En des jours plus heureux, Robert David faisait de la moto avec sa chienne de race beagle, Loulou, qui le suivait partout.
En des jours plus heureux, Robert David faisait de la moto avec sa chienne de race beagle, Loulou, qui le suivait partout.

Un cochon et un chien en deuil de leur humain

CHRONIQUE / Les jours de Robert David sont comptés. Depuis le 25 janvier, le cancer ronge son corps.

Le marginal en lui n’a jamais eu peur de mourir. « Ça fait 30 ans que j’attends d’aller rejoindre ma femme. Je suis serein. J’ai hâte de voir ce qu’il y a de l’autre bord », confie le septuagénaire.

Malgré sa résilience, celui qui vit seul avec un cochon vietnamien et un chien a une grande préoccupation. Avant de partir, il veut s’assurer que ses animaux soient bien.

« J’ai adopté Rosie il y a dix ans. On me disait que c’était un cochon miniature et qu’elle allait peser moins de 100 livres. Trois ans plus tard, elle pesait 225 livres. Plusieurs se sont fait avoir comme ça et ont dû faire euthanasier leur cochon. Pour moi, un animal, c’est pour la vie, raconte M. David. Ce ne sont pas mes animaux ; ce sont mes enfants. »

Le coeur en miettes, il a confié sa chienne, Betty, à une nouvelle famille. Il se sent soulagé de la savoir déjà bien adaptée et entourée de gens qui l’aiment beaucoup.

Pour Rosie, les choses sont plus complexes. « L’adaptation du cochon est beaucoup plus difficile que celle du chien, surtout après dix ans en fusion avec son maître », explique Marie-Claude Bouchard, éleveuse de cochons miniatures depuis 2010.

Le 26 avril, la femme de Shipshaw s’est rendue chez le résidant de Saint-Gabriel-de-Brandon pour aller chercher Rosie, afin qu’elle entame la première étape de sa nouvelle vie. « C’est le Centre équestre BQH de Chicoutimi, qui possède déjà deux cochons miniatures de mon élevage, qui accueillera d’abord Rosie, raconte l’éleveuse. Ce sera la première étape. Cet été, je lui ferai un emplacement chez moi. »

La bataille n’est pas gagnée. Rien ne dit que Rosie arrivera à faire le deuil de son humain. « Rosie vit dans la même maison depuis dix ans, et avec le même monsieur. Tu ne sors pas ça de même. J’en ai vu se laisser mourir », poursuit-elle.

L’éleveuse de cochons miniatures se promène partout au Québec pour offrir la taille des sabots et des défenses, ainsi que pour aider à l’éducation des cochons. C’est comme ça qu’elle a connu Robert David à l’automne 2019, alors que l’homme de Lanaudière a requis ses services pour la taille des sabots de Rosie. « Les cochons de mon élevage font entre 35 et 79 livres. Les cochons vietnamiens sont trois à quatre fois plus gros », souligne l’éleveuse, impressionnée par la taille de Rosie.

Marie-Claude Bouchard s’est sentie interpellée par l’histoire de Robert David. L’éleveuse de cochons miniatures a mobilisé son réseau de contacts pour accueillir Rosie à Saguenay.

Aide

Ce sauvetage s’est enclenché la semaine passée, lorsque la voisine de M. David a joint l’éleveuse pour lui confier que l’état de santé son voisin s’était dégradé.

« Robert avait fait le tour des refuges susceptibles d’accueillir Rosie, mais il ne trouvait pas de lieu convenable pour son cochon. Il restait donc l’euthanasie, mais financièrement, il ne pouvait pas se permettre de faire affaire avec un vétérinaire », rapporte Marie-Claude Bouchard.

Elle a donc publié une vidéo dans son groupe Facebook, formé de clients ayant des cochons miniatures adoptés chez elle, pour leur expliquer la situation. « Je leur demandais de l’aide financière et des pistes de solution pour aider le propriétaire de Rosie. Au bout de 24 heures, j’avais recueilli 1200 $ », annonce celle qui ne s’attendait pas à une telle générosité.

Étant en fin de vie, Robert David n’avait qu’une préoccupation: trouver des familles pour ses animaux.

L’instigatrice du sauvetage a ensuite fait une deuxième vidéo pour annoncer la bonne nouvelle à M. David. Elle lui a proposé quelques solutions. « J’aimerais la placer. J’ai déjà été obligée de faire euthanasier mon beagle et j’ai pleuré de trois à quatre mois presque sans arrêt », a répondu M. David.

Une partie des 1200 $ serviront à couvrir les frais pour les soins et l’alimentation de Rosie, ainsi que son transport vers Saguenay. « On aura aussi le budget nécessaire pour demander les services d’un vétérinaire si Rosie ne supporte pas cette transition et qu’elle doit finalement être euthanasiée. Le reste de l’argent a été remis à M. David pour qu’il puisse se gâter », conclut Marie-Claude Bouchard.