Nicolas Simard-Desbiens nourrit ses bêtes avec des rongeurs congelés.

Le menu controversé des serpents

Vanessa Allard est propriétaire d’un serpent python royal qui mesure cinq pieds et cinq pouces. Dimanche passé, un message provenant de son compte personnel a été envoyé sur la page Facebook Spotted Mont-Laurier et le Nord : « Si vous avez des chatons à donner, je les prendrais pour nourrir mon serpent. »

Croulant sous les insultes, la femme de 29 ans a rectifié les choses, quelques heures plus tard, en disant qu’elle avait été victime d’une mauvaise blague.

Un ami de Vanessa, profitant de l’absence de cette dernière au petit coin, a saisi son cellulaire et a écrit ce message. Lorsqu’elle s’est rendu compte de cette blague douteuse, il était trop tard. Plusieurs captures d’écran avaient été faites et son nom se promenait aux quatre coins du Québec, y compris au Saguenay. « Jamais je ne ferais ça à un chat », explique la femme de 29 ans de Mont-Laurier, qui cohabite avec deux chiens et un lapin. Elle a aussi des rats et une chatte qui ne vivent pas chez elle. Après avoir vu cette publication, la mère de deux enfants a reçu des tonnes de menaces. « Tu veux des bébés chats pour ton serpent et tu es une mère de famille. On va faire une plainte à la DJP», menace une internaute.

« Un chaton serait trop gros pour mon serpent. Je le nourris avec des bébés rats provenant de mon élevage », mentionne-t-elle. Vanessa donne les petites bêtes vivantes à son python. « Je n’ai pas le choix de lui donner les proies vivantes. Quand j’ai acheté mon animal, il y a quatre ans, il était adulte et son ancien propriétaire le nourrissait avec des animaux vivants. Maintenant, il n’accepte plus les animaux morts », raconte Vanessa qui jure que son animal n’a jamais mangé de chaton.

Un message provenant du compte personnel de Vanessa Allard a été envoyé sur la page Facebook Spotted Mont-Laurier et le Nord.

Lundi soir, soit 24 heures après cette publication, la maman de deux fillettes se disait atterrée par tant de méchanceté.

Constat
Nicolas Simard-Desbiens possède 17 serpents. L’homme de Saguenay avoue que certaines personnes nourrissent bel et bien leurs serpents avec des chatons. Ce genre de recherche sème la panique sur les réseaux sociaux.

« Je suis totalement contre, mais à cause de ces pratiques non éthiques, les passionnés de serpents, dont je fais partie, sont pointés du doigt et tous mis dans le même panier », remarque Nicolas.

Depuis six ans, celui qui offre des animations éducatives auprès des jeunes démystifie cet animal qui répugne tant de gens. « On ne s’en sort pas. Tous les serpents doivent être nourris avec des animaux de différentes tailles, selon leur grosseur », explique Nicolas. Dans son cas, il utilise des rongeurs, tels que des rats et des lapins congelés.

De plus, il remarque que les propriétaires de serpents se divisent en deux clans : ceux qui nourrissent avec du vivant et ceux qui nourrissent avec des animaux congelés. C’est un gros débat ! « Si je nourris avec du congelé, ce n’est pas une question de cruauté. C’est simplement pour éviter de faire blesser mes serpents », mentionne-t-il. Il prend sa nourriture chez des éleveurs à l’extérieur de la région, qui élèvent des animaux spécifiquement pour les serpents. Les rongeurs congelés sont envoyés par la poste.

Nicolas débourse entre 1500$ et 2000$ par année pour nourrir ses 17 reptiles. « Un serpent habitué de manger des proies vivantes peut s’habituer à manger des bêtes congelées, mais ça peut prendre plusieurs mois. », ajoute-t-il.

Valeur
Un serpent peut coûter jusqu’à plusieurs milliers de dollars. Il y a 11 ans, Nicolas achetait son premier serpent à 700$. Aujourd’hui, il vaut 100$. Les serpents perdent beaucoup de valeur, car il y a de plus en plus d’éleveurs au Québec. L’abandon existe aussi chez ces bêtes avec lesquelles il n’y a aucune interaction. Il existe des refuges pour les reptiles, principalement à Québec et à Montréal. « J’accueille rarement des serpents abandonnés parce qu’ils sont souvent en mauvais état. Je n’ai pas le budget pour les soigner et je ne veux pas mettre en péril ma collection », souligne-t-il.

Règlement
À Saguenay, il est interdit d’avoir en sa possession des serpents venimeux, des boas, des pythons, des anacondas et des serpents pouvant atteindre trois mètres de longueur à l’âge adulte. Dans sa collection, Nicolas possède plusieurs serpents qui pourraient être illégaux selon ce règlement. « C’est une loi écrite qui s’applique s’il y a une plainte », avoue l’homme qui n’a jamais négligé la sécurité autour de ses reptiles qui sont maintenus dans une pièce fermée de son appartement. Le propriétaire de l’immeuble où il habite est au courant que son locataire possède une grande famille de reptiles. « J’ai déjà été refusé par certains propriétaires de logements, mais moi, c’est ma condition. Je ne me verrais pas vivre sans mes serpents », conclut Nicolas.