Les bureaux de l’Association québécoise de la dysphasie région Saguenay-Lac-Saint-Jean sont situés à Jonquière, au Centre communautaire Saint-Raphaël.

Une enseignante lègue ses connaissances à sa région

CHRONIQUE / Mélissa Lapointe est enseignante au primaire depuis 17 ans. Remarquant le manque de ressources dans les écoles, notamment pour les enfants dysphasiques, elle lègue maintenant ses connaissances à toute sa région.

Il y a quelques semaines, l’enseignante a vu passer une annonce d’un poste à combler comme coordonnatrice à l’Association québécoise de la dysphasie, région Saguenay-Lac-Saint-Jean. « J’avais l’expertise pour aller plus loin. J’ai tellement appris de choses en 17 ans. J’avais envie de partager ça », réfléchit Mme Mélissa.

C’est pourquoi elle a envoyé sa candidature, qui a aussitôt été retenue.

« Je n’ai rien forcé, c’est arrivé comme ça et j’ai juste l’impression d’avoir suivi mon chemin », répond-elle quand on lui dit qu’elle a du courage. Même si elle perd quelques avantages, Mme Mélissa est confiante.

Elle a pris une année sabbatique de l’enseignement pour voir où cette aventure la conduira. Présentement, elle travaille 15 heures par semaine. « À partir de cet automne, je serai à temps plein et mon objectif est de devenir directrice de l’association. »

Jusqu’à ce jour, l’Association de la dysphasie Saguenay-Lac-Saint-Jean reposait uniquement sur le conseil d’administration composé de sept parents bénévoles. « C’est le premier poste qui a été créé et je suis la première employée. Tout est à construire », souligne la nouvelle coordonnatrice, avec beaucoup d’enthousiasme.

Le 23 février dernier, Mélissa Lapointe accompagnait 11 jeunes de l’Association québécoise de la dysphasie région Saguenay-Lac-Saint-Jean au cinéma.

Le 10 février dernier, elle s’installait officiellement dans son bureau situé à Jonquière, dans le Centre communautaire Saint-Raphaël qui regroupe quelques organismes sans but lucratif. « On aimerait éventuellement ouvrir un bureau à Alma et un autre à Roberval », poursuit-elle.

Si elle détient tant de connaissances, à propos de la dysphasie, c’est que l’école Notre-Dame-du-Rosaire de Chicoutimi Nord, où elle enseignait, a longtemps été une école désignée pour les troubles de langage. « Ma commission scolaire m’a donné l’opportunité de suivre beaucoup de formations », explique l’enseignante qui accueillait, chaque année, trois à quatre élèves dysphasiques dans sa classe. « Mais sur un groupe de 22, je ne pouvais pas donner autant que j’aurais voulu à ces élèves », remarque-t-elle.

Le 20 février, en allant dire au revoir à sa classe de cinquième année, les enfants lui ont demandé si son départ était de leur faute. « Oui ! C’est de votre faute ! Vous m’avez fait grandir et je veux aller accomplir ce que j’ai fait dans ma classe partout au Saguenay-Lac-Saint-Jean », a gentiment répondu Mme Mélissa.

Engagée comme coordonnatrice, Mélissa Lapointe est la première employée de l’Association québécoise de la dysphasie région Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Tâches

Pour assurer son nouveau rôle de coordonnatrice, Mme Mélissa compte s’entourer de professionnels comme des orthophonistes et des orthopédagogues, afin d’amener l’Association encore plus loin, projetant même de créer une fondation. En poste depuis à peine quelques semaines, même si sa liste de tâches est longue, elle a déjà commencé à rencontrer des parents d’enfants dysphasiques pour faire des plans d’intervention conjointement avec l’école. « Il devrait y avoir plus d’associations de ce genre pour soutenir les écoles. Par contre, une loi nous interdit de faire de l’affichage dans les établissements scolaires, pour promouvoir notre service. »

Enfant dysphasique

Mme Mélissa est elle-même mère d’un enfant dysphasique. Dès l’âge de 18 mois, les signes étaient déjà notables. « Jean-Simon ne prononçait pas beaucoup de mots et se fâchait souvent », se remémore-t-elle. Elle avait trouvé des services en milieu hospitalier, mais à l’âge de cinq ans, ces services ne sont plus accessibles, sous prétexte que c’est le rôle de l’école qui doit prendre le relais. Aujourd’hui, Jean-Simon a 11 ans et, à l’école, il gère sa dysphasie en utilisant, entre autres, une tablette pour l’écriture. « C’est fatigant et dur pour eux de toujours devoir penser et chercher les bons mots », ajoute l’attentionnée mère. Selon elle, il faut absolument mettre en place des outils pour détecter ce trouble de langage le plus tôt possible.

Association

L’Association québécoise de la dysphasie, région Saguenay-Lac-Saint-Jean, a vu le jour en 1987 et compte 111 membres. L’organisme s’est donné comme mission de favoriser une meilleure connaissance de la dysphasie, dans la communauté, pour aider les parents et leurs enfants au travers d’activités, d’ateliers, de rencontres et de camps accessibles. Ces activités permettent aux jeunes de développer des habiletés sociales, car les troubles de langage causent souvent des obstacles au niveau social. Comme l’intégration en milieu de travail est parfois difficile, l’Association aide aussi les jeunes adultes dysphasiques à trouver un emploi.