Au Saguenay, Lina Lin partage sa vie avec une coloc et son chien Axelle. Cette proximité lui rappelle que dans son pays natal, plusieurs chiens sont élevés pour la viande.

Le commerce des chiens destinés à être mangés

CHRONIQUE / Lina Lin est née en Chine. Quand elle était enfant, on lui a déjà servi de la viande de chien. « Je ne me souviens pas d’avoir été si impressionnée par le goût de cette viande », se remémore la femme de 31 ans.

C’était dans un restaurant où sa mère travaillait. « Ce jour-là, c’était cette viande qu’on servait. Là-bas, les restaurants servent ce qui passe. Parfois c’est du porc, du poulet ou du bœuf que les restaurateurs achètent », raconte Lina. La viande de chien est un luxe, car elle est plus dispendieuse que le boeuf.

L’événement le plus controversé de la Chine, en matière de chiens, est ce festival annuel qui a lieu à Yulin tous les 21 juin. « Plusieurs Chinois sont contre cette fête, où des milliers de chiens sont tués pour être mangés. Des gens viennent de partout dans le monde pour tenter de les sauver de la mort », souligne Lina. Ces sauveurs deviennent en quelque sorte des complices puisque les éleveurs amènent encore plus de chiens pour répondre à cette demande. Les vendeurs ont bien compris que s’ils menacent de tuer des chiens, ils peuvent gagner beaucoup d’argent.

Certains payent très cher pour adopter ces bêtes et font rouler l’industrie en encourageant une forme de commerce. Le Canada, dont la SPCA Montréal qui a accueilli 32 chiens sauvés du festival de la viande le 23 décembre 2017, satisfait ainsi un type de clientèle qui souhaite adopter des chiens ayant un parcours tumultueux.

« L’an passé, une Chinoise a sauvé une centaine de chiens lors de cette fête. Sur le coup, plusieurs ont donné de l’argent pour aider son refuge. Comme peu de personnes adoptent ces chiens, et que plus personne ne donne d’argent par la suite, certains finissent par mourir dans leur cage », remarque Lina qui se demande pourquoi poser de tels gestes si on ne peut pas tous les sauver. C’est sans compter toutes les maladies qu’on risque de faire entrer dans d’autres pays. « En même temps, si on interdit de manger du chien, on devrait peut-être le faire aussi avec d’autres bêtes… L’interdiction cause des guerres », réfléchit Lina.

Ces chiens, choisis pour leur viande, ne sont pas adaptés pour la vie de maison. En privilégiant la qualité de leur chair, peut-on se demander si on a négligé leur tempérament ? On peut faire le rapprochement, au Québec, avec l’élevage du porc, qui a des caractéristiques physiques et mentales différentes du cochon miniature domestique.

En Chine, il y a des personnes qui ont des chiens pour les mêmes raisons que les Québécois. « Pour avoir une race pure, il faut aller dans les grandes villes et on peut payer un chien plusieurs milliers de dollars. On retrouve un peu les mêmes races qu’ici. Ces chiens seront stérilisés, vaccinés et enregistrés chaque année à la ville », explique Lina.

Si certains Chinois croient qu’on ne devrait pas manger les animaux carnivores, car ils contiennent plus de toxines dans leur corps, d’autres choisissent de bannir tout produit issu d’un dérivé animal. Qu’on le fasse par amour pour les animaux ou par souci de l’environnement, alors qu’il est moins dommageable de consommer de protéines végétales qu’animales, l’alimentation est un sujet qui soulève les passions. « Dans mon cas, ça me perturbe au niveau de mes émotions, car j’adore les chiens », mentionne Lina.

Parcours

Lina Lin est née en Chine en avril 1987. Elle a grandi dans un milieu plus campagnard où les vaches servaient de moyen de transport pour se déplacer et pour labourer les champs. « Chez nous une vache avait plus d’importance qu’un chien. Quand elle mourrait, on l’enterrait », poursuit-elle. En 2013, elle a quitté son pays natal pour venir étudier au Québec. « En Chine j’avais déjà mon bac et ma maîtrise en géologie. Je suis venue faire mon doctorat à l’UQAC. Les études c’est un peu comme les voyages. Tu ne peux pas penser que c’est partout pareil si tu as vu juste un pays », poursuit l’étudiante qui se donne encore deux sessions pour finir son doctorat. C’est grâce à une bourse d’études, en partenariat avec la Chine et le Québec, que Lina peut se consacrer à 100% à ses études. Par la suite, comme elle parle anglais, français et chinois, les portes s’ouvriront très grandes à elle pour son avenir professionnel. « J’aimerais peut-être être professeure à l’université, mais je n’ai pas encore décidé dans quel pays », conclut Lina.