Ma vie comme pèlerinage

CHRONIQUE / Mars 2018. Il y a de cela un an et demi. Nous sommes réunis pour souligner l’anniversaire regroupé de mes trois petits frères : Claude, 70 ans de Val-David, Lucien, 72 ans de Magog et Gilles, 74 ans de Saint-Gédéon. Moi, j’ai 75 ans. Et c’est la demande : nous aimerions aller vivre le pèlerinage à Compostelle. Nous sommes tous les quatre entre 70 et 75 ans. À la veille de prendre ma retraite, la vie a donc encore quelque chose de passionnant à m’offrir : l’émerveillement, l’enthousiasme. Quarante jours pour vivre un temps d’arrêt, de lenteur, un ilot de silence.

Une première étape en France de la cathédrale de Puy-en-Velay le vendredi 21 juin jusqu’à Cahors le lundi 9 juillet pour un parcours de 350 km. Puis la seconde partie en Espagne où nous quittons Léon le mardi 9 juillet pour entrer à la cathédrale de St-Jacques à Compostelle le mardi 23 juillet. Trente-quatre jours de marche. Comme le dit le psaume 133 : « Qu’il est bon et qu’il est doux de vivre ensemble comme des frères ! »

Dans un pèlerinage aussi, il y a une grande place à la routine. Lever à 6 h 30, préparation du sac à dos, départ à 7 h 00 avec le lever du soleil, arrêt dans un restaurant pour le petit déjeuner vers les 9 h. Nous arrivons habituellement vers 13 h.

Et que faisons-nous le reste de la journée ?

La routine quotidienne. Nous enregistrer à l’auberge et y déposer notre sac à dos. Prendre le repas du pèlerin. Retourner à l’auberge y laver notre linge et le placer sur la corde où il sèche rapidement. Et vient le moment de la sieste, bien méritée. Et du temps libre pour lire, réfléchir, visiter, s’ennuyer, WiFi, contacts avec les autres pèlerins. 19 h, c’est le souper puis le coucher vers les 20 h 30.

Le parcours n’est jamais le même, toujours du neuf. Il y a deux façons de marcher. Soit y aller rapidement afin d’arriver le plus tôt possible au refuge. Soit de marcher la tête haute en respirant et vivant l’instant présent. Une question de philosophie.

Car il y a là aussi, comme dans la vie quotidienne, place à la routine. Il peut arriver qu’à certains jours tu aies hâte que le pèlerinage finisse ou survient un désaccord qui fait dire à un pèlerin : « Moi, hier, j’aurais « sacré » mon camp d’ici ».

Il y a aussi les signes à suivre. En France, trois barres, bleu, blanc, rouge à la couleur du drapeau. En Espagne, une flèche jaune. On les retrouve sur un poteau, une pierre, un coin de maison, un arbre. Pourtant, nous nous sommes trompés à deux reprises. Même à quatre il est possible de se perdre. Mais c’est plus facile à vivre que tout seul. La 2e journée, trop heureux d’aller sur le chemin, nous avons pris une variante, mais qui nous ramenait à Puy-en-Velay que nous avions quitté la veille. Une autre fois à Estaing, nous avons pris un raccourci qui nous a menés loin dans une montagne et il faisait très chaud. Dans les deux cas, des anges sont venus nous remettre sur le bon chemin, heureusement.

Nous avons marché 700 km. Est-ce qu’il faisait chaud ? Comment était le chemin, montagneux ou sur l’asphalte ? Portiez-vous votre sac à dos ? Est-ce que ç’a été difficile ? Des ampoules, mal au dos ? Étiez-vous en forme ? Ma réponse est toujours la même, hélas ! : « J’aime marcher. Si tu n’es pas en forme avant, tu vas l’être après ». Je suis habitué maintenant à voir ma vie comme un pèlerinage à la rencontre de quelqu’un. Alors je trouve dans le pèlerinage un résumé de ce que peut être une vie, ma vie. Un mélange de routine et d’émerveillement.

Est-ce que le chemin nous a changés ? L’avenir le dira.

Louis-Marie Beaumont, prêtre