Aux 3 Points de Jonquière, Mario Gagnon, a eu un malaise cardiaque dans Charlevoix en mars. Il a été confronté à un épisode de mort subite, et c’est grâce à l’intervention de deux pompiers à temps partiel de la MRC du Fjord-du-Saguenay qu’il est aujourd’hui en vie.

«J’ai tout donné pour le sauver»  – Jean-François Boulay

Les anges gardiens de Mario Gagnon ont été tenus dans le néant à la suite de son malaise cardiaque. 

Plusieurs heures plus tard, un message laissé dans la boîte vocale de Jean-François Boulay par un policier les a informés que le Jonquiérois était entre les meilleures mains et en route vers Québec. 

« Quand on a su que le monsieur était hors de danger et que c’était grâce à nous, j’étais très ému. J’ai tout donné pour le sauver », confie Jean-François Boulay, au téléphone. 

Grâce à l’intervention prompte et précise des citoyens de Saint-Félix-d’Otis, le coeur de Mario Gagnon n’a jamais cessé de battre. Non seulement les manoeuvres ont-elles fait en sorte que le père de famille et grand-papa de bientôt trois petits-enfants est en vie aujourd’hui, le restaurateur ne conserve aucune séquelle. Il est aussi, sinon plus, fringant qu’avant.

« On m’a dit que dans ces événements de mort subite, 99 pour cent des gens décèdent, et l’autre 1 pour cent se retrouve dans un état végétatif. Les pompiers ont été en mesure de faire circuler le sang au cerveau. C’est pour ça que je n’ai aucune séquelle aujourd’hui. Ils m’ont sauvé. Je leur dois la vie », renchérit Mario Gagnon, qui a repris du service Aux 3 Points quelques jours après avoir obtenu son congé de l’hôpital. 

Défibrillateur

Désormais muni d’un défibrillateur cardiaque interne, Mario Gagnon se sent en sécurité. Bientôt, un dispositif installé dans sa chambre à coucher, relié à l’Institut de cardiologie, lui permettra de dormir sur ses deux oreilles. 

Deux mois après cet épisode de « mort subite », il ne ressent aucune douleur. Pas de signaux d’alarme de la part de son coeur. Il est un homme neuf. En fait, Mario Gagnon rappelle que tout au long de ce parcours du combattant, il n’a eu mal nulle part. Sauf au thorax, signe que les mains de ses sauveteurs étaient guidées par le désir véhément d’insuffler la vie ou, à l’inverse, de ne jamais la laisser s’éteindre.

Mario Gagnon, propriétaire d’un restaurant depuis 24 ans, s’est effondré sur le plancher de la salle de bains d’une chambre d’hôtel de La Malbaie. Deux mois plus tard, il se porte à merveille.

Une belle rencontre

Il aura fallu un certain temps avant que Mario Gagnon puisse faire l’accolade aux héros de sa deuxième vie et leur balbutier quelques mots de remerciements. 

Il y avait la convalescence, certes, mais surtout cette résurgence d’émotion qui s’agrippait aux parois de sa gorge chaque fois qu’il se remémorait cette chance inouïe qu’il a eue d’être né sous une bonne étoile.

« Le cardiologue à l’hôpital m’a dit : ‘‘Vous, vous arrivez de loin. Vous avez été très chanceux’’. Au début, les premiers jours après l’événement, je ne faisais que dire un mot et je partais à pleurer. C’est pour ça que j’ai attendu un peu avant d’inviter Steeve et Jean-François », pointe Mario Gagnon.

Le souper Aux 3 Points s’est bien sûr déroulé sous le signe de l’émotion, mais surtout dans une aura de connexion. C’est comme si Mario Gagnon, Jean-François Boulay et Steeve Simard étaient dorénavant soudés par une alliance impossible à défaire.

« De les rencontrer, de pouvoir discuter avec eux, ç’a été une belle trouvaille. On va se revoir. Prochainement, je vais organiser un brunch pour eux et pour leur couple d’amis qui était aussi à l’hôtel ce matin-là. J’aimerais beaucoup les rencontrer pour leur dire merci. Ils ne sont pas intervenus directement, mais ils ont joué un rôle important », a terminé Mario Gagnon, avant de retourner à ses clients.