La dernière photo de Picotte et Mélissa Viau a été prise le 27 octobre 2017.

Presque 16 ans d’histoires avec Picotte

CHRONIQUE / À la question « que feras-tu quand Picotte ne sera plus là ? », Mélissa Viau a toujours répondu qu’elle était confiante de croiser le chemin d’un autre animal aussi inspirant que sa petite jack russell terrier.

Avoir des animaux, c’est aussi vivre des face-à-face avec la mort et entamer des processus de deuil. Picotte a été le premier chien adopté par Mélissa au printemps 2002. C’est un des êtres vivants avec lequel elle a passé le plus de temps, soit près de 16 années de sa vie. On a beau dire que c’est juste des animaux, ils sont parfois les relations les plus durables qu’on rencontre.

Dire adieu à son chien, c’est un peu comme tourner la page sur un chapitre de sa vie. Picotte a inspiré une chronique dans Le Progrès, l’écriture du livre Les Animaux, le Bonheur et Moi et une chronique à KYK 95,7 Radio X. « C’est aussi de sa faute si j’ai eu envie d’en apprendre plus sur les animaux », réfléchit Mélissa. 

Picotte et Mélissa se sont continuellement adaptées une à l’autre. Du haut de ses 10 livres, la populaire petite jack russell terrier du journal Le Progrès a donné envie à bien des personnes d’avoir cette race de chien énergique, mais pas toujours facile à éduquer. Nombreux ont été les gens qui ont adopté, puis abandonné leur jack russell parce qu’il était trop actif.

Le 27 octobre dernier, Mélissa acceptait d’abréger les souffrances de Picotte, dont la santé s’était dégradée dans les dernières semaines.

Santé

Il y a un an, Picotte s’est mise à changer mentalement. Elle était plus difficile à gérer, notamment face à sa fixation sur la nourriture. Puis, physiquement, son corps s’est mis à vieillir. Elle ne jappait plus, ne nageait plus, ne jouait plus et n’entendait plus. Elle dormait la plupart du temps. Comme elle s’étouffait beaucoup avec sa nourriture et que tout ce qu’elle aimait faire c’était de manger, elle avait droit à de la nourriture maison, cuisinée juste pour elle. Elle ne pouvait plus se faire garder, car elle requérait trop d’encadrement, surtout au niveau de la propreté. N’étant plus capable de se retenir pour ses besoins, on ne pouvait pas quitter la maison plus de trois heures. Mais on se dit souvent, tant qu’ils mangent… 

Détachement

« Jamais je n’aurais pensé que Picotte subirait aussi lourdement les effets de la vieillesse. J’en oublie presque qu’elle a déjà couru, jappé et sauté. Si elle avait pesé 100 livres, c’est certain qu’il aurait fallu que je me sépare d’elle bien avant », confie Mélissa. Comme elle n’entendait plus, pour communiquer avec Picotte, on utilisait un seul et unique signe. « On faisant semblant d’avoir de la nourriture dans notre main pour l’attirer où on voulait », ajoute Mélissa. Elle avait oublié tous les autres trucs appris jadis. Un processus de détachement s’opérait depuis un an, puisqu’elle n’avait plus aucune interaction, ni avec les humains ni avec les autres animaux. 

Inoubliable

Picotte n’a pas été un chien facile. Bien qu’elle se soit adaptée à notre vie, on a aussi dû s’adapter à la sienne. Réactive avec les autres chiens, aventurière et téméraire, elle s’est plus d’une fois mise les pieds dans les plats. Faisant rapidement des associations, elle était capable de tout pour arriver à ses fins. « Elle a été mon meilleur prof canin. Jusqu’à la fin, elle m’aura appris à devenir meilleure et à toujours me remettre en question », poursuit Mélissa. 

Euthanasie

Quand on doit avoir recours à l’euthanasie pour mettre fin à la vie de son animal, on se pose inévitablement cette question : où est la limite entre l’euthanasie acceptable et l’inacceptable ? La réponse est simple… Elle est enfouie dans le cœur de la personne qui est responsable de son animal. Même si on se dit que tant que l’appétit va, tout va, Picotte n’a jamais perdu l’appétit.  

Après 

Puisque Mélissa s’occupait intensivement de Picotte depuis les dernières semaines, c’est certain que son départ cause un vide immense. « Tous les matins, je me levais à 6 h pour la sortir dehors pour ses besoins. J’y allais avec elle, car elle ne voyait plus bien les marches d’escalier quand il faisait noir », souligne Mélissa qui avait aussi mis une croix sur les voyages depuis plus d’un an et demi. 

Nouveau projet

Il y a près de deux ans, Mélissa croisait la route de Râto. Un nouveau chapitre débutait. Depuis ce temps, il lui a inspiré des conférences pour parler de l’abandon, de l’intimidation, du respect et de l’espoir. Avec Picotte, sans le vouloir, on a fait la promotion du jack russell terrier. Avec Râto, on fera la promotion des chiens abandonnés, toutes races confondues !

Plusieurs enfants ont appris à aimer la lecture grâce à La page à Picotte. Dans les école, Picotte était presque toujours accompagnée de Grignotte.

L’originale vie d’un petit chien

Picotte naît le 10 janvier 2002 en Ontario. Deux mois plus tard, elle croise le chemin de Mélissa Viau. En automne 2002, du haut de ses neuf mois, elle commence à travailler au Progrès du Saguenay pour signer la rubrique La page à Picotte. Son nom devient aussitôt contagieux chez les lecteurs de tous âges.  

En 2004, un nouveau membre canin s’ajoute dans le clan de Picotte, Criko, un colley de 100 livres. En 2005, c’est au tour de Grignotte, la délicate levrette, de faire son entrée. Criko décède en octobre 2015 à l’âge de 11 ans, euthanasié après de graves problèmes de vieillesse. À ce moment-là, Picotte est encore en pleine forme et la vieillesse n’a pas d’emprise sur elle. Jusqu’à l’âge de 14 ans, on se fait souvent demander si Picotte est un chiot ! Le 27 octobre dernier, c’est pourtant à son tour de nous quitter.

Grignotte est toujours en vie et vient d’avoir 12 ans. Elle est la survivante de cet inoubliable trio avec lequel Mélissa a tant appris. 

Vedettes

La petite journaliste canine a joué dans la vidéo Plastique mélodie de Mordicus, en 2012. 

Elle est montée sur la scène avec Atchoum en 2015. 

En 2003, elle a passé une journée à Montréal pour découvrir les chiens vedettes des émissions de Radio-Canada. 

Elle a déjà posé dans les bras des musiciens du groupe de Plume Latraverse.

Elle s’est déjà fait prendre en photo avec Bob La Cuillère qui l’avait reconnue. 

Un soir de camping, elle a fait la rencontre d’Éric Lapointe. 

Elle a aussi déjà pris des photos dans les bras du maire Jean Tremblay. Heureusement que son adjointe avait un rouleau pour enlever les nombreux poils blancs laissés sur le chandail de monsieur le maire.

Elle a voyagé en Ontario, au Québec, aux États Unis, en Gaspésie et au Nouveau-Brunswick.

Elle a passé quelques fins de semaine dans des salons d’animaux et d’ados à se faire flatter. C’est là qu’on a compris que, même si les chiens aiment se faire flatter, ça peut être extrêmement fatigant pour eux quand c’est trop intense. Plus jamais on n’imposera ce stress aux animaux faisant partie des Étoiles de Picotte !

Drôle

Jusqu’à l’âge de 14 ans, Picotte adorait détruire des jouets et faisait aussi beaucoup de choses drôles. 

Quand on faisait un bruit de pet avec notre bouche (on ne fait pas de vrais pets dans la famille de Picotte), elle partait se cacher ou accourait pour demander la porte en croyant qu’elle avait envie.

Elle a déjà caché un petit biscuit de chien sous l’oreiller du père de Mélissa. En se couchant ce soir-là, Normand avait demandé à Louise, la mère de Mélissa, pourquoi elle avait mis un biscuit sous son oreiller !

Picotte adorait crever les ballounes de fêtes et aidait volontiers les fêtés à déballer leurs cadeaux.

Elle a déjà accueilli un policier en détachant les lacets de ses deux bottes.

Un jour, la famille de Picotte recevait des amis à souper qui avaient dédain des chiens. Par respect, pendant le repas, les chiens étaient restés sagement dans leur chambre. 

Après être sortis de table, les chiens ont eu le droit de venir nous rejoindre dans la cuisine. Un moment de distraction avait suffi pour que Picotte monte sur la table et finisse de lécher les restants dans les assiettes.

L’énergique et infatigable Picotte aimait tellement nager qu’elle a déjà failli se noyer. Après cet évènement, près de l’eau, on lui mettait une veste de sauvetage. 

Dans les écoles, elle a rencontré des milliers d’élèves qui lisaient assidûment ses pages. Plusieurs nous ont confié avoir appris à aimer lire grâce à La page à Picotte. Des enfants ont même déjà collectionné ses poils, lors d’une visite, en disant qu’ils ramenaient des souvenirs de Picotte à la maison. 

Elle a défoncé plusieurs moustiquaires de porte-fenêtre, simplement pour entrer ou sortir.

Picotte a reçu plus de lettres et de photos d’animaux par la poste que n’importe quel humain en recevra dans sa vie !

Bref, avec son petit côté indépendant, Picotte n’allait pas au-devant de tout le monde. Si elle choisissait de se faire flatter par quelqu’un, c’était parce que cette personne était spéciale. 

Donc, à tous ceux qui ont déjà flatté Picotte, vous êtes des personnes spéciales pour Mélissa aussi !

Après, vous viendrez dire à quelqu’un qui perd son animal que c’est juste un animal et que ça se remplace…