Quand enfant et chien devient chat et chien

Sarah Tremblay et Mathieu Girard ont adopté Boris, un Bull Terrier, en 2013. Ils n’avaient pas encore d’enfant et voulaient un chien capable de les suivre dans leurs activités sportives. Boris est devenu un chien obéissant et très respectueux.

Avertissement : la race du chien n’a pas de lien dans cette histoire. Tous les chiens peuvent réagir de cette façon.

En 2015, une jolie petite fille est née de leur union. Boris était curieux et amical avec le petit bébé, qu’il aimait sentir et observer. La fillette a grandi et voyait Boris comme un jouet. Quel plaisir pour les parents de voir leur fille grimper sur le chien, fouiller dans son plat de nourriture et enlever les jouets à Boris sans que ce dernier réagisse ! En fait, il démontrait des signes d’inconfort que sa famille ne détectait pas. Il acceptait les impolitesses de l’enfant, mais n’arrivait pas à comprendre son langage, si différent de celui des adultes.

Quand ils vivaient dans une maison, ça allait. Boris avait beaucoup d’espace pour se sauver du bébé. Quand il était impatient, les parents de la petite levaient le ton et chicanait leur chien.

Quand la famille s’est retrouvée en appartement, la relation entre l’enfant et le chien s’est dégradée. « On dirait que Boris se sent pris, il est moins patient. Quand il va dans sa cage pour avoir la paix, ma fille, de bientôt 3 ans, brasse la cage et le dérange », remarque la mère.

En agaçant le chien, la fillette obtient l’attention de ses parents.

Depuis un mois, Boris s’est mis à grogner par peur quand il voit approcher l’enfant trop rapidement. Parfois, elle s’élance sur lui et l’enlace pour lui démontrer son amour.

Par instinct de protection, le père s’est mis à chicaner Boris quand ce dernier grogne, ce qui rend Boris encore plus inconfortable.

Quand le chien sent la panique, dans la voix ou dans les mimiques de Sarah et de Mathieu, il pense que sa peur est justifiée. Présentement, il réagit seulement aux agressions très intenses de l’enfant, qui embarque sur lui à l’occasion. Boris se jette alors sur le dos, les pattes en l’air, pour envoyer un signal d’inconfort que les humains interprètent souvent à tort comme un signe de soumission.

Dans un avenir rapproché, le chien pourrait réagir en voyant un enfant se précipiter vers lui et ne plus donner de signal d’alarme avant de sauter directement à la morsure.

Pendant un mois, le couple a pensé à faire euthanasier Boris.

Heureusement, Sarah a eu la sagesse de consulter. Elle a appelé plusieurs éducateurs canins, qui lui ont tous dit la même chose. « Boris est normal. Il faut éduquer l’enfant et le chien pour revenir à une relation positive. »

Ce qui rassure les parents, c’est qu’ils sont sur le point de déménager dans une spacieuse maison, où Boris aura plus d’espace.

Solutions
Les comportements de Boris sont tout à fait normaux. Si les parents ne sont pas capables de changer le comportement de l’enfant, la solution ultime serait de placer Boris dans une autre famille composée d’adultes et d’enfants âgés de 10 ans et plus.

Comme le couple adore son animal et qu’il a espoir que l’enfant change de comportement, la deuxième solution serait de ne plus permettre à l’enfant d’approcher Boris, le temps que la confiance revienne. S’ils ne peuvent séparer le chien et l’enfant, l’utilisation de la muselière s’avérera essentielle.

Les seules activités de rapprochement permises seraient les promenades en laisse avec l’enfant et les parents. Ils pourraient aussi faire lancer la balle par l’enfant, mais la faire reprendre par les parents. La fillette pourrait brosser le chien, s’il aime ça, accompagnée d’un parent.

Tranquillement, des interactions sécuritaires et très polies, comme donner un biscuit après lui avoir demandé une consigne, pourraient reprendre. Mais les parents ne devraient plus jamais permettre à l’enfant de forcer le chien, l’agacer et se précipiter sur lui.

Il est très difficile de gérer un chien et un enfant de moins de cinq ans. Si vous le pouvez, attendez que vos enfants aient plus de 5 ans avant d’adopter un chien.

Mises en garde
• Ne sous-estimez jamais les signaux d’inconfort de votre chien. Par exemple, tourner le regard, quand un enfant ou un inconnu approche, est un signe d’inconfort.

• Ne tenez pas pour acquis les bons comportements de votre chien.

• Ne laissez jamais votre enfant grimper sur votre chien.

• Ne pensez pas que votre chien changera par lui-même ou trouvera une solution.

• Ne punissez pas un comportement de peur, car ça empirera le malaise de l’animal.

• Ne demeurez pas passif, car ignorer un comportement mené par la peur peut avoir d’aussi graves conséquences que la punition.

• Apprenez à votre enfant le respect, en lui donnant des consignes telles que de ne pas approcher un chien qui mange, de ne pas l’enlacer, de ne pas essayer de l’attraper s’il s’enfuit, de ne pas voler ses jouets, de ne pas le flatter quand il dort et de ne pas l’agacer pour le faire fâcher.