«Tout a commencé au début de l'été alors qu'en pleine nuit nous entendions des chats errants se lamenter sur notre terrain, situé dans une belle campagne du Saguenay.»

Six chats morts sur la conscience

CHRONIQUE / Ça fait six fois qu'on va au refuge pour faire euthanasier des chats sauvages, affreusement maigres, épouvantablement violents et malades. On paye pour ceux qui laissent aller la vie en fermant les yeux sur sa détérioration.
Tout a commencé au début de l'été alors qu'en pleine nuit nous entendions des chats errants se lamenter sur notre terrain, situé dans une belle campagne du Saguenay. Était-ce de la démence, de la souffrance, un chant nuptial ou une guerre de territoire ? Chose certaine, ils commençaient à voler du terrain à nos propres animaux qui risquaient d'attraper les parasites qu'ils promènent sur leur corps. Comme ces bêtes sauvages n'appartiennent à personne, la plupart s'en laveront les mains ou tenteront de refiler le problème aux élus. Mais au fond, s'ils n'appartiennent à personne, ils appartiennent à tout le monde. On doit vivre avec les irresponsables à la source de ce problème qui n'ont pas d'argent pour stériliser et encore moins pour réparer leur gaffe.
Pour régler la situation, on a donc fait l'achat d'une cage-trappe. Dans ce processus, nous avons traumatisé des chats n'ayant jamais vu d'humains aussi proche. On les a capturés dans une cage, on les a amenés en auto et on a impliqué un refuge qui préfère sûrement sauver des vies plutôt que de donner la mort. Un d'entre eux est même venu mourir sur le seuil de notre porte... Il était gravement blessé à la gueule, avait du mal à respirer et ne pouvait plus s'alimenter. On aurait pu prendre une photo-choc et en faire une histoire qui serait devenue virale. Mais à quoi ça servirait ?
Pour se donner bonne conscience, on se dit qu'on le fait pour les délivrer de leurs souffrances. Mais au fond de nous, toutes les fois qu'on voit une nouvelle bête dans la cage-trappe, on a envie de la sauver. Jusqu'à ce qu'on voit son regard apeuré, en détresse et agressif. Pour l'avoir essayé, on peut dire qu'un chat sauvage en détresse peut à lui seul souiller une maison en moins de 24 heures. Sans autres solutions, on embarque donc ces félins puants dans notre voiture personnelle afin de les reconduire à leur dernier voyage.
Maladies
À chaque cas, on est conscient des dangers. On se met des gants et on se désinfecte pour ne pas attraper ou contaminer nos propres animaux d'une quelconque maladie. Certaines de nos captures avaient la moitié du corps dépourvu de poils, laissant croire à la teigne. Cette maladie est aussi transmissible à l'humain. De plus, une morsure de chat s'infecte très rapidement. Les médecins sont clairs, il faut absolument se rendre à l'hôpital si jamais ça arrive.
Maintenir
D'autres diront qu'on devrait faire soigner et stériliser les chats sauvages pour les remettre dans leur environnement avec un abri, de la nourriture et de l'eau. Qui voudra payer pour ces interventions qui coûtent quelques centaines de dollars et quelle qualité de vie auront ces chats ? Comme ils sont impossibles à manipuler, comment fera-t-on annuellement pour les traiter contre les parasites, les maladies et les blessures afin de sécuriser l'environnement de nos propres animaux domestiques ? Sans compter qu'ils vivront constamment dans la peur et l'évitement...  
Opinion vétérinaire
Dans la revue Le Veterinarius de juin 2017, Dre Caroline Kilsdonk, m.v., M.A, signe un texte dans lequel elle donne les arguments qu'elle utilise pour convaincre qu'il est parfois préférable d'euthanasier un certain nombre de chats plutôt que de les placer dans un refuge ne pouvant assurer leur bien-être et pourtant prisé pour être un endroit sans euthanasie.
« Un animal mort ne souffre pas, doit-on le rappeler, alors oui, il existe des situations où l'euthanasie est préférable. On doit réfléchir aux risques liés aux politiques "zéro euthanasie". Même la volonté de réduire le plus possible les euthanasies et de maximiser l'adoption peut amener des conséquences négatives, et ce, même si les gens sont les mieux intentionnés au monde. En conséquence du choix de sauver la vie du plus grand nombre, il est possible que certains animaux souffrent plus », écrit Dre Caroline Kilsdonk.
La vétérinaire donne aussi quelques exemples qui peuvent résulter de bonnes intentions : la surpopulation, les installations inadéquates, faire adopter des animaux par des propriétaires qui ne conviennent pas, minimiser les problèmes de santé, propager des maladies, etc.   
« Par contre, il ne faut pas oublier que les idéalistes nous amènent à constamment nous améliorer. Sans idéal, on stagne. Comme en toute chose, les extrêmes ne sont pas de bons guides. L'équilibre se situe quelque part entre les deux et c'est ce qui doit nous pousser à nous écouter et à trouver un terrain d'entente », conclut la vétérinaire qui détient également une maîtrise en bioéthique.