La gestion des chats sauvages se fait discrètement

PICOTTE / Depuis quelques années déjà, le programme capture-stérilisation-retour-maintien (CSRM) fait des petits au Québec. L’objectif est de gérer les colonies de chats sauvages pour réduire les euthanasies, désengorger les refuges, freiner la prolifération et diminuer les nuisances.

Comme cette intervention contrevient au règlement de bien des municipalités, interdisant de nourrir les chats errants, la plupart des intervenants le font discrètement. C’est le cas du conseiller de Saguenay, Marc Pettersen, qui organisait, le 21 avril, un souper-bénéfice au profit de trois organismes, dont un qui procédera au trappage d’une colonie de chats dans son secteur.

Pourtant, selon le site québécois le plus complet à ce sujet (sosfelins.com), il est essentiel de renseigner la communauté pour assurer la sécurité des chats CSRM.

« Depuis des années, on procède à des euthanasies massives de chats sauvages, et ça ne fonctionne pas. Il faut donc trouver d’autres solutions », explique Dr Vincent Paradis, président de l’Association vétérinaire québécoise de médecine de refuge.

Ce processus de gestion propose que les chats, qui sont trop sauvages et qui n’ont aucun potentiel pour la vie de maison, soient capturés, stérilisés, relâchés dans leur milieu et maintenus par des citoyens volontaires. Ça semble bien simple, mais ça prend une bonne organisation pour capturer les bêtes sauvages, les garder jusqu’au moment de la remise en liberté et leur offrir un abri et de la nourriture pour le reste de leur vie. « Il faut commencer à gérer la colonie bien avant la capture et la stérilisation », peut-on lire sur le site sosfelins.com.

« C’est grâce à diverses organisations qui ramassent de l’argent et qui gèrent les opérations qu’on réussit à introduire des programmes de CSRM un peu partout au Québec », poursuit Dr Paradis. Les municipalités qui adoptent cette gestion remarquent une diminution des nuisances de chats telles que les bagarres, les vocalises et le marquage d’urine. On ne peut toutefois pas dire quelle est l’espérance de vie du chat. « Évidemment, ces chats ont la vie plus dure que les chats de maison. Ils sont confrontés aux intempéries et à de nombreux dangers », ajoute le vétérinaire. 

Capture

Les volontaires qui participent à ces opérations doivent faire preuve de prudence. Agressifs et souvent porteurs de maladies, les chats sauvages doivent être isolés des autres animaux de la maisonnée et maintenus dans des cages, car ils risquent de vous infliger de sérieuses blessures. Il faut ensuite transporter les bêtes terrorisées et souvent malodorantes vers la clinique. Une fois à la clinique, la sécurité est de mise. « On ne manipulera jamais un chat sauvage. Tout se fait au travers de la cage. Une fois endormi, on procédera à la stérilisation et on le remettra en cage pour le réveil », précise Dr Paradis. Le bénévole doit ensuite relâcher l’animal là où il a été capturé. En moyenne, le chat sera maintenu en captivité 24 à 72 heures.

Stérilisation

Les chats sauvages ne sont pas toujours en bon état. Ils ont des cicatrices du passé, des parasites, des maladies de peau et divers problèmes de santé. Si ces problèmes ne menacent toutefois pas sa survie, il sera stérilisé et remis dans son environnement, sans rappel de vaccins, de traitement contre les parasites ou de vermifuges pour les prochaines années. 

Relâche

Il faut s’assurer de relâcher le chat là où il a été trouvé. L’introduire dans un nouveau milieu contreviendrait au programme de CSRM qui ne souhaite pas alourdir le problème de chats errants. Ce programme n’assure pas une survie sans faille aux chats, mais il évite de voir de nouveaux chatons naître dans des conditions difficiles. 

Maintien 

Il faut ensuite nourrir et fournir un abri aux chats remis dans leur milieu. L’humain – même le mieux intentionné – est souvent incapable de tenir ses engagements. Dans le cas d’un désintérêt, d’un déménagement ou d’un manque de financement, qui s’occupera de ces colonies de chats habituées à avoir leur ration de nourriture ? Ce n’est pas n’importe qui qui acceptera de sacrifier un bout de son terrain ou de sa remise pour ces pauvres bêtes.

Stratégie

Pour arriver au résultat escompté, ça prend donc de l’argent, du temps, des bénévoles, du matériel et une structure. S’ajoute au CSRM une stratégie pour continuer de sensibiliser les propriétaires d’animaux face à l’importance de bien éduquer leur animal, le faire stériliser et l’identifier. Il faut aussi penser à un volet adoption, pour les chats plus sociables et ayant un potentiel pour la vie de maison.