Aujourd’hui, en tant qu’intervenante en soins spirituels, Mylène Brunet souhaite vouer sa vie à aider les gens à passer au travers de dures épreuves.

Sa vocation est d’aider les autres

CHRONIQUE / En mars 2000, à l’âge de 12 ans, Mylène Brunet apprend que deux types de cancer des os se sont logés dans son fémur. Sa première année au secondaire se passe à la maison.

Pendant 15 mois, sans jamais prendre de retard au niveau académique, elle s’accroche à la vie malgré la souffrance des traitements.

Près de 20 ans plus tard, elle fait partie des 306 intervenants en soins spirituels du Québec. La jeune femme native de Saguenay est installée à Québec depuis quelques années et c’est dans cette région qu’elle exerce son travail de rêve avec 35 autres collègues.

« Quand une personne souffre d’un épisode de détresse relié à un accident, un choc ou une maladie, elle va revisiter ses valeurs, se questionner et se remettre en question. Mon rôle est de l’accompagner dans sa spiritualité, peu importe la forme qu’elle a », explique Mylène, qui exerce son travail à temps plein dans un centre de réadaptation et à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus.

La plupart des patients qu’elle côtoie ont vécu un traumatisme qui laisse des séquelles. Les intervenants en soins spirituels offrent une garde sept jours sur sept, 24 heures sur 24. « Parfois, certaines personnes viennent de recevoir un diagnostic et elles ont un besoin urgent de nous voir. D’autres sont en fin de vie. On accompagne aussi leurs proches. On n’a pas de recette magique. On s’adapte à eux, à leur façon de vivre ça. Il n’y a pas deux histoires pareilles. »

Outre la souffrance qu’elle croise au quotidien, elle apprécie la confiance que les patients lui accordent. C’est sur cet aspect qu’elle concentre son attention.

Dans son cas, même si on parle de guérison, Mylène conserve des séquelles reliées aux traitements reçus pour guérir son cancer il y a 20 ans. « Je suis restée plus faible, et, même si c’est rendu plus rare, je peux encore perdre connaissance. » De plus, chaque année, elle est suivie pour vérifier l’état de ses poumons. « Ce type de cancer revient souvent en s’attaquant aux poumons. Je dois être vigilante, sans tomber dans l’hyper vigilance. » Certains jours, elle doit piler sur son orgueil et utiliser une canne. « Je dois écouter mon corps, mais ça ne m’empêche pas de faire ma vie », mentionne celle qui est en couple depuis plus de dix ans.

En janvier 2005, Mylène Brunet livrait un touchant témoignage concernant un cancer qui l’a cloué au lit pendant 15 mois, alors qu’elle avait seulement 12 ans.

Autre conséquence des traitements, elle est devenue infertile. « Je n’ai pas eu d’enfant, je n’en aurai pas non plus et je suis en paix avec ça. Je donne mon amour à mes patients. C’est une vocation, c’est exigeant et je ne me verrais pas arriver à la fin de mes journées avec des petits à m’occuper. » Elle est marraine d’un filleul et s’implique beaucoup dans son rôle.

Tabous

Lors de cet entretien, j’évitais de demander à Mylène quelle était sa croyance. J’étais mal à l’aise. Comme si c’était un tabou. Pourtant, je n’étais pas mal à l’aise d’aborder l’infertilité. « La foi, au Québec, est marquée par tant d’abus qui nous rendent timides, réfléchit Mylène. Pourtant, le contact avec la maladie et la mort sont des épreuves faisant partie de la vie, mais on nous protège de tout ça depuis qu’on est petit. »

Plusieurs rituels existent pour marquer la naissance. Ces étapes sont toutes aussi importantes face au deuil. « Quand on me demande ma croyance, je réponds que je suis chrétienne catholique, mais j’ajoute que personne n’a la science infuse. »

Parcours

En 2001, après des traitements de chimio intenses, de nombreux séjours à l’hôpital, des épisodes de douleur insupportables et deux opérations, dont l’ablation et le remplacement de son fémur, on parlait enfin de rémission pour Mylène.

Cinq ans après son combat, l’élève du secondaire utilise son talent en écriture afin de signer un émouvant témoignage qu’elle publie dans le journal de son école L’Odyssée Dominique-Racine et dans le journal Le Progrès.

À l’adolescence, comme tous les jeunes, Mylène se pose beaucoup de questions face à son avenir. Ses notes lui permettent de rêver à un avenir dans la médecine, mais ayant elle-même côtoyé beaucoup de médecins, elle cherche un domaine qui va lui permettre d’apaiser la souffrance autrement que physiquement.

Cumulant les diplômes, dont un DEC en arts et lettres, un baccalauréat en sciences humaines des religions, un certificat en gérontologie service sociale et un diplôme en accompagnement spirituel, second cycle, son véritable rêve s’est concrétisé il y a un an en devenant intervenante en soins spirituels.

Elle apprivoise ce nouveau rôle en laissant d’autres rêves s’installer dans sa vie. Son amour pour l’écriture, ayant fait d’elle une libraire pendant plusieurs années, lui donne envie d’écrire en s’inspirant de son travail.