Voici un beau souvenir de Ginette Audet, qui recevait la visite quotidienne de son amie et voisine d’appartement, Claire Croteau, la gardienne de Coco.

La deuxième vie de Coco et de Rémi

CHRONIQUE / Quand Ginette Audet a appris qu’elle ne sortirait plus de l’hôpital, cet été, elle n’arrivait pas à concevoir qu’elle ne reverrait plus jamais sa perruche Coco et son petit chien Rémi. Qu’allaient devenir ses précieux animaux ?

« Lors de mon décès, vous pourriez faire euthanasier Rémi pour que je puisse l’amener avec moi », a confié la dame à sa fille Lynda.

Même si elle comprenait le désir de sa mère, Lynda Parent n’arrivait pas à imaginer voir mourir ce caniche si jeune et si exceptionnel… Ayant déjà deux chiens, l’adoption d’un troisième lui semblait pourtant invraisemblable.

Mme Audet devait aussi trouver une personne de confiance pour Coco, qu’elle a adopté en 2014 pour se désennuyer, à la suite du décès de son mari. Tout comme les autres perruches qu’elle a eues dans sa vie, Coco est devenu un grand parleur. « Ma mère avait un don pour ça », remarque sa fille.

Ayant toujours été autonome et débrouillarde, Mme Audet a vu sa réalité changer drastiquement en janvier 2018, alors qu’elle a fait une mauvaise chute et s’est cassé une hanche.

« Ginette était débrouillarde et ne demandait jamais rien à personne, mais comme son séjour à l’hôpital s’annonçait long, elle m’a demandé de prendre soin de Coco pendant que sa soeur s’occupait de son chien Rémi », se remémore Claire Croteau, sa voisine d’appartement, qui était à son chevet à l’hôpital. La femme a accepté, même si elle ne connaissait rien aux oiseaux.

« Le matin, tu dois enlever la couverture sur sa cage, lui donner sa petite branche de céleri et son petit morceau de pain. Tu dois aussi lui donner ses graines et de l’eau fraîche. Parle-lui au moins dix minutes par jour et passe du temps avec lui. Tu peux lui ouvrir sa cage pour qu’il vole, mais des fois, ça peut être long avant qu’il revienne », a expliqué Mme Ginette à la gardienne de Coco.

Coco poursuit sa vie auprès de Claire Croteau.

Le lendemain matin, comme promis, Claire s’est rendue chez sa voisine pour s’occuper de Coco, avec un léger stress. « Une petite branche de céleri, un petit pain », répétait l’attachante perruche.

Claire s’est installée sur une chaise près de l’oiseau. « C’est quand même long jaser dix minutes avec un oiseau », lance-t-elle.

Après deux semaines à s’apprivoiser, le duo est devenu de plus en plus à l’aise. Coco s’est même mis à dire « Merci Claire ».

Au bout de deux mois, Mme Ginette a regagné son appartement, et Claire a continué de veiller à ce que tout aille bien. « Ginette était reconnaissante, mais elle me donnait aussi beaucoup, alors que je vivais aussi des moments difficiles avec ma famille », souligne Mme Claire.

En juillet, Mme Ginette a été hospitalisée à nouveau, pour une fracture à l’autre hanche. Malgré son positivisme et son énergie, la pauvre dame a reçu un diagnostic de cancer et a dû songer plus sérieusement au destin de ses animaux. « Ça m’a fait réfléchir concernant mes animaux. S’il m’arrivait quelque chose, je ne voudrais pas qu’ils soient confiés à n’importe qui », a réfléchi Lynda.

Une deuxième vie

Par une belle journée d’été, Lynda a décidé d’amener Rémi chez elle pour voir si une cohabitation était possible. « À ma grande surprise, mes chiennes, Lara et Frimousse, ont très bien accepté Rémi, et tout s’est bien passé », se souvient-elle. Ce fut aussi un grand soulagement pour Ginette Audet.

« Maman était très sereine face à la mort, mais à quelques reprises, j’ai amené Rémi la voir à l’hôpital, avec des permissions très spéciales, et c’était les seuls moments où elle pleurait, en lui disant qu’elle ne le verrait plus. C’était d’une telle tristesse », ajoute sa fille.

Rémi vit maintenant avec Lynda Parent, la fille de Ginette Audet.

Quant à Coco, il est resté auprès de Claire, qui continue de lui parler régulièrement de Ginette. Il dit souvent « Un ti (petit) bis à Ginette, un ti bis à Claire ». « Cet oiseau est précieux pour moi, tout comme ce foulard tricoté par Ginette, mentionne Claire. Elle n’a pas réussi à me transmettre ses passions pour le tricot et les jeux de cartes, mais je ne me passerais plus de mon Coco. »

Ginette Audet est décédée paisiblement le 21 septembre, à l’âge 79 ans. « Elle est partie le jour de son anniversaire de mariage. Mes parents auraient fêté leur 61e anniversaire de mariage », conclut Lynda Parent, qui aime Rémi aussi fort que sa mère l’a aimé.