Les animaux des prisonniers

En 2016, Martin (nom fictif) est arrêté par la police pour bris de conditions. Celui qui avait déjà purgé des peines pour vente de drogue se retrouvait à nouveau devant la justice.

C’est seulement en décembre 2018 que son incarcération s’est entamée, pour une période de 13 mois. Évidemment, il ne pouvait pas amener ses animaux avec lui.

En deux ans, l’homme, qui est dans la quarantaine, qui n’a ni enfant ni de conjointe, avait eu le temps de planifier le destin de ses deux chats. Malheureusement, à la dernière minute, les amis qui avaient accepté de les héberger se sont désistés.

En décembre dernier, la famille de Martin se retrouvait donc avec un appartement à vider, des meubles à entreposer et des chats à placer. « Ses chats sont super importants pour lui. Depuis qu’il les a adoptés, il y a trois ans, il est devenu plus stable et il a une bonne raison de revenir chez lui », remarque son frère.

D’ailleurs, avant son incarcération, Martin était sur le bon chemin. Il s’était trouvé un travail à temps plein, il ne vendait plus de drogue et consommait seulement à l’occasion.

Les proches de Martin ne voulaient pas trop ébruiter l’histoire, par peur de devoir encaisser de mauvais commentaires, jugeant la situation déjà assez pénible.

Afficher une demande sur les réseaux sociaux pour tenter de trouver des familles temporaires aux félins était donc hors de question. De plus, certains membres de la famille n’étaient pas au courant de la situation, et c’est sans compter que la famille aurait eu à gérer des commentaires haineux.

« On a même pensé les faire euthanasier ou aller les mener dans un refuge, mais je sais que retrouver ses chats à sa sortie de prison fait partie des motivations de mon frère », poursuit le frère de Martin, qui est allergique aux chats.

« Après avoir fait le tour de nos contacts potentiels, nous avons appelé dans une pension qui me chargeait 150 $ par semaine. Nous n’avions pas les moyens de payer ça. Martin ne reçoit pas de salaire pour 13 mois », précise la famille.

Comme les chats n’étaient pas stérilisés, la plupart des gens ne les voulaient pas. La famille s’est donc occupée de faire stériliser les chats.

Après plusieurs jours de recherches, un propriétaire d’une ferme s’est proposé pour héberger les chats. « On fournit la nourriture. On sait qu’ils sont bien, et tout le monde est rassuré. »

La famille de Martin aurait aimé trouver une ressource ou un service de familles d’accueil pour animaux, tout en gardant son dossier confidentiel. « Je me demande ce que font les gens qui n’ont pas de famille. C’est vraiment un stress supplémentaire à vivre dans une situation difficile », réfléchit le frère de Martin.

Refuge des animaux

Au Refuge des animaux de Chicoutimi, Marc Villeneuve avoue que ce genre de situation n’est pas rare. « Encore cet automne, un jeune homme, qui avait des animaux, s’est ramassé en prison. C’est sa famille qui doit s’occuper de tout ça, en tentant de rester dans l’anonymat », explique M Villeneuve.

Quand les gens ont l’argent pour payer une pension, c’est assez facile à gérer, mais souvent, ils n’ont pas les moyens.

« J’ai déjà gardé des chiens très longtemps pour des gens incarcérés. C’est par l’entremise des avocats que les échanges se font, poursuit le propriétaire du refuge. Parfois, on a affaire à des personnes très peu fortunées. Ce n’est vraiment pas évident. C’est du cas par cas. »

Mise en fourrière

Sur le territoire de Saguenay, lors de mise en fourrière, en cas de force majeure, l’article 53.1 stipule que les autorités compétentes peuvent prendre en charge l’animal ou les animaux d’un citoyen lorsque celui-ci est dans l’une des situations suivantes :

• Victime d’un incendie

• Victime d’un accident de la route

• Est incarcéré

• Victime de tout autre cas de forces majeures

Pour toutes ces situations, c’est le Refuge des animaux de Chicoutimi et la SPCA Saguenay qui prendront soin des animaux. Le gardien de l’animal aura 15 jours suivant la date de l’admission en fourrière de son animal pour prendre une décision sur l’avenir de dernier. Pendant ces 15 jours, c’est la Ville qui assumera les frais. C’est très accommodant considérant que, dans la plupart des villes du Québec, le délai est de cinq jours.

La SPCA compte aussi une banque de noms de personnes volontaires qui agissent comme familles d’accueil temporaires pour des cas particuliers, ce qui peut grandement aider les propriétaires d’animaux dans le besoin.