Le 12 juin, Élaine Beauregard a serré Charly dans ses bras pour la dernière fois. Après 27 ans, le temps était venu de lui dire adieu.
Le 12 juin, Élaine Beauregard a serré Charly dans ses bras pour la dernière fois. Après 27 ans, le temps était venu de lui dire adieu.

Le plus vieux chien du Québec n’est plus

CHRONIQUE / Le 12 juin, Élaine Beauregard serrait Charly dans ses bras pour la dernière fois. Après 27 ans de vie commune, le temps était venu de lui faire ses adieux.

En quelques jours, l’état de celui qui portait le titre de plus vieux chien du Québec s’était dégradé à un point tel qu’il avait perdu toute qualité de vie.

Ce matin-là, le petit caniche avait rendez-vous à l’Hôpital vétérinaire Carcajou d’Alma, qui le soigne depuis 2012, afin d’abréger définitivement ses souffrances reliées à la vieillesse. Installé dans une salle conçue pour accompagner les familles endeuillées, Charly était bien blotti dans les bras de Nicolas Thibeault, le conjoint d’Élaine. Dre Hélène Hamilton, assistée d’une technicienne en santé animale, a procédé à l’euthanasie du petit chien d’une dizaine de livres, qui est parti tout en douceur.

Pour apaiser sa douleur, le couple a choisi de faire incinérer son animal et de faire déposer ses cendres dans une urne personnalisée. Même si les frais, incluant l’intervention, s’élèvent à plus de 700 $, Élaine et Nicolas avouent que ce symbole les aidera à cheminer dans leur deuil. « J’ai perdu plusieurs proches dans ma vie, mais personne n’avait été aussi présent que Charly », confie Élaine.

Quatre jours plus tard, la famille ressentait toujours autant de peine quant au vide laissé par Charly. « On a perdu un enfant et ma belle-mère, qui n’a jamais eu de petits-enfants, a perdu un petit-fils, poursuit Élaine, qui était incapable de retourner au travail. Ça fait juste deux semaines que je travaille au Marché Bonichoix d’Hébertville, mais Martine Villeneuve, la propriétaire, me soutient et me comprend. Elle m’a laissée quelques jours pour vivre ma peine. »

Élaine avait adopté Charly en 1993, dans une animalerie de sa ville natale. En 2012, elle quittait Saint-Hyacinthe, avec son fidèle compagnon, pour venir rejoindre son amoureux au Lac-Saint-Jean. Charly a vécu les huit dernières années de sa vie entouré de Nicolas, qui pouvait en tout temps compter sur sa mère, Josée Bergeron, pour garder l’exceptionnel petit chien. Depuis quelques mois, Charly ne pouvait plus être laissé seul. Comme il ne voyait plus, il avait constamment besoin d’assistance pour manger, boire et aller dehors pour faire ses besoins.

Tous les trois ont passé la fin de semaine dernière à leur chalet à se remémorer de beaux souvenirs de Charly. « Je n’oublierai jamais la fois où j’ai quitté ma région natale pour aller rejoindre Nicolas à Hébertville-Station. Nicolas avait amené Charly chez lui, alors que moi, je devais finir ma journée de travail à Saint-Hyacinthe. Le soir, il m’avait appelé pour me dire que Charly n’avait pas cessé de pleurer. C’est parce qu’il avait oublié son toutou », se souvient Élaine.

Après avoir pris soin d’un animal pendant si longtemps, la routine est difficile à reconstruire. « En plus d’être en confinement, ma belle-mère vit un deuil. On était liées, elle et moi, par Charly. Tous les jours, on se voyait parce qu’elle le gardait », réfléchit Élaine.

Deuil

Le processus de deuil d’Élaine a commencé un peu avant le départ de son chien, alors qu’elle a eu envie de donner au suivant. « Le 9 juin, j’ai mis toutes les choses de Charly, dont son traîneau et sa poussette, au bout de l’entrée de la maison, en prenant soin d’y mettre une affiche “À donner”. Au bout d’une heure, une voisine est arrêtée et a pris les choses de Charly en demandant pour le voir une dernière fois », raconte Élaine, qui a accepté.

« On trouvait ça drôle de te voir passer avec Charly dans sa poussette ou son traîneau. Je vais continuer de le faire avec mes lapins », lui a confié sa voisine, qui était émue d’assister aux derniers moments du populaire petit chien de 27 ans.

« Ça m’a fait du bien de donner ses choses et de savoir qu’elles vont rester dans ma rue. Je lui ai aussi donné un sac de manteaux de Charly », conclut Élaine.

Le plus vieux chien

En 2018, l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux avait reconnu le caniche, né le 14 février 1993, comme étant le doyen des chiens du Québec. Charly avait fêté ses 27 ans le 14 février 2020.