Reconquérir les jeunes lecteurs

CHRONIQUE / Lors de mon passage au Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean, en septembre, j’étais stupéfaite de voir à quel point les enfants d’âge primaire ne connaissaient plus les journaux.

Fini le bon vieux journal papier qui traîne sur le comptoir et qui attire la jeunesse, ne serait-ce que par son mot caché, sa caricature ou sa bande dessinée.

Il y a à peine deux ans, les enfants levaient encore la main quand je leur rendais visite dans leur classe et que je leur demandais s’ils connaissaient Le Progrès. Même si je me rendais compte que la popularité baissait, comparativement à mes débuts en 2002, je ne pensais pas que la chute était à ce point catastrophique. Aujourd’hui, quand je pose cette question, c’est le calme plat. « Oui, j’ai déjà vu mon père lire le journal au restaurant », me rassure un garçon d’une dizaine d’années. « Ma grand-mère le regarde, je pense... », poursuit une fillette.

Installée à mon kiosque du Salon du Livre et plongée dans mes réflexions sur ce triste constat, j’ai aussi entendu que plusieurs leurs informations sur les réseaux sociaux avec tous les inconvénients que ça comporte.

De toute évidence, ils aiment encore lire. Seulement, le format journal ne semble plus les rejoindre. Ils aiment les couvertures colorées, les illustrations et les grosses polices de caractère. Quand ils plongent sur Internet, ils veulent de l’interaction, des vidéos et des jeux amusants. Ils aiment les histoires qui frôlent leur réalité et les personnages qui ont leur âge.

C’est pourtant, ce que leur offre cette page du journal, toutes les semaines, depuis 2002. Des milliers de jeunes ont ressenti beaucoup de fierté à voir leurs réalisations et leur talent exposés dans Le Progrès.

Journaux étudiants

La plupart des écoles primaires et secondaires ont délaissé les journaux étudiants. C’est trop exigeant, très coûteux si on l’imprime, et c’est parfois difficile de recruter des élèves pour jouer les journalistes.

Alors que ça devrait être une activité parascolaire ou une option, les jeunes et les enseignants y voient vite une charge supplémentaire avec des textes à écrire et à corriger dans un délai serré.

Dire que dans les années 90, on devait refuser des élèves qui choisissaient l’option français-journalisme à l’École secondaire Charles-Gravel, tellement l’option était populaire.

En transformation

Pour certains, le journal papier n’est pas une option pour s’informer, même si, souvent, l’information véhiculée sur les plateformes numériques provient du papier. La nouvelle a toujours sa place, mais avec l’arrivée des réseaux sociaux, son moyen de diffusion connaît un changement.

Beaucoup de choses finissent par disparaître pour se transformer en autre chose. On le voit aussi avec les vieilles bâtisses qui croulent pour laisser place à des constructions plus modernes. Et les églises qui changent de vocation. Tant de choses ont disparu, malgré les efforts pour les sauver ou étirer leur espérance de vie le plus possible. Mais l’information écrite a encore sa place et joue un rôle important dans la société.

Les nouvelles générations plongent les yeux fermés dans les nouvelles technologies. Les plus vieux leur font la morale, avec des discours qui commencent par « dans mon temps ». La bonne nouvelle, c’est qu’avec l’engouement autour des salons du livre, on constate que peu importe les générations, le bon vieux livre est encore davantage apprécié que les liseuses. « J’aime sentir le livre, tourner les pages, jeter un oeil au chapitre suivant et y apposer mon signet », pourraient dire des lecteurs de tous âges. Une méthode de lecture que les jeunes peuvent retrouver dans le journal.

Espoir

Heureusement, il y a de l’espoir quand je vois des écoles s’abonner au journal pour que les jeunes commencent leur journée en s’informant. Quand des enseignants me disent qu’ils ouvrent l’application du journal pour lire les nouvelles sur le tableau blanc interactif. Quand l’école Sacré-Coeur de Jonquière m’invite à venir rencontrer l’équipe du journal étudiant.

Qui sait, peut-être que le journal reprendra de la vigueur quand les jeunes réaliseront que les réseaux sociaux sont trop pollués par les fausses nouvelles. D’ici là, il faudrait au moins éduquer les jeunes à bien se comporter sur ces plateformes.