Une flèche bleue indique à quel endroit se trouvait la Mavee.

Quatre jours perchée là-haut

Le 30 septembre, dans le quartier des Peintres à Jonquière, Mavee sort de sa demeure par mégarde. La petite chatte toute noire, âgée de 2 ans, met les pattes dehors pour la première fois.

« J’ai sorti mon chien dehors, le soir, et elle s’est sans doute faufilée à ce moment-là », suppose Irène Ducharme.

Toute la journée du 1er octobre, Mavee, qui est une chatte très craintive, reste introuvable. Le soir venu, alors que Mme Ducharme l’appelle, la chatte répond en miaulant, mais impossible de la trouver.

Très inquiète, la femme reçoit l’aide de ses voisins et de sa fille le lendemain pour tenter de retrouver sa protégée, qui a une grande signification dans sa vie. « Je l’ai adoptée au moment où j’ai appris que ma santé ne me permettait plus de travailler, confie celle qui a travaillé toute sa vie en milieu hospitalier. Elle dort toujours collée avec moi. »

Sur les réseaux sociaux, on lui donne des conseils qu’elle applique à la lettre. « J’ai mis sa litière dehors et je l’appelais avec son sac de gâteries préférées, mais rien ne fonctionnait. » La fille et la mère finissent par apercevoir Mavee camouflée dans les arbres et juchée sur un poteau d’Hydro-Québec. « Elle a sûrement eu peur de quelque chose pour être rendue à cette hauteur », réfléchit sa propriétaire.

Incapable de redescendre, Mavee aura passé trois nuits dans un poteau, alors que la température frôlait le point de congélation.

La proximité des fils électriques pose problème et personne ne doit se mettre en danger. La dame demande donc l’aide des pompiers, qui l’informent ne plus faire ce genre d’intervention. Chez Hydro-Jonquière, même si elle insiste sur les dangers des fils, on lui répond que les employés ne se déplacent pas pour ça. « Votre chat va redescendre tout seul », répètent les autorités. Du côté de la SPCA Saguenay, qui dessert le secteur de Jonquière, on avoue ne pas avoir l’équipement nécessaire et on recommande de demander de l’aide aux voisins. La chatte est si haute que les voisins n’ont pas d’échelle assez grande pour lui porter secours en toute sécurité.

Le 3 octobre, trois bénévoles du groupe Rescapés Poilus, qui viennent en aide aux chats abandonnés, débarquent chez Mme Ducharme à 8 h le matin. « Nos recherches nous ont permis de constater qu’il n’est pas rare que des chats se retrouvent dans ce genre de situation et soient incapables de redescendre », précise Suzanne Harvey, une des administratrices du groupe Rescapés Poilus.

Les bénévoles tentent d’attirer Mavee. « En essayant de l’appeler, la chatte se déplaçait et paniquait encore plus », relate Suzanne Harvey. Le groupe décide donc de partir pour revenir avec du renfort. « Un membre de notre groupe est laveur de vitres et il a accepté de venir nous prêter main-forte avec une échelle plus appropriée », poursuit Mme Harvey.

Entre-temps, Mavee se déplace dans le pommier du voisin et devient plus accessible. Le voisin, ayant longtemps travaillé à la ferme, prend une échelle et monte aisément dans l’arbre pour aller chercher l’animal. Mme Ducharme s’empresse de mettre sa petite bête frigorifiée dans son manteau pour la réchauffer.

Après quatre jours sans manger, Mavee est terrorisée. « Le groupe Rescapés Poilus m’avait avisé qu’elle aurait besoin de temps pour reprendre ses esprits, souligne Mme Ducharme. C’est pourquoi je l’ai isolée dans une pièce quelques heures. » Il aura fallu 24 heures pour que la chatte reprenne ses habitudes. « Elle n’essaie plus de sortir dehors, mais elle m’aime encore plus », conclut Irène Ducharme, avec soulagement.

Chats errants

Depuis deux semaines, le groupe Rescapés Poilus répond principalement à des signalements de chats abandonnés sur des terrains de camping. « Les gens retournent fermer leur roulotte et se rendent compte qu’il y a des chats abandonnés qui ont faim et qu’il n’y a plus personne pour les nourrir. Ces chats prennent parfois l’habitude de se nourrir dans les conteneurs sur le terrain de camping pendant l’été », ajoute Mme Harvey. Elle remarque aussi qu’avec le temps froid qui s’installe et la nourriture plus difficile à trouver, les chats plus craintifs se rapprochent des résidences.