Le propriétaire de la Tabagie CM, Carl Morais, est prêt à passer le flambeau pour profiter de la vie.

L’heure de la retraite a sonné pour Carl Morais

« Je débarrasse, bonjour la visite ! » Après avoir planifié toute sa vie, le temps est maintenant venu pour Carl Morais de ranger son agenda. Le propriétaire de la Tabagie CM, située dans le bas de la rue Racine, à Chicoutimi, ne veut plus d’obligations et est prêt à passer le flambeau pour « profiter de la vie ».

Le père de quatre enfants et grand-père de sept petits-enfants est propriétaire du commerce depuis 1996. Il cherche maintenant un acheteur pour sa tabagie et le bloc dans lequel elle se trouve. Ses enfants, qui ont tous « une bonne job », ne prendront pas la relève du paternel.

Carl Morais a amorcé sa « carrière » sur le haut de la Racine, à la Tabagie Saguenay, alors qu’il n’avait que 13 ans. Il bouclera donc la boucle, 49 ans plus tard, sur la même rue, mais dans le bas de la côte.

Le propriétaire de la Tabagie CM, Carl Morais, est prêt à passer le flambeau pour profiter de la vie.

« C’est du sept jours sur sept, 365 jours par année. Ce n’est jamais fermé. Je ne peux pas dire que je n’ai pas fait une belle vie, mais je suis écoeuré. C’est même les fins de semaine. Oui je suis un gars de public, mais il faut que je passe à autre chose », explique M. Morais, rencontré cette semaine dans sa tabagie.

Ce dernier attend avec impatience le moment où il pourra se réveiller, le matin, et décider à cet instant ce qu’il fera de sa journée. Des vêtements dans un petit sac, un saut dans sa décapotable et le voilà parti vers Sainte-Rose-du-Nord, Tadoussac, Charlevoix et Québec. Une petite tournée non planifiée qui le sortira de sa routine des dernières années.

« Dans la vie, les gens se ramassent une belle pension, mais ils n’en profitent pas. Et là, il leur arrive une bad luck. L’hiver, j’aime partir et voyager, mais c’est difficile avec ce travail. Je veux en profiter pendant que je suis encore en santé. Mon seul problème sera alors de passer la journée », mentionne le coloré personnage, avouant au passage que les problèmes de main-d’oeuvre ont pesé lourd dans la balance.

Carl Morais Tabagie CM 
 Photo: Jeannot Levesque

Carl Morais est conscient de tout le potentiel de son commerce et de sa bâtisse. L’espace disponible à l’arrière de la tabagie offre de nombreuses possibilités et les quatre logements situés à l’étage ont été rénovés, mais il n’est plus intéressé à continuer.

« Je veux faire ce que je veux, quand je veux. Après 50 ans de travail, c’est le temps que j’en profite. J’aime arriver et m’occuper du commerce. J’ai un travail d’acheteur, je planifie tout. Je fais un peu de caisse à l’occasion, mais là, j’ai décroché. Je n’avance plus. J’achète ce qu’il faut, point final. J’ai dépassé mon père (61 ans) et mon grand frère (56 ans) en âge. Là, je veux en profiter. »

Et ses clients de longue date, ils en pensent quoi ? « Les gens ne sont pas dans moi. Personne n’a la même vie », répond simplement M. Morais, réitérant avoir hâte de relaxer et de poursuivre la rénovation de son bloc à Saint-Fulgence.

Sécurité

La Tabagie CM étant située dans le bas de la rue Racine, on pourrait penser que M. Morais a plein d’anecdotes à raconter, comme des vols, des altercations, etc. Mais ce n’est pas du tout le cas, au contraire.

« On a pincé des voleurs il y a longtemps. C’est arrivé une fois que quelqu’un a mis la main dans la caisse, mais là, avec des caméras, les gens sont plus prudents. Il faut être vraiment imbécile pour voler et avoir un dossier à 20 ans. Tu vas travailler où avec ça ? », s’interroge M. Morais.

Selon lui, il n’y a aucune inquiétude à avoir, parce qu’il qualifie le secteur de sécuritaire.

Carl Morais a fait de la boxe de compétition pendant environ 15 ans. Il pratique encore ce sport aujourd’hui.

« Il n’y a pas de danger. Les policiers passent souvent. Ici, il y a presque juste des bureaux, des restaurants, une banque, la bibliothèque, la Place du Citoyen, et maintenant Ubisoft un peu plus loin. Ce n’est pas comme certains secteurs de Québec ou de Montréal. »

Sans vouloir être sexiste, le propriétaire de 62 ans avoue qu’il n’engagerait que « des bons gars »pour la caisse, mais sa femme y travaille, de même qu’une jeune fille « assez petite ».

Cigarettes

Au fil de l’entrevue, on comprend que M. Morais a encore sur le coeur la loi sur le tabac qui l’a obligé à cacher les cigarettes avec des panneaux.

« On cache les cigarettes, mais il n’y a pas de règlement sur la malbouffe. Oui, c’est bon de temps en temps, mais ce n’est pas mieux. L’obésité tue plus que le tabac au Canada et aux États-Unis ! », se désole M. Morais, ajoutant au passage que la cigarette lui a sauvé la vie, « parce qu’en tirant une bonne ‘‘pof’’, j’ai pris le temps de réfléchir avant de parler ou de poser un geste ».

« Les Français trouvent ça drôle qu’on voit des photos de fesses sur les revues, mais pas les cigarettes en arrière de la caisse ! »

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ENCORE LA BOXE DANS LE SANG

Carl Morais n’a pas fait son nom qu’avec sa tabagie. Dès l’âge de 12 ans, il a enfilé les gants de boxe, ce qui lui a permis de monter dans le ring à plusieurs reprises et de connaître beaucoup de succès. 

C’est grâce à son beau-frère Michel Desgagné, entraîneur-chef du Club de boxe de Chicoutimi, que le propriétaire de la Tabagie CM a commencé la boxe. « À l’époque, j’étais une boîte de nerfs », image celui qui s’entraîne encore aujourd’hui.

Selon lui, s’il avait été plus « backé », il aurait pu en faire une carrière, « mais c’est toujours une question d’argent ». 

Quand sont arrivés les enfants, la boxe ne lui permettait pas de mettre de l’argent sur la table. Selon lui, il aurait pu faire les Jeux olympiques de 1976. À la suite d’un combat serré, il a demandé une revanche, mais il devait se rendre en Colombie-Britannique. Faute d’argent, il n’a pu y aller, mais une victoire lui aurait ouvert la porte des Jeux. 

« J’ai fait de la boxe de compétition pendant environ 15 ans. J’ai disputé une vingtaine de combats internationaux et j’en ai perdu un seul. J’ai même battu le champion des États-Unis chez lui », rappelle M. Morais.

Sport complet

Carl Morais s’entraîne encore et il est même remonté dans le ring l’an passé, malgré qu’il ne soit plus supposé le faire. Selon lui, il n’y a pas de sport équivalent à la boxe en terme d’entraînement, parce que toutes les parties du corps sont interpellées. 

« C’est facile de changer une voiture, mais on la lave, on l’entretient. Bizarrement, ce n’est pas tout le monde qui entretient son corps. Ça, on ne peut pas le changer. C’est le plus important dans la vie. C’est lui qui te porte. Imagine-toi porter une poche de 100 livres sur ton dos. Les gens qui ne s’entraînent pas, c’est ce qui leur arrive », image Carl Morais. 

Même s’il s’est cassé les deux poignets à 33 ans et qu’il en souffre encore aujourd’hui, pas question pour lui d’arrêter la boxe. La retraite lui permettra même de se faire un beau « planning » d’entraînement, attend-il avec impatience.