Le dalmatien délaissé pour sa mauvaise réputation

Mélissa Viau
Mélissa Viau
Le Quotidien
Populaire dans les années 80, le chien dalmatien a laissé un souvenir amer à plusieurs maîtres. Sans l’interdire ou la bannir, le Québec a tranquillement délaissé cette race qu’on disait indisciplinée.

Quand Geneviève Dubuc a démarré son élevage DotsOn Dalmatians, en 2012, le dalmatien avait pratiquement disparu de la province. « Je suis allée chercher mes reproducteurs aux États-Unis et en Europe, là où ils sont encore très présents », souligne l’éleveuse.

Aujourd’hui, on compte seulement deux élevages enregistrés au Québec.

« Si le dalmatien a si mauvaise réputation, c’est parce qu’on doit investir beaucoup d’énergie au niveau de son éducation. Il ne s’éduque pas aussi facilement que d’autres races. Il y a aussi les mauvais éleveurs qui faussent la réputation avec de mauvaises génétiques », remarque Geneviève.

Les races de chien qui deviennent populaires sont souvent reliées à un film. Pour répondre à la grande demande, plusieurs y voient une opportunité d’affaires en faisant la reproduction et en choisissant n’importe quels géniteurs.

Malgré la sortie du film Les aventures de Cruella, la méchante des 101 Dalmatiens en 2021, Geneviève ne s’inquiète pas de son élevage, puisque ses chiots partent avec un contrat de non-reproduction et de stérilisation obligatoire. Par contre, elle s’inquiète pour la race. « Quand les gens veulent une race de chien, ils ne comprennent pas que les mauvais élevages finissent par tous être reliés au Québec. La consanguinité est à l’origine de nombreux problèmes de santé. »

Le dalmatien, comme n’importe quelle autre race, n’a pas un tempérament qui convient à tout le monde. « Même les races réputées pour être de bons chiens de famille n’ont pas un tempérament qui convient à tout le monde », précise la propriétaire de DotsOn Dalmatians.

Installée à Val-des-Monts, en Outaouais, Geneviève vit entourée de son conjoint, de leurs deux enfants et de leurs cinq chiens, dont trois femelles reproductrices dalmatiens, un dalmatien sourd rescapé et un golden retriever. Leur maison, nouvellement acquise, a été transformée pour cohabiter harmonieusement avec les animaux.

La jeune femme accueillait aussi des dalmatiens qui n’arrivaient plus à trouver de familles en raison de problèmes de santé et d’éducation. « Ils proviennent toujours de mauvais éleveurs. Depuis cette année, je n’en prends plus chez moi, car ces chiens ont tous un potentiel de dangerosité et, comme je suis rendue avec deux enfants, je ne veux pas prendre de chance. »

Cette année, elle en a sauvé cinq avec la collaboration de ses amis, tout aussi passionnés qu’elle.

Comme elle limite la reproduction à une seule portée par année, les futurs adoptants doivent compter deux à trois ans d’attente. Avec aussi peu d’éleveurs de dalmatiens au Québec, Geneviève a la chance de choisir les familles pour ses chiots. « Je fais aussi passer un questionnaire pour savoir si l’animal correspond bien à la famille. »

Frais vétérinaires

« Il faut avoir un très bon emploi pour avoir un élevage de qualité. On ne gagne pas notre vie avec ça », ajoute celle qui se passionne pour la génétique.

Faisant passer plusieurs tests à ses chiens, pour écarter tout problème de santé, dont la surdité, souvent présente chez cette race, elle avoue qu’au Québec, les frais vétérinaires sont beaucoup plus élevés qu’aux États-Unis. « Si on veut faire passer les tests, faire des compétitions et voyager pour les accouplements, on doit prévoir un très gros budget », raconte Geneviève, qui a fait de son élevage un mode de vie, une passion et un loisir.

DotsOn Dalmatians peut aussi compter sur une belle équipe de complices qui agissent comme familles d’accueil. « Je suis aussi mentore pour de futurs éleveurs qui s’impliquent déjà avec moi dans mon élevage. »

Dalmatien

Dans la maison, le dalmatien est un chien calme, pantouflard, affectueux et qui aime le confort. Par contre, il s’excite facilement dès qu’une situation sort de sa routine. Certains ne seront pas capables de supporter cette intensité. « Mes parents sont incapables d’endurer mes chiens. Ils les trouvent trop envahissants et dérangeants. Moi, j’aime même leurs défauts », intervient Geneviève en riant.

Même si le dalmatien n’est pas sujet à l’anxiété ou à la destruction dans la maison, l’éleveuse recommande d’utiliser une cage ou un enclos les deux premières années de sa vie. On peut adopter un dalmatien comme premier chien, mais il faut être conscient du défi et être prêt à s’engager dans son éducation. Ceux qui ont l’intention de suivre des cours et de faire des compétitions seront encore mieux outillés pour encadrer leur animal.