Evelyn Olivier étudie à l’UQAC en programmation de jeux vidéo. La jeune femme, qui est née garçon, estime que la société québécoise est assez ouverte quant à la communauté trans.

Les hauts et les bas d'Evelyn, femme trans

Evelyn Olivier est une étudiante de 22 ans de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Celle qui se définit maintenant comme une femme est pourtant née garçon. Mais ne lui demandez pas quel était son nom avant sa transition, puisque cette question est considérée comme indiscrète au sein de la communauté trans.

En début d’entrevue, la journaliste du Progrès a demandé à Evelyn s’il y avait des questions avec lesquelles elle n’était pas à l’aise.

« Pas vraiment, mais je ne veux pas qu’on parle de mon ancien nom. C’est comme si je vous demandais quel était le surnom que les jeunes vous donnaient pour vous écoeurer lorsque vous étiez à l’école ! », a comparé la jeune femme.

Evelyn Olivier a su au début de son adolescence qu’elle n’était pas née avec le bon sexe. « Moi, enfant, je ne me questionnais pas là-dessus, je vivais ma vie d’enfant. Je ne me posais pas trop de questions, mais je n’étais pas super bien dans ma peau. J’avais une voix assez aiguë et je n’ai pas eu de grand choc à la puberté, comme d’autres trans. Je n’ai jamais vraiment eu de barbe. Toutes mes amies étaient des filles. Disons qu’on me prenait déjà pour une fille », se remémore l’étudiante en programmation de jeux vidéo.

Evelyn Olivier étudie à l’UQAC en programmation de jeux vidéo. La jeune femme, qui est née garçon, estime que la société québécoise est assez ouverte quant à la communauté trans.

L’adolescence d’Evelyn n’a pas été facile pour autant, puisqu’elle ressentait des symptômes dépressifs. « J’ignore si c’est en raison de mon malaise avec mon genre, mais c’est certain que ça n’a pas dû aider », raconte celle qui a fait une tentative de suicide à 14 ans.

C’est d’ailleurs autour de 14 ans que celle qui était un garçon à l’époque a pris la décision d’en parler avec ses amies. « Ce qui est drôle, dans ce genre de situation, c’est que souvent, les proches le savent avant nous-mêmes. Du moins, ç’a été ça pour moi. Lorsque j’en ai parlé pour la première fois, mes amies m’ont dit qu’elles s’en doutaient », confie Evelyn.

« Mais à l’époque, je ne savais pas que c’était possible de faire une transition. On n’en entendait pas beaucoup parler et je ne connaissais personne qui avait vécu ça », ajoute celle qui a attendu d’avoir 18 ans pour en parler avec sa famille.

« Si je me compare avec d’autres personnes trans, je l’ai eu assez facile. Lorsque j’ai dit à ma mère qu’il fallait qu’on parle, elle s’est inquiétée, puisque j’avais déjà fait une tentative de suicide. Lorsque je lui ai avoué, elle a semblé soulagée ! », raconte la jeune femme. L’acceptation a été un peu plus longue du côté paternel, mais c’était plutôt par incompréhension. « Il ne savait pas vraiment ce que ça impliquait, alors il ne comprenait pas. Mais en général, mes proches m’ont soutenue, surtout ma mère », explique-t-elle.

Vers la chirurgie

Si le parcours de transition d’Evelyn a été plutôt positif, il est toutefois loin d’être terminé. Et le pire reste à venir.

« J’ai commencé le processus d’hormones il y a deux ans. J’ai eu un suivi psychologique, et ça va bien. Mais je suis rendue à l’étape de la chirurgie et je suis un peu bloquée », souligne Evelyn.

En effet, ce que peu de gens savent, c’est qu’avant une chirurgie de changement de sexe, la zone du pubis et de ses environs doit être totalement épilée. Bien qu’il s’agisse d’une exigence médicale, l’épilation au laser, par exemple, n’est pas couverte par l’assurance maladie. « Je suis une étudiante et je n’ai pas du tout les sous pour ça ! Une épilation de la sorte, c’est assez dispendieux. De plus, je ne suis pas du tout à l’aise de me dénuder devant quelqu’un pour ça. J’en suis incapable. Je ne sais pas ce que je vais faire. Disons que cette étape est trop difficile à passer pour moi, pour le moment », souligne Evelyn.

« Un jour, sûrement », ajoute-t-elle.

Pour le moment, Evelyn vit bien avec sa situation. Elle est en couple depuis un an et demi avec une jeune femme de Québec, qui la soutient et lui apporte beaucoup de réconfort.

Le regard de la société

D’un point de vue général, Evelyn Olivier considère la société québécoise comme étant ouverte envers la communauté trans. « C’est certain que je ressemble à une femme, alors les gens qui ne le savent pas ne s’en rendent pas nécessairement compte. De plus, j’évolue dans un milieu (celui du jeu vidéo) qui n’est pas fermé du tout. Lorsque je dis que je suis une femme trans, les gens disent : ‘‘O.K. ’’ Et on passe à autre chose », souligne-t-elle.

D’ailleurs, la jeune femme tient à préciser qu’une personne née dans un corps d’homme, mais qui fait la transition vers celui d’une femme est une femme trans, et non le contraire. « Les gens se mêlent souvent ! Je ne suis pas un homme trans, mais je suis une femme trans », précise Evelyn Olivier.

QUELQUES TERMES

Dysphorie du genre

Cela signifie qu’une personne éprouve, en tout temps et souvent depuis le plus jeune âge, un très grand inconfort à la fois physique et mental par rapport à son genre assigné. Alors que son corps est celui d’un garçon par exemple, sa tête et son coeur affirment plutôt le contraire. C’est comme si son corps et son cerveau lui envoyaient constamment des messages contradictoires et difficiles à réconcilier. 

Transgenre

Les individus transgenres ont les attributs biologiques d’un sexe tout en ayant le sentiment profond d’appartenir à l’autre sexe. Un garçon s’affirmant de la sorte sera qualifié d’efféminé parce qu’il ne correspond pas à l’image ou au rôle ordinairement dévolu aux hommes. Il en sera de même pour une femme jugée trop « masculine ».

Transsexuel

Les personnes transsexuelles ont, contrairement aux transgenres, entrepris de changer de sexe pour être en accord avec le ressenti profond. Certains se contentent de simples traitements hormonaux, alors que d’autres recourent à la chirurgie.

Cisgenre

Le cisgenre est un type d’identité où le genre ressenti d’une personne correspond à son sexe biologique, assigné à sa naissance. Le mot est construit par opposition à celui de transgenre, pour une personne qui s’identifie à un autre genre que celui de son sexe biologique et assigné à sa naissance. Ce terme est surtout utilisé dans la communauté trans.