Ce que vos vêtements disent de vous

Mélissa Viau
Mélissa Viau
Le Quotidien
CHRONIQUE / Comment étais-tu habillé pour la rentrée ? J’imagine que tu avais choisi tes vêtements avec minutie. Gageons même qu’ils étaient neufs !

Je me souviens encore de mon habillement lors de ma rentrée en troisième secondaire. Je venais de déménager dans une nouvelle région et j’entrais dans une toute nouvelle école. J’avais choisi de m’habiller de façon à me fondre un peu dans le décor.

Je me souviens aussi qu’au retour des vacances, le temps d’un été, certains élèves avaient complètement changé de style, passant d’intellectuel à punk !

Des fois, quand on revoit des photos ou qu’on replonge dans nos souvenirs, on est un peu gêné des styles qu’on a déjà eus. D’ailleurs, certaines personnalités devenues publiques m’ont déjà écrit pour me demander de ne pas montrer ce qu’elles avaient déjà fait pour passer dans cette page de journal, quand elles étaient ados, parce qu’elles se sentaient embarrassées.

Peu importe l’âge, que ce soit pour commencer un nouveau travail ou entrer à la maternelle, le choix vestimentaire reste un élément important et qui ne devrait pas être négligé. Après tout, c’est notre personnalité qu’on dévoile !

Quand j’étais petite, pendant que ma soeur se couvrait de robes à paillettes, moi, je préférais mettre des joggings.

Ma mère n’a jamais catégorisé nos choix, par exemple en disant que ma soeur était une princesse et que moi, j’étais un petit gars manqué. Je n’aurais pas aimé non plus qu’elle publie quoi que ce soit sur moi et que la société analyse mes comportements.

À un moment donné, les paillettes et les joggings ont pris le bord, sans que personne ne nous le demande. Mes parents n’ont jamais tenté de prédire notre avenir en lien avec notre habillement. Ils n’ont pas essayé de nous convaincre d’être autre chose que nous-mêmes. Je ne pense même pas que ça leur effleurait l’esprit de nous juger… À l’adolescence, c’est ma mère qui nous teignait les cheveux de toutes les couleurs et qui revendiquait avec nous le code vestimentaire de l’école.

Pendant les premières années de leur vie, les enfants sont convaincus que leurs parents savent tout et qu’ils ont toujours raison. Les parents peuvent donc avoir une influence immense sur l’avenir de leur progéniture, positive ou négative. C’est tout aussi malsain de dire à un enfant, fille ou garçon, qu’il est un bon à rien que de lui faire miroiter qu’il va devenir un médaillé des Jeux olympiques.

En fait, nos choix vestimentaires et nos comportements d’enfants, à ma soeur et moi, n’avaient absolument rien à voir avec notre orientation sexuelle et ne représentaient aucunement ce que nous allions devenir une fois adulte. Ma soeur n’est pas du tout devenue une princesse ; moi, je n’ai pas changé de sexe.

Billy et sa robe multicolore

J’ai trouvé ça mignon quand j’ai vu passer cette vidéo, sur mes réseaux sociaux, où on voit un petit garçon nommé Billy qui présente la robe multicolore qu’il prévoit mettre pour la rentrée scolaire.

Quand j’ai vu ça, je n’ai pas pensé à son orientation sexuelle ni à son avenir à l’âge adulte. J’ai juste vu un enfant de maternelle fier de son choix vestimentaire. Actifs sur les réseaux sociaux, en rendant cette vidéo publique, les parents de Billy devaient bien se douter que la communauté en ferait une analyse qui frôle la paranoïa.

Certains y sont allés un peu fort, allant jusqu’à prédire l’avenir du garçon. C’est le cas de cette internaute qui disait suivre religieusement la mère de Billy (Bianca Longpré) sur Facebook et que, selon elle, les comportements qu’elle voyait de cet enfant annonçaient un éventuel changement de sexe. C’est un peu intense. Imaginez le jour où Billy aura accès à Internet et qu’il verra tous ces commentaires…

Une poupée pour fiston

Ça m’a rappelé un père qui s’était filmé dans son auto avec son garçon qui voulait une poupée. Il était allé lui en acheter une au magasin. La publication était rapidement devenue virale et la plupart des commentaires étaient élogieux, allant même jusqu’à trouver ce geste héroïque. Moi, je trouvais ça normal. J’ai bien déjà voulu un camion de pompier et ma famille n’en avait pas fait tout un plat.

La quête de vedettariat des adultes et le besoin de se démarquer ne devraient pas non plus impliquer les enfants. Les conséquences sont trop lourdes et peuvent même se rendre jusqu’en justice s’il y a atteinte à la réputation.