Marie-Ève propulsée par les petits

CHRONIQUE / Quand Marie-Ève Lapointe a été engagée à la petite école Vision Saguenay, en 2013, c’était pour laver les jouets, trois heures par jour, deux jours par semaine.

La jeune femme ne se doutait pas que son plus grand rêve allait se concrétiser dans ce milieu préscolaire pour les enfants de 18 mois à 5 ans.

Alors âgée de 21 ans, Marie-Ève, qui souffre de l’ataxie de Charlevoix-Saguenay, une maladie héréditaire récessive, avait mis une croix sur son projet de devenir éducatrice. « Comme j’ai toujours eu de la misère à l’école, je n’avais pas réussi à poursuivre mes études en enseignement », explique-t-elle. Même avec un diplôme en secrétariat en poche, elle avait de la misère à dénicher un emploi. « Ça faisait deux ans que j’étais en recherche d’emploi quand j’ai reçu l’appel de la petite école Vision», se remémore la jeune femme de 26 ans.

Son amour pour les enfants et sa facilité à interagir avec eux a rapidement impressionné tout le monde. Elle s’est mise à consoler les bébés et à faire d’autres tâches pour venir en aide aux éducatrices. Débrouillarde, elle ne refusait jamais les défis qu’on lui lançait. Elle a donc été transférée du côté de l’École primaire trilingue Vision Saguenay pour aider l’enseignante de maternelle.

Aujourd’hui, Marie-Ève porte le titre d’aide-enseignante et travaille toute la semaine, six heures par jour, à l’École trilingue Vision Saguenay. Étant dans une école qui fonctionne principalement en anglais, elle est même devenue bilingue.

Photo Le Progrès, Mélissa Viau

Aimée de tous

L’aide-enseignante est une ressource inestimable pour tout le personnel et les élèves de l’école, d’autant plus que sa persévérance et sa détermination font d’elle une personne exemplaire pour tous les gens qu’elle côtoie. « Elle est vraiment précieuse pour nous. C’est notre personne à tout faire », souligne la directrice de l’école, Annie-Claude Perron.

Les enfants sont parfois intrigués par sa marchette. « Je leur explique, je leur parle de ma maladie neuromusculaire (qui touche la moelle épinière et les nerfs responsables des mouvements, de l’équilibre et de la coordination du corps), et ils comprennent pourquoi certains de mes mouvements sont plus lents », remarque celle qui obtient même l’assistance des élèves.

Polyvalente et travaillante, Madame Marie-Ève peut aider les élèves à faire leurs devoirs, faire des photocopies pour les enseignants ou encore faire les téléphones pour justifier les absences. « J’ai vraiment besoin de travailler. C’est bon pour me tenir en forme, mais c’est surtout bon pour ma santé mentale », lance Marie-Ève en riant. Elle a même sa propre voiture pour se déplacer.

Évidemment, l’école a maintenant engagé une autre personne pour laver les jouets. « C’est aussi une personne qui a une déficience, mais cette fois, c’est au niveau intellectuel », mentionne la directrice de l’école, Mme Perron.

CORAMH

Le 4 décembre, une classe d’élèves de troisième et de quatrième année de l’École trilingue Vision Saguenay s’était installée dans les salles de séjour du Séminaire de Chicoutimi pour vendre des smoothies (boisson frappée aux fruits) au profit de la Corporation de recherche et d’action sur les maladies héréditaires (CORAMH) Saguenay–Lac-Saint-Jean. C’est la jeune Romie Boivin qui avait eu cette idée d’amasser de l’argent pour cet organisme afin de faire avancer la recherche sur les maladies génétiques récessives présentes dans la région, telles que l’ataxie de Charlevoix-Saguenay.

Des élèves du comité de bénévolat du Séminaire de Chicoutimi s’étaient joints aux enfants du primaire pour les aider dans la vente des breuvages.

Entreprise

L’an passé, Julie Dufresne a été invitée par Vision Saguenay pour parler de l’entrepreneuriat. À la suite du passage de la femme d’affaires, présidente et fondatrice chez Emploiretraite.ca, la classe de troisième et de quatrième année avait mis sur pied son entreprise de smoothies. « Les élèves s’occupent de tout, de l’achat des produits, en passant par la vaisselle et la manipulation de l’argent », souligne leur enseignante, Cathy Levesque. Toutes les semaines, l’entreprise de smoothies vend ses breuvages santé aux 120 élèves de l’école trilingue. Les profits sont réinjectés dans l’entreprise pour faire l’achat de produits et pour réaliser d’autres projets. Bientôt, les élèves de Madame Cathy mettront en vente leur livre de recettes de smoothies. Évidemment, leur entreprise est aussi éligible pour le défi OSEentreprendre.