Ma prochaine cause ?

Chronique / Être parent, ça nous change. Je m’émerveille devant un nouveau-né. J’aime parler d’allaitement, d’éducation, de purées.

Il n’y a pas si longtemps, pourtant, je me sauvais des groupes de mamans qui jasaient de leur progéniture. Il fait caca deux fois par jour, pis ?

Il n’y a que les fous qui ne changent pas. Même mes convictions et mes causes ne sont plus les mêmes. 

Celle des mères monoparentales – ou papa – plus démunies est probablement celle qui me tient le plus à cœur depuis un an. J’éprouvais déjà de l’empathie à leur endroit, mais dans les derniers mois, je me suis fortement questionnée sur la manière dont je pouvais contribuer à améliorer leur qualité de vie. 

Les femmes, c’est connu, sont surreprésentées dans les emplois au salaire minium. C’était donc une bonne nouvelle que Québec hausse le salaire de base de 0,75 $ de l’heure. Du jamais-vu dans la province. 

Ce bond a fait grincer des dents des chambres de commerce. Cette hausse est en effet plus élevée que les prévisions du gouvernement, mais elle est basée sur le salaire horaire moyen. Les employeurs ont donc payé plus cher leurs salariés en 2017 que ce que les experts avaient prédit. 

Si la plupart des entreprises ont les moyens d’augmenter le salaire d’une gang, ils peuvent en donner un peu plus à l’autre aussi, non ?

Mais ce n’est pas encore assez, plaident les syndicats, qui ont fait du salaire de 15 $ de l’heure leur lutte au cours de la dernière année.

Leur lutte, je l’avoue, m’a séduite au départ. Les femmes et les mères qui gagnent le salaire minimum seraient gagnantes. Ma cause, je l’avais trouvée.

Avant de descendre dans les rues avec une pancarte, je voulais savoir qui en profiterait vraiment. On dit qu’il y a plus de 300 000 travailleurs au salaire minimum. Ça semble énorme. Mais la majorité de ceux-ci ont moins de 24 ans. Ça représente bien mon parcours. J’ai travaillé au salaire minimum jusqu’à la fin de mes études universitaires, à 23 ans.

Bon, mes amis qui travaillaient à la SAQ et chez Rio Tinto l’été gagnaient déjà plus de 20 $ de l’heure en étant à l’école, mais c’était des exceptions. Décrocher un poste dans l’une de ces organisations, c’était comme gagner à la loterie.

Donc, en enlevant les étudiants et les gens de moins de 24 ans, il reste quand même quelque 140 000 personnes qui gagneront 12 $ de l’heure en mai prochain, selon les derniers chiffres que j’ai obtenus auprès d’un analyste du gouvernement. 

Parmi ces salariés, cependant, moins du tiers gagnent le salaire minimum sur une longue période. C’est-à-dire qu’ils demeurent dans le même poste pendant au moins trois ans, sans voir leur salaire grimper. Pour plusieurs, il s’agit d’un salaire transitoire ou d’une rémunération qui est revue à la hausse chaque année par l’employeur.

Donc, finalement, si on fait les coins ronds, c’est 1 % des travailleurs de la province qui sont vraiment des employés au salaire minimum de manière permanente. Et parmi ces quelque 40 000 personnes, la majorité sont – roulements de tambour – des femmes.

Finalement, la hausse à 15 $ pour tous me séduit moins. Pourquoi ne pas se concentrer sur cette clientèle bien précise ? Là où les besoins sont plus criants.

Parce qu’en faisant un petit calcul rapide – 12 $ x 40 h x 52 semaines –, la femme (ou l’homme) qui doit s’occuper de son enfant gagne moins de 25 000 $ par année. C’est à cette clientèle qu’on devrait s’attarder, pas aux jeunes étudiants. 

Devinez quoi ? Le gouvernement le fait déjà. Après vérifications, une mère monoparentale qui occupe un emploi au salaire minimum de 12 $ gagne 33 000 $ par année. Et je n’inclus pas le panier de services offerts, comme des coûts moindres pour la garderie ou les médicaments. Je parle uniquement du montant qui reste dans les poches de cette travailleuse. La prime au travail et les allocations familiales permettent aux mères et aux pères de souffler un peu plus. À 33 000 $, on est quand même loin du seuil de la pauvreté. 

Donc, ceux qui disent que c’est plus payant d’être sur l’assurance sociale, c’est faux. Le travailleur parent gagne 13 000 $ de plus avec un emploi au salaire minimum que s’il restait à la maison. 

Je dois dire qu’à l’issue de ma petite vérification, ça m’a rendue encore plus fière d’être Québécoise. Sans ironie. Les mesures sont là !

Qu’on soit libéral, caquiste, péquiste, solidaire ou rhinocéros, on ne peut pas dire que le gouvernement ne s’occupe pas de ses familles monoparentales.