Ces clients impatients et impolis

CHRONIQUE / Je remarque que la clientèle, dans les restaurants rapides, n’est pas toujours facile. Les gens sont souvent pressés pour rien, impolis et exigeants envers ces jeunes travailleurs qui vivent leur première expérience de travail.

On sent sur les épaules des employés la pression du manque de main-d’œuvre qu’ils doivent pallier du mieux qu’ils peuvent.

Ces restos sont pourtant des repères, pour de nombreuses personnes sans emploi et moins fortunées qui profitent d’un endroit chaleureux qui les accueille et les sert sans jugement et sans pression, en leur refilant même une deuxième tasse de café gratuitement…

Récemment, une dame s’est précipitée devant moi pour commander son café. La jeune fille à la caisse lui répond alors avec un beau sourire, alors que la dame affiche un regard sévère. Elle soupire d’avoir attendu son tour pendant au moins trois minutes.

La caissière tente du mieux qu’elle peut de cacher le stress qui l’envahit en voyant la file de personnes qui attendent. La cliente paye son café de 1,15 $ avec une pièce de deux dollars et la jeune fille lui rend sa monnaie.

La dame regarde son petit change en grimaçant, comme si on venait de lui mettre une tarentule venimeuse au creux de la main, et s’exclame : « T’as pu de trente sous ? »

La jeune fille refait calmement le calcul à voix haute pour justifier le retour de monnaie. La cliente continue de la dévisager en marmonnant : « Ça marche pas, ton affaire. »

« Je n’ai plus de 25 cents dans ma caisse », précise la jeune femme qui semble habituée aux humeurs instables des clients.

« Ben, dis-le à ton boss quand t’as pu de trente sous », renchérit la dame, insultée, en tournant les talons et en se dirigeant vers sa table.

Je ne comprends pas trop ce qui s’est passé dans l’histoire du Québec pour que les anciennes générations appellent les 25 cents des trente sous, mais il faudrait peut-être se rendre à l’évidence que ça vaut bel et bien 25 sous depuis un bout. Je pense aussi qu’au lieu de donner des leçons aux gens, cette madame devrait amener son CV à ce resto qui affiche « Besoin de personnel ».

Folie de décembre

Avec la folie de décembre, je suis sensible envers tous ces gens qui se démènent pour répondre à des clients irrités qui viennent de faire dix fois le tour du stationnement pour tenter de se trouver une place le plus près possible de la porte.

Un de mes petits bonheurs, quand je magasine, c’est d’avoir un breuvage à la main.

J’évite souvent le service à l’auto, préférant de loin entrer dans les restos pour entendre des histoires comme celle du trente sous. J’observe en attendant ma réconfortante boisson chaude ou mon café glacé sans sucre et sans crème, avec substitut de lait. Je spécifie « sans sucre » parce qu’on tente souvent, avec un air confus, de me faire changer d’avis en me suppliant d’essayer la formule avec sucre, car elle est meilleure ! « Si jamais vous changez d’idée – parce qu’il y a juste les fous qui ne changent pas d’idée –, revenez me voir et je vous mettrai un peu de sirop », me rassure l’attentionnée serveuse.

Ça me rappelle que moi aussi, quand j’étais étudiante, j’ai déjà travaillé dans un milieu où le client avait toujours raison et je peux dire que ça forge la patience ! J’étais aux caisses avant d’une quincaillerie grande surface. Les clients venaient souvent me demander à quel endroit se trouvait telle ou telle chose. Quand je leur suggérais d’aller voir dans le département et de s’informer au commis, on me reprochait de ne pas savoir où étaient les choses. À 19 ans, c’est assez rare que tu magasines dans une quincaillerie pour refaire ta salle de bain…

Ça me décourage de voir que tant de gens traitent ces travailleurs comme s’ils étaient des machines qu’on peut insulter.

C’est vrai que parfois, on se fait répondre de drôle de choses dans les quincailleries, mais vaut mieux en rire. J’ai déjà demandé la différence entre l’ampoule à 3 $ et l’autre à la même intensité qui était le double du prix. « C’est parce que celle-là est à 3 $ et l’autre est à 6 $ », m’avait répondu le gentil commis avec un petit sourire.