Les poules pondeuses s’envolent

Confinés à la maison, à tenter de contrer la COVID-19, les gens cherchent des projets pour agrémenter leur quotidien, tout en rêvant d’être autosuffisants afin de réduire leurs visites à l’épicerie.

Depuis le début du confinement, partout au Québec, on remarque un engouement pour l’adoption de poules.

Sur les sites de petites annonces, en plus d’être très difficile à trouver, une poule brune conventionnelle, qui se vend normalement 12 $, peut facilement atteindre 25 $.

À Saguenay, la Ville vient d’annoncer qu’elle autorisera la garde de poules urbaines à compter du mois de mai. Déjà, le Couvoir de Chicoutimi est en rupture de stock. « Nos 7200 poules conventionnelles, brunes et blanches, prêtes à pondre, sont toutes déjà vendues », rapporte Guillaume Maltais, propriétaire.

Pour répondre à la demande, M. Maltais avoue qu’il aurait eu besoin de 1500 à 2000 poules de plus. « Je me demande ce que deviendront tous ces oiseaux si les gens agissent sur un coup de tête », réfléchit-il.

Quand les frères Guillaume et Sébastien Maltais sont devenus propriétaires du Couvoir de Chicoutimi, en 2013, ils vendaient 3000 poules pondeuses par année. Ce nombre ne cesse d’augmenter chaque année pour desservir une clientèle provenant des quatre coins du Saguenay–Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord. « À part les poules de 20 semaines, qui ne sont plus disponibles, nous avons encore tous nos autres animaux, dont les coqs à chair, les cailles, les faisans et les perdrix », énumère l’éleveur de volaille.

Quant à ceux qui veulent se départir de leurs oiseaux, le Couvoir avoue ne pas pouvoir se permettre de les accueillir, à cause des risques de maladie.

Décision saluée

Emmanuelle Perron est soulagée d’apprendre que les poules urbaines seront bientôt acceptées dans sa ville. La résidante de Chicoutimi-Nord, qui a adopté quatre poules brunes au Couvoir de Chicoutimi en mai 2019, a reçu une lettre de Ville de Saguenay en février 2020 l’informant qu’il était interdit d’avoir des poules sur le territoire. Aussitôt, elle s’est informée auprès des membres du groupe Facebook Poules et volailles du Saguenay-Lac-Saint-Jean, lequel compte plus de 1300 membres. « Plusieurs m’ont dit avoir reçu cet avertissement et avoir gardé leurs poules sans aucune conséquence », relate Emmanuelle.

C’est aussi sur ce groupe qu’elle a trouvé de bons conseils lorsqu’elle a accueilli ses nouvelles protégées à plumes.

Au début, Emmanuelle Perron a acheté un petit poulailler vendu à bon prix dans la plupart des quincailleries. Facile à monter et pratique en été. Elle a rapidement déchanté de cette installation difficile à nettoyer. Pour rendre son expérience plus agréable et pour garder ses poules en hiver, elle a construit un poulailler qui a l’aspect d’une remise, ce qui a engendré un investissement de 1500 $. Tout ça, c’est sans compter la moulée, la litière, le chauffage en hiver et l’ancien poulailler à 500 $ qui ne sert plus. Ça commence à faire cher de la douzaine d’oeufs !

Réflexion

La garde de poules est une expérience qui conscientise inévitablement les consommateurs à l’investissement de temps et d’argent qu’on doit y consacrer. Plusieurs se décourageront de l’entretien routinier de ces oiseaux, surtout en période hivernale. Il faut aussi savoir qu’une poule vit une dizaine d’années, mais pond seulement deux ans.

Si on veut être écologiques, il est possible d’utiliser les fientes générées par les poules pour en faire un engrais, afin de ne pas encombrer les poubelles.

Pour tous ces tracas et sans attachement affectif, au bout d’un été, les adoptants de poules comprendront la valeur des oeufs et certains se raviseront pour se tourner plutôt vers l’épicerie ou un éleveur local.

Gestion

Le Refuge des animaux de Chicoutimi et la SPCA Saguenay, les deux autorités mandatées pour la gestion des animaux à Saguenay, ont refusé de gérer les permis octroyés pour la garde de poules. « Avec toutes les nouvelles responsabilités que nous avons, face aux différents permis et à l’enregistrement des chats, on ne pouvait pas se permettre d’embarquer dans la gestion des poules », souligne la directrice de la SPCA Saguenay, Claudia Côté.

Marc Villeneuve, propriétaire du Refuge des animaux, s’inquiète aussi du potentiel de plaintes pour des poules errantes. « Un éleveur que je connais et qui prend quelques poules à donner quand vient l’automne se demande s’il pourra répondre à la demande cet automne », conclut M. Villeneuve.

Don, vente et échange de volaille au Saguenay-Lac-Saint-Jean : www.facebook.com/groups/437232373782884 

Poules et volailles du Saguenay-Lac-St-Jean : www.facebook.com/groups/190515657788774/