Véronique Plourde et Mélissa Viau, à nouveau réunies dans une école, avec leurs chiens, Rosie, Grignotte et Râto. C’est la dernière aventure qu’aura vécue Grignotte avant de s’éteindre, le 16 janvier.

Le temps où les animaux étaient admis dans les écoles

CHRONIQUE / À la fin des années 80, à notre école primaire, mon amie Véronique Plourde et moi prenions parfois l’autobus avec notre boîte à lunch d’une main et une cage de hamster de l’autre.

« Mes élèves n’ont même plus le droit d’amener leur instrument de musique dans l’autobus », réfléchit Véronique, qui est devenue enseignante en art dramatique et en musique.

Arrivées à l’école, nous installions fièrement notre rongeur sur notre bureau. Les autres élèves nous trouvaient cool. Nos animaux gagnaient la sympathie des élèves qui se montraient calmes et respectueux. Nous étions les meilleures amies de l’école, les meilleures amies des animaux et les seules à pouvoir amener nos animaux dans notre petite école de campagne.

Un jour, alors que nous étions en sixième année, plusieurs élèves de la classe souhaitaient, eux aussi, vivre cette expérience d’amener leur animal à l’école.

Notre prof a accepté. Nous étions donc une dizaine à passer la journée avec une petite bête sur le coin de notre pupitre.

Sur l’heure du midi, Véro et moi avons profité du beau temps pour parader nos rongeurs dans la cour d’école. Dans ce temps-là – il paraît que ça n’existe plus –, nos parents nous achetaient aussi des petits kits de vêtements pour les fêtes. Véro avait son kit neuf de Pâques, aux couleurs pastels. Soudain, son cochon d’Inde, Yogi, a pris panique dans ses bras et s’est sauvé sous l’école. « Il y avait une grille qui nous empêchait de passer. On était rentrées dans l’école pour aller voir le concierge et lui demander un tournevis étoile, sans lui donner la raison », se remémore Véronique.

Nous savions pertinemment qu’en faisant une gaffe, nous risquions de perdre nos privilèges. Notre plan a donc été mis à exécution sans que la surveillante se doute de quoi que ce soit. À l’aide du tournevis, on a discrètement enlevé la plaque grillagée, pour que Véro et deux de nos courageux amis se faufilent sous l’école pour retrouver Yogi. Nous avons fait la même chose le jour où j’étais tombé du VTT, alors que nous étions cinq enfants, pas de casques, sur le VTT de mon père. Ma mère a appris la vraie histoire seulement quelques années plus tard.

En rampant sous l’école, Véro a réussi, dans la noirceur totale, à mettre la main sur son cochon d’Inde. Elle est ressortie en se faisant acclamer par tous les élèves qui avaient observé la scène avec effroi. Les applaudissements ayant piqué sa curiosité, la surveillante a sursauté en voyant l’état des trois élèves, sales de la tête aux pieds.

2019

Aujourd’hui, à moins d’avoir un chien Mira, aucun élève n’a la permission d’amener son animal à l’école. Outre les projets spéciaux ou les ateliers de zoothérapie, aucune interaction n’est permise avec les animaux dans les écoles.

Devant cette rigidité, on évoque des raisons d’assurances, d’allergies et de biosécurité. Ce qui est très légitime.

D’ailleurs, depuis deux ans, quand j’entre dans les écoles avec mon chien Râto, je le maintiens en cage. Ça rassure tout le monde, y compris Râto. De toute façon, plusieurs recherches prouvent que la plupart des chiens n’aiment pas se faire flatter par n’importe qui, n’importe quand.

Quand les élèves sont déçus de ne pas pouvoir toucher à mon chien, je compare la situation à un gros party de famille, où on ne connaît personne, et que toutes les matantes trop parfumées essaient de nous donner des becs. S’en suivent des faces en grimaces et des expressions dans le genre de «ouache» et «dégueu».

J’ai déjà laissé les enfants flatter mes chiens dans les écoles. Outre le plaisir que ça leur procurait, j’ai aussi encaissé des commentaires qui me laissaient sceptique :

« Ah ! Je pense qu’il a voulu me mordre. »

« Ouache ! Il m’a léché. »

« Je suis plein de poil. Ma mère va me chialer. »

« Je suis allergique, mais je veux trop le flatter. »

Je me disais qu’un jour, un enfant allait faire un drame assez intense pour me mettre dans le trouble. De plus, je trouvais ça un peu stressant de ramener des microbes de grippe et de gastro sur la fourrure de mon animal. Je crois que ces mesures de sécurité sont donc nécessaires.