Sauvée de justesse par les policiers

Maintenant, quand on voit un jeune en fugue, il est difficile d’ignorer autre chose que le portrait dépeint dans la série Fugueuse, diffusée à TVA. Karine (nom fictif) a bien failli tomber dans les bras d’un homme qui recrutait des jeunes filles du Saguenay pour les amener vers Montréal afin de les faire entrer dans l’industrie du sexe...

L’histoire se passe en 2008. Karine a alors 15 ans. Elle vient de vivre un déménagement, de Montréal vers Saguenay. Ce changement de vie l’a littéralement chamboulée. Elle a perdu des amis, et sa relation avec ses parents se dégrade. 

Dans sa nouvelle école, Karine a de la difficulté à s’intégrer. Elle tente d’approcher les personnes qui semblent les plus accessibles. « Je suis allée vers une gang qui me semblait plus accueillante, même si on les appelait les drogués », se remémore la jeune femme maintenant âgée de 25 ans. 

En quelques jours, elle est devenue dépendante aux méthamphétamines et à la cocaïne. « Dans mon ancienne école, je savais que certains fumaient du pot, mais je n’avais jamais entendu parler que des élèves consommaient des drogues chimiques », poursuit-elle.

À cette époque, les after-hours, des bars clandestins, sont populaires sur le territoire de Saguenay. Vers 3 h du matin, dès que les bars ferment, le bar After ouvre ses portes. On n’y vend pas d’alcool, mais il est très facile de se procurer de la drogue. Les nouveaux amis de Karine lui font découvrir cet endroit où tout est permis !

« Chaque fin de semaine on allait se geler la face au After. Le portier avait un oeil sur moi, alors il me fournissait du speed, de l’ecstasy et même du GHB, pour triper. À force d’y aller, j’ai été approchée par un homme qui avait au moins dix ans de plus que moi », poursuit Karine. 

Le « Vendeur »

Elle remarque alors que l’homme vend toutes sortes de substances, mais pour elle, tout est gratuit. À force de voir le « Vendeur », elle accepte son invitation à aller chez un ami à lui. « Quand je suis arrivée, il y avait une autre fille de moins de 16 ans et six hommes. C’est là que j’ai commencé à me sentir vraiment mal. Les gars s’amusaient à nous ‘‘pognasser’’ », se rappelle Karine. Heureusement, tel un sauveur, le « Vendeur » lui propose de l’accompagner pour aller faire une commission et s’éclipser de cette pénible soirée.

À ce moment-là, le « Vendeur » sait que Karine est en fugue depuis trois semaines et recherchée par les policiers.

Le « Vendeur », qui gagne de plus en plus la confiance de Karine, lui propose alors d’aller à Montréal afin de faire le plein de GHB pour – selon ses dires – fournir l’After. La jeune femme accepte avec joie. Même si elle n’a pas de permis de conduire et qu’elle n’a jamais conduit de sa vie, il lui fait miroiter qu’elle pourra même conduire sa voiture. Le voyage s’annonce divertissant ! 

Avant de partir, elle lui dit d’arrêter chez son ami, chez qui elle dort de temps en temps depuis sa fugue, pour aller se chercher des vêtements propres. En arrivant chez l’ami en question, deux voitures de police arrivent, et les policiers mettent Karine et le « Vendeur » en état d’arrestation. La jeune fille est gardée par les policiers jusqu’à l’arrivée de sa mère.

Centre Jeunesse

L’adolescente est envoyée au Centre Jeunesse de Saint-Georges et en thérapie fermée pour trois mois. En sortant du centre de désintoxication, Karine apprend par sa mère que le « Vendeur » est un proxénète montréalais qui recrute de jeunes filles au Saguenay. Il profite de leur faiblesse et de leur naïveté pour les ramener à Montréal, les droguer et en faire des prostituées.

« J’ai été sauvée de justesse. Qui sait ce qu’aurait été ma vie si on ne m’avait pas retrouvée à temps. Je n’aurais peut-être jamais revu ma famille », réfléchit Karine, qui n’a plus jamais eu de nouvelles du « Vendeur ».

charismatiques

Malheureusement, les individus comme le « Vendeur » sont souvent charismatiques et capables de manipuler les jeunes femmes, qui leur vouent beaucoup d’admiration et de respect. Leur mode de vie est enviable pour certaines adolescentes qui rêvent d’aventure et de liberté. 

Capables de les persuader que la consommation et le sexe font partie d’une industrie des plus banales, certaines femmes s’y perdent complètement, allant même jusqu’à protéger ces hommes. 

Recrutement

Il y a une dizaine d’années, les after-hours étaient de bons pièges pour faire du recrutement de jeunes filles. Heureusement, ce genre d’endroit n’existe plus. 

Ça ne veut toutefois pas dire qu’ils n’ont pas pris une nouvelle forme. Ces événements de nuit sont camouflés derrière une image plus légale, mais la mission est tout aussi malsaine.