Dans son processus de guérison, Ann-Sophie Gagné rêvait de faire une conférence sur l'anorexie. Elle peut être fière de cette réussite qui lui rappelle que la maladie est bel et bien derrière elle.

Briser le silence sur l'anorexie

CHRONIQUE / Dans son processus de guérison, Ann-Sophie Gagné se disait que ce serait un beau défi, un jour, d'arriver à faire une conférence sur l'anorexie. Elle souhaitait faire tomber les tabous et parler ouvertement de cette maladie qui a empoisonné sa vie et celle de ses proches pendant trois ans.
Ce jour est arrivé le 11 janvier dernier, alors qu'une trentaine de personnes se tenaient devant elle dans l'auditorium Laura Leblanc de l'école secondaire Charles-Gravel pour l'entendre parler de cette troublante maladie. «Je veux donner une voix à ceux qui ne sont pas capables d'en parler. Je veux donner de l'espoir aux autres et à moi aussi», précise la jeune conférencière de Chicoutimi-Nord. À la fois émotive et forte, elle a accepté d'éveiller de mauvais souvenirs parce qu'ils font désormais partie de ce qu'elle est devenue. «L'anorexie est une maladie subtile. Elle s'installe tranquillement. Tu te trouves moins belle que les autres, trop grosse et jamais assez», explique Ann-Sophie.
Pas assez maigre
À 13 ans, quand elle est entrée au secondaire, elle trouvait son corps différent de celui des autres filles de son âge qui se pavanaient en dégageant tant de confiance en elles. En moins de trois mois, elle avait trouvé une tactique malsaine pour perdre 50 livres. Ses amies, qui la complimentaient, lui demandaient même ses trucs, mais elle restait muette. «J'avais comme une deuxième personne dans ma tête qui me disait que je n'étais jamais assez maigre», se souvient la jeune femme de 16 ans. Cette privation de nourriture est comparable à une dépendance à la drogue. La maladie, qui commence dans la tête, devient rapidement physique. «Je n'avais plus d'énergie, je tombais, j'avais la peau sèche, je perdais mes cheveux et je n'avais plus mes menstruations», poursuit-elle. Quand le corps est affligé trop longtemps par ce traitement, certaines femmes deviennent même stériles.
Ses parents se sont doublement inquiétés quand ils ont découvert que leur fille cherchait de l'information sur l'anorexie sur l'ordinateur familial. «On ne reconnaissait plus notre fille. Celle qui était auparavant sociable et enjouée passait maintenant son temps enfermée dans sa chambre», confient Éric et Nadine Gagné. Son corps fragilisé et son coeur affaibli qui battait à 40 pulsations minutes la nuit, l'ont obligé, à deux reprises, à faire de longs séjours à l'hôpital. «J'ai été deux mois à l'hôpital. Je ne pouvais pas avoir de visite. J'avais l'impression d'être dans Unité 9! Selon mes comportements, je gagnais un peu plus de liberté sous forme de privilèges», ajoute l'élève de cinquième secondaire.
Aujourd'hui, elle peut dire que la maladie ne fait plus partie de sa vie. «Je ne regarde même plus la pesée», lance Ann-Sophie en riant. Elle vit intensément pour rattraper le temps perdu et elle a repris une vie sociale active. «J'ai toujours eu le support de mes parents. Ils ont toujours su que j'allais m'en sortir», conclut Ann-Sophie devant un public qui a peine à retenir ses larmes.