Il faut se méfier des aubaines quand vient le temps d'acheter des animaux.

Nom d’un chien!

Une mignonne petite chienne croisée chihuahua vient d’être mise à vendre sur Kijiji pour la somme de 200 $. Alors qu’un chien adulte se vend en moyenne 500 $, disons que l’offre est plus qu’intéressante.

Voici la courte description qu’on peut lire : 4 ans, non opérée, super gentille.

En fait, quand on appelle au numéro indiqué, on apprend que cette chienne a aussi deux autres soeurs, identiques à elle, qui sont aussi en attente d’une famille.

L’éleveuse a décidé de ne plus les faire reproduire, parce qu’elle n’aime pas leur tempérament. Sur Kijiji, elle annonce aussi des chiots poméraniens, des chiots caniches, des chiots cockers croisés caniches et des chiots cockers. Parmi les poméraniens, elle propose une petite femelle à 400 $, au lieu de 1000 $, car elle a une hernie inguinale.

Un bon éleveur ne devrait pas afficher ses chiens sur des sites de petites annonces pour les faire adopter. Faire adopter d’anciennes reproductrices, non stérilisées, est aussi un gros manque de jugement, à mon avis, sachant que ces chiennes risquent de se retrouver gestantes à nouveau. Au niveau du chiot ayant une hernie, l’éleveur devrait assumer la stérilisation et l’opération du bébé, avant son adoption, pour être certain qu’il ne se reproduise pas, étant donné les complications possibles.

La dame raconte qu’elle a converti une ferme en chenil pour y installer des chiens dans les anciennes stalles à chevaux. Ils ont tous accès à des parcs extérieurs. S’ils ont de l’eau fraîche, de la nourriture et que l’endroit est relativement propre, c’est une façon convenable, selon les normes ministérielles, de garder des chiens.

Les deux anciennes petites reproductrices, croisées chihuahua, ont vécu toute leur vie en enclos avec d’autres chiens, sans que des humains interviennent lorsque les comportements dégénéraient. Elles n’ont jamais appris la propreté, n’ont jamais été éduquées et n’ont jamais vécu dans une maison. « C’est vraiment facile mettre un chien propre », lance la dame. Dans ce cas, pourquoi n’éduque-t-elle pas ses chiens avant de les placer ? Sans doute parce qu’elle en a déjà plein les bras, avec toutes ces naissances.

Au téléphone, alors que la femme semble pressée de vendre ses bêtes, parce qu’elle a de la misère à gérer la période des chaleurs qui bat son plein, elle dit qu’adopter un chien adulte, c’est beaucoup moins de gestion qu’un chiot… En vérité, les chiens maintenus dans ce genre d’élevage risquent d’avoir plus de difficultés à s’adapter à une vie de famille qu’un chiot. Comme ils seront difficiles à faire adopter, c’est à se demander si l’éleveur ne devra pas se résigner à aller les porter au refuge. Par pitié, certains vont peut-être adopter ce genre de bête, croyant faire une bonne affaire au niveau du prix. Mais n’étant pas outillées pour gérer les mauvais comportements de ces animaux mésadaptés, ces personnes risquent fort de se départir de leur nouvel animal rapidement.

Refuges
Par la bande, ces mauvais éleveurs, qui ne se soucient pas de la stérilisation et du sort de leurs anciens reproducteurs, deviennent donc des fournisseurs potentiels pour les refuges. Par sécurité pour les futurs adoptants, certains refuges refuseront de prendre des chiens ayant de graves problèmes de comportement ou de santé, reliés à la reproduction en usine. « Souvent, ces chiens nous arrivent soi-disant parce qu’ils ont été trouvés errants », remarque une employée de refuge.

D’autres refuges sont prêts à tout pour remplir leurs enclos de chiens et parcourent même le Québec à la recherche de ce type de chien, sans se soucier de ses problématiques. En déresponsabilisant ces petits ou gros éleveurs, ils encouragent l’industrie du chien d’usine.

Zone grise
On dit aux consommateurs de ne pas adopter de chiots dans les animaleries, parce qu’ils proviennent d’usines à chiens. On les réfère plutôt vers les refuges. « Pourtant, certains bons éleveurs choisissent volontairement de vendre leurs chiots à des animaleries pour éviter d’avoir à négocier avec les particuliers », confie une employée d’animalerie.

D’un autre côté, de plus en plus d’animaleries du Québec offrent uniquement des chats et des chiens de refuge, mais comme ça prend des animaux dans les refuges, c’est à se demander si les mauvais éleveurs ne finiront pas par fournir indirectement les refuges… Il faut aussi savoir qu’il y a une forte attraction autour des animaux en piteux états, et certains en tirent profit grâce à la sympathie du public.