Camille-Léa Simard adore voyager. En 2018, elle s’est rendue au Maroc, dans les dunes de l’Erg Chebbi.

Toujours aussi marginale

CHRONIQUE / En 2006, Camille-Léa Simard se confiait au Progrès, dans le cadre de la mini-bio d’ados. Elle se décrivait comme marginale et fonceuse.

À 15 ans, elle se sentait différente des autres. Elle bouillonnait de projets et aspirait à une carrière de thanatologue, comme sa tante Renée Simard, qu’elle admirait tant.

À 28 ans rien n’a changé. Intriguée par la mort, elle est bel et bien devenue thanatologue dès l’âge de 20 ans. « Les cadavres et les défunts me fascinaient », se remémore Camille-Léa. Comme le travail du thanatologue implique beaucoup le côté humain, la jeune femme savait au plus profond d’elle-même qu’elle n’allait pas faire ça toute sa vie. « On doit rencontrer les familles endeuillées, diriger les funérailles et développer une relation d’aide. Il faut que tout soit parfait. »

Pendant six ans, elle a pratiqué son métier tout en poursuivant ses études en administration. « J’étudiais les soirs à l’UQAC et je retournais finir mes embaumements le soir. » À la fin de ses études, elle a pris trois mois pour s’évader en Asie. « J’ai découvert une autre culture qui n’est pas axée sur le rendement et la performance. » Un autre voyage en Europe lui a permis de valider les bienfaits des dimanches, alors que tout est fermé. Ces temps d’arrêt, elle les savoure doublement depuis qu’elle a appris à les apprivoiser.

Malgré sa joie de vivre, son côté rassembleur et sa facilité à s’exprimer, il y a six mois elle ne dormait plus, ne mangeait plus et n’arrivait plus à faire les tâches du quotidien. Elle venait de toucher le fond. Au travers de ses réalisations, n’exigeant d’elle-même rien de moins que la perfection, elle s’était oubliée. Depuis ce temps, elle n’a pas peur de parler de la dépression et de l’importance de prendre du recul.

En 2006, alors qu’elle étudiait à la Polyvalente de La Baie, Camille-Léa Simard participait à l’entrevue mini-bio d’ados publiée dans Le Progrès.

Son entourage la voyait pourtant comme un modèle de persévérance, une inépuisable vaillante, toujours de bonne humeur. Personne n’aurait pu penser que la dépression guettait Camille-Léa.

Depuis près de deux ans, elle travaille comme conseillère financière à la Caisse Desjardins de La Baie et elle a bien hâte de revenir en poste plus solide. Son passé de thanatologue ne lui échappe pas. Elle avoue être une conseillère très à l’écoute de ses clients.

Pendant cet arrêt de travail, elle réfléchit et bricole chez elle dans l’optique de se refaire une santé. « Ce n’est pas vrai que, parce que tu as l’air d’être bien, que tu l’es vraiment. J’ai fini par accepter la médication. » Pour elle, cette épreuve n’a rien d’un tabou. En confiant ses états d’âme aux autres, elle avoue avoir reçu beaucoup de confidences. En parler ouvertement semble faire du bien à tout le monde.

En accompagnant des familles endeuillées, même si elle n’est pas croyante, Camille-Léa reconnait aussi que certains mœurs et rituels font du bien. « Quelque chose s’est perdu au Québec. On dirait qu’on n’a plus rien à quoi s’accrocher », remarque-t-elle. Parlant de deuil, en 2006, Camille-Léa nous confiait sa tristesse face à sa tante Christine qui se battait contre le cancer. Malheureusement, quelques mois après cette entrevue, sa tante est décédée. « Je pense souvent à ma tante Christine. »

De 2006 à 2019

Mordue de musique, Camille-Léa court encore les festivals et les spectacles pour aller principalement à la rencontre d’artiste québécois. « J’adore ce qui se fait au Québec. » En 2006, ses parents lui avaient interdit d’aller voir son groupe préféré de l’époque, Sonata Arctica, de passage à Québec. « J’y suis allée l’année suivante », lance-t-elle en riant. Elle disait aussi avoir une phobie des chiens. « Je ne ‘‘tripe’’ pas sur les chiens, mais ma sœur sort avec un gars qui avait deux chiens berger australiens et ils étaient tellement gentils que ça m’a réconciliée avec les chiens. »

La musique a toujours pris une grande place dans la vie de Camille-Léa, qui a maintenant 28 ans.

Tout comme en 2006, c’est encore la cuisine qu’elle préfère dans sa maison. « Dans ma petite maison, à La Baie, j’ai un îlot central. J’aime recevoir des gens et être un élément rassembleur. » À l’adolescence, l’objet qu’elle chérissait le plus était sa guitare. « J’ai arrêté de jouer longtemps. J’ai recommencé il y a deux ans. J’ai pris plus de confiance et j’aime animer les soirées avec mon cahier de chansons. » Côté vestimentaire, ça n’a jamais changé. « J’ai encore un genre qui se démarque. J’adore les collants très colorés. Mon chum trouve ça parfois spécial, mais il s’habitue. » Elle voue beaucoup d’admiration pour Dalida et la chanteuse de Cranberries, Dolores O’Riordan, qu’elle considère comme deux marginales. « J’étais censée aller voir Cranberries avec mes parents, parce que ce sont eux qui m’ont fait découvrir ce groupe, mais Dolores avait annulé ses spectacles pour des problèmes de santé et elle est finalement décédée », conclut Camille-Léa.