Chat errant

L’histoire de chats malhabiles

CHRONIQUE / Au Québec, les chats domestiques errants, qui ont été délibérément abandonnés en pleine nature, peuvent compter sur de nombreux groupes de sauveurs d’animaux qui soignent, accueillent et trouvent des familles à ces pauvres bêtes.

Parfois, les rejetons de ces chats sont trop asociaux pour la vie en captivité. Pour freiner la prolifération, tout en les maintenant en vie, les sauveurs vont procéder à une méthode qu’on appelle la CSRM (capture-stérilisation-retour-maintien). Avec une bonne intention, on évite ainsi l’euthanasie massive de chats errants. Mais ne s’improvise pas qui le veut dans ce processus qui demande une certaine logistique.

Après avoir été capturées, ces bêtes sont conduites chez le vétérinaire pour être stérilisées, identifiées et micropucées. Elles sont aussi vermifugées et vaccinées une seule fois, pour le reste de leur vie. Étant très agressifs, les chats errants infligent parfois des blessures aux intervenants qui gravitent autour de ces sauvetages. Une morsure, si on néglige la consultation d’un médecin, peut engendrer des complications reliées à l’infection.

Même si ces chats sont remis dans leur milieu, et qu’on leur fournit de la nourriture, un abri et de l’eau, les félins suivent leur instinct et font leur travail de chasseurs. On va se rassurer en disant qu’ils servent à contrôler la population de vermines indésirables. Il faut savoir que ces chats ne viennent pas directement d’une souche « sauvage », comme le lynx ou le couguar, par exemple. À la base, ils ont été introduits dans la nature par l’homme qui se déresponsabilise, et les conséquences sont graves.

Selon le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, qui avise que le principal impact de l’introduction du chat domestique est la prédation qu’il exerce sur les espèces indigènes, il faudrait peut-être remettre en question la CSRM. « Un autre impact important de l’introduction des chats est leur implication dans la transmission de maladies. Les chats peuvent transmettre la rage, la maladie de Lyme et la toxoplasmose à d’autres animaux ainsi qu’à l’humain. Les chats atteints du virus de l’immunodéficience féline ou de la leucémie féline peuvent également le transmettre à des félins sauvages », peut-on lire.

Une étude menée par Peter Blancher, chercheur à Environnement Canada, estime que les chats tuent entre 100 et 350 millions d’oiseaux par an au Canada, dont 38% sont tués par des chats domestiques; le restant, par des chats errants.

Rats

On a longtemps pensé que les chats errants pouvaient contribuer à contrôler la population de vermine, mais une récente étude démontre que les chats ne sont pas de calibre face à la population de rats. Des chercheurs ont surveillé une colonie de rats à New York afin de voir si les chats errants sont une menace pour eux. Après plusieurs jours d’observation, ils ont conclu que devant ces rongeurs, les chats sont de piètres chasseurs. Selon cette étude, parue le 27 septembre 2018 dans la revue spécialisée Frontiers in Ecology and Evolution, leurs compétences de chasseur seraient largement surestimées. En 79 jours, seulement deux rats ont été attrapés par un chat. Pourtant, les piètres conditions des chats errants continuent d’être perçues comme un moindre mal, notamment lorsqu’il s’agit de diminuer le nombre de rats dans les grandes villes et les campagnes. Faudrait voir si les chats du Québec sont plus habiles!

Bélugas

Le 11 octobre, Le Devoir poussait encore plus loin en annonçant que les bélugas du Saint-Laurent seraient particulièrement touchés par le parasite de la toxoplasmose, une infection potentiellement mortelle qui est transmise par les chats domestiques. « Le parasite ne peut provenir que des selles des chats domestiques, qui sont très nombreux, notamment au Québec. On en compterait actuellement plus de deux millions dans la province », peut-on lire. On dit que le parasite de la toxoplasmose se retrouve dans le système digestif du chat, lorsque celui-ci y est exposé, notamment en mangeant des rongeurs. Dans ce cas-ci, est-ce qu’il ne faudrait pas plutôt blâmer nos systèmes d’égouts remplis de rats utiles à la décomposition des matières qui s’y retrouvent ?

La véritable solution repose sur la protection de nos chats afin de sauver les bêtes sauvages et maintenir l’équilibre.