Isabelle Beaulieu vient d’adopter un prospect pour les recherches de 2019. Bono, le gonczy polski, commencera son entraînement de chien de sang dans quelques semaines.

Un véritable travail d'enquête

CRHONIQUE / Isabelle Beaulieu n’avait jamais chassé quand elle est devenue membre de l’Association des conducteurs de chiens de sang du Québec (ACCSQ) en 2014.

« Ce qui m’attirait, c’était de pouvoir travailler avec mes chiens et renforcer mon lien avec eux », mentionne-t-elle.

Après sa formation, auprès de l’ACCSQ, on la jumela à un mentor. Un an plus tard, elle devenait officiellement conductrice de chiens de sang avec Annie, sa femelle basset hound qui avait alors 10 mois.

Le duo cumule une centaine de recherches dans le secteur de Rivière-du-Loup. Leur mandat consiste à aider les chasseurs, qui ont blessé et perdu un gibier, à retrouver l’animal à l’aide d’un chien entraîné à cet effet.

Pour Isabelle, c’est un véritable travail d’enquête qu’elle doit mener, selon les indices trouvés. « Il y a aussi un travail de conscientisation à faire en arrière de tout ça, puisque c’est pendant une recherche que le chasseur prend conscience de l’impact d’un mauvais tir », stipule Isabelle.

Dans les régions où les conducteurs de chiens de sang sont très connus, le taux de succès est beaucoup plus élevé. Si les chasseurs ont fait leurs propres battues, avant d’appeler un conducteur, le succès est moindre parce que les indices sont effacés. Certaines parcs de la SÉPAQ et pourvoiries du Québec encouragent l’ACCSQ en offrant le service gratuitement aux chasseurs. Cette association a littéralement révolutionné le monde de la chasse.

« Par contre, on ne peut pas penser y gagner sa vie. On charge 150$ pour les frais de déplacement, mais il faut aussi avoir un véhicule apte à aller en forêt et qui se fait parfois briser. Il faut aussi entraîner nos chiens, dont certains valent jusqu’à 3000$ », réfléchit la conductrice de chiens de sang.

Laura promet de devenir une conductrice de chiens de sang tout aussi passionnée que sa mère Isabelle Beaulieu. La voici en compagnie d’Annie, lors d’une recherche pendant la chasse au chevreuil de 2018.

Jusqu’à maintenant, lors d’une recherche, il est interdit d’avoir une carabine en sa possession. « Pour notre sécurité et celle de notre chien, j’ai hâte qu’on puisse être armé pour faire nos recherches. C’est dangereux lorsqu’on arrive face à un animal blessé et en souffrance », ajoute Isabelle.

Cette souffrance, qu’elle a trop souvent vu dans les yeux des bêtes traquées, lui fait parfois faire des cauchemars, allant jusqu’à remettre en question sa pratique.

« Il faut toujours se rappeler pourquoi on fait ça. On le fait pour la faune, pour réduire les pertes de gibiers et réduire la souffrance. On le fait aussi pour ce lien exceptionnel qu’on développe avec notre chien », poursuit-elle.

Bien que la chasse dure à peine deux mois par année, pour les passionnés conducteurs de chiens de sang, ce loisir fait partie de leur quotidien 12 mois par année. « Mon réseau social, c’est devenu les conducteurs de chiens de sang », précise-t-elle. La saison d’entraînement débutera sous peu et les conducteurs de partout au Québec s’entraideront pour vivre des expériences de tracés et apprendre à lire leurs chiens dans différents milieux.

Embûches

« Même si on en parle avec passion et que je me vois encore faire ça dans 20 ans, c’est vraiment difficile d’être conducteur de chiens de sang», souligne-t-elle. D’ailleurs, Isabelle et Annie ont vécu un automne très difficile. Le basset hound avait perdu sa motivation. Après 500 à 600 mètres, elle n’avançait plus.

« C’est difficile au niveau de l’estime, quand les chasseurs comptent sur toi. Mais quand on fait deux à trois recherches par jour, c’est dur psychologiquement et physiquement pour nous et pour le chien », souligne-t-elle. Ça prend donc des chiens ayant des aptitudes génétiques pour ce genre de travail. « En vieillissant, le basset hound devient de moins en moins vaillant », remarque Isabelle.

Espoir

Parce qu’elle souhaite augmenter son ratio à une cinquantaine de recherches par année et qu’elle avait besoin d’un chien plus précis, Isabelle vient d’adopter un chien de race gonczy polski. Le chiot, nommé Bono, provenant de la Pologne, est débarqué à l’aéroport de Montréal le 16 mars dernier.

Bono commencera son entraînement dans trois semaines. « Mon objectif est qu’il soit capable de faire un tracé d’un kilomètre avec une tasse de sang d’ici le mois de septembre », projette l’entraîneuse. Comme son travail d’inspectrice en certification biologique pour Écocert Canada l’amène à voyager aux quatre coins du Québec, Isabelle amène son chiot avec elle partout. C’est aussi un excellent partenaire de course et de raquette. Elle utilisera encore Annie pour faire quelques recherches, mais seulement trois ou quatre pendant la saison. « Elle aime tellement me faire plaisir. C’est avant tout pour ça qu’ils deviennent si performants », conclut la conductrice de chiens de sang.