La malsaine envie de vouloir tout apprivoiser

CHRONIQUE / J’adore les animaux. Malgré cet amour profond, je dois vous avouer que j’en ai tué plusieurs.

Depuis toujours, je me bats avec cette envie malsaine de tout apprivoiser. Petite fille de campagne, j’ai grandi en capturant des insectes de toutes sortes, des têtards, des oisillons, des œufs volés dans les nids… Bref, des choses faciles à cacher dans ma chambre.

La plupart de mes expériences se concluaient par une mort.

Si j’avais pu le faire, j’aurais fait entrer la faune sous mon lit. Tout ça partait d’une bonne intention. Je voulais vivre une histoire à la Walt Disney, rêvant un jour d’avoir une corneille qui allait me suivre partout, jouquée sur mon épaule ou un fidèle Bambi dans ma cour.

Heureusement, j’ai fini par me remettre en question et me rendre compte de mes erreurs.

Encore aujourd’hui, quand je vois passer un dindon sauvage, un chevreuil ou un coyote devant moi, au volant de ma voiture, j’ai le goût de le mettre en sécurité dans mon garage pour le protéger des dangers de la route. J’ai un pincement au coeur quand je les vois étendus sur le bord du chemin. Si au moins je pouvais sauver la viande de ce chevreuil fraîchement frappé… J’ai appris à mes dépens que c’est un geste illégal.

D’un autre côté, j’ai vraiment hâte de goûter à du dindon ! Après tout, mieux vaut donner un sens à sa viande, plutôt que de le voir finir écrasé sous les roues d’un véhicule.

J’ai compris avec le temps que c’était irrespectueux pour les bêtes sauvages d’avoir cette envie irréaliste de les apprivoiser et j’ai trouvé un équilibre entre les animaux que je mange et ceux que j’adopte pour la vie.

Quand j’ai commencé à voyager, j’ai tout de suite été mal à l’aise avec le concept des dauphins dans les bassins et des bébés animaux qu’on peut prendre, le temps d’une photo, sachant que tout ça avait vu le jour pour répondre à la demande des touristes qui aiment mal les animaux.

J’ai déjà refusé d’entrer dans des enclos d’animaux sauvages, gardés en captivité, pour les flatter, parce que ça perturbait mes valeurs. C’était comme si on tendait une cigarette à un ancien fumeur ou un verre de boisson à un alcoolique sobre. Je ne voulais pas rechuter dans cette approche utopique.

On fait la promotion d’évènements éducatifs où il est possible de flatter des animaux sauvages qu’on rend magiques, le temps d’un cliché, créant dans le cœur des petits et des grands cette envie de posséder tous les animaux de la Terre.

On met de côté les vrais acteurs du monde animal, dont les agriculteurs, les chasseurs et les trappeurs parce que le concept de la mort est de plus en plus tabou et troublant. Comme si on avait le pouvoir de rendre les animaux éternels par nos choix alimentaires et vestimentaires. Mais je ne connais pas beaucoup de personnes qui ont les moyens financiers et les installations pour garder des vaches dans leur cour, juste pour les regarder.

Les chasseurs et les trappeurs aiment les animaux et la nature tout aussi sincèrement que moi. Plusieurs pratiquent leur sport avec respect. Ceux qui ternissent cette pratique, par des gestes de braconnage, sont tout aussi coupables que ceux qui apprivoisent volontairement et illégalement un raton laveur qu’ils confiront à un refuge quelques mois plus tard et dont la remise en liberté sera impossible. Chaque printemps, des bébés animaux sauvages sont arrachés à leur mère par des gens qui, par manque de connaissance, les voient seuls et les croient en danger.

Les gens préfèrent voir des renards manger dans les mains des résidants en plein quartier, regarder des vidéos de chevreuils qui montent sur les galeries des maisons pour recevoir leurs carottes et voir des oisillons reconduits dans les refuges alors qu’ils étaient encore sous la surveillance de leurs parents. Dès qu’un animal sauvage n’a plus peur de l’homme, il est en danger.

Tous ces scénarios seront pourtant considérés comme des gestes de bravoures et partagés par des milliers d’internautes, créant par le fait même l’envie de confiner la vie sauvage à une rassurante vie en captivité pour le reste de sa vie.

Et si par mégarde un animal se blessait dans un piège de trappeur, engagé pour faire le contrôle d’une population X trop nombreuse et dont la surpopulation risque de causer un foyer de rage, on crierait au scandale. Dire aux gens de cohabiter avec les coyotes, ça a du sens jusqu’à ce que son propre animal domestique se fasse tuer dans sa cour ou qu’une population de chevreuils se fasse décimer.