Faire cavalier seul

CHRONIQUE / Depuis le 25 mars, en raison de la crise du coronavirus, les propriétaires d’un cheval en pension dans les centres équestres du Québec n’ont plus accès à leur animal, sans quoi ils risquent une amende.

De plus, les écuries doivent mettre sur pause toutes leurs activités et ne recevoir aucun visiteur, à part les gestionnaires et leurs employés.

Le problème, c’est que, sans l’aide des pensionnaires, certaines écuries n’arrivent pas à avoir la main-d’oeuvre, le temps et le budget nécessaires pour donner tous les soins aux chevaux. Plusieurs s’inquiètent pour leur bête, qu’ils ont l’habitude de dorloter quotidiennement.

De son côté, Claudia Fillion, nouvellement propriétaire du Centre Équestre BQH, a mis le paquet pour que la quarantaine de chevaux qu’elle héberge dans ses installations du chemin Saint-Joseph, à Chicoutimi, ne manquent de rien.

Dès les premiers signes de la crise de la COVID-19, soit une semaine avant que le gouvernement annonce l’interruption de tout service non essentiel, Claudia avait pris l’initiative de fermer son centre aux pensionnaires. « Je voulais protéger mes 12 employés et ma famille », souligne-t-elle.

Cette décision lui a coûté cinq de ses 14 pensionnaires, lesquels ont quitté pour mettre leur cheval dans une écurie leur laissant avoir accès à leur animal. « On a qu’à regarder dans les stationnements de certaines écuries, où il y a plein de voitures, pour comprendre que ce n’est pas tout le monde qui suit les consignes », remarque-t-elle.

Claudia a diminué son équipe à cinq palefrenières, qui se relayent sept jours sur sept pour donner les soins aux animaux. « Les chevaux sont sortis tous les jours et nous avons un entraîneur pour continuer leur entraînement », poursuit la propriétaire du Centre équestre BQH.

Comme les chevaux continuent leur routine, aucun changement sur leur comportement n’a été noté.

Par contre, financièrement, les dépenses sont plus importantes que les revenus, car la situation a poussé Claudia Fillion à mettre un terme aux cours et au programme de concentration en équitation. Même les camps d’été et les spectacles de La Fabuleuse Histoire d’un Royaume, dans lesquels performent les chevaux de BQH et qui représentent 60 % des revenus, sont aussi incertains. « En plus, comme les moulins à scie sont fermés, nous n’avons plus de litière pour mettre dans les box. J’ai dû acheter de la ripe en ballots, ce qui est beaucoup plus dispendieux. »

Celle qui se passionne pour les chevaux remercie les pensionnaires qui respectent les consignes et ajoute qu’elle sera en pleine forme pour le retour à la normale.

MARÉCHAL-FERRANT

Thomas Laprise est maréchal-ferrant depuis 15 ans au Saguenay. Comme le parage et le ferrage d’entretien régulier ne sont pas considérés essentiels, il se montre disponible pour répondre uniquement aux urgences et aux pathologies qui ne peuvent attendre.

« Je m’inquiète pour les chevaux qui vivent principalement au box. L’arrêt soudain de l’entraînement risque de nuire à leur capacité de performer. La forme physique va diminuer considérablement, explique Thomas. Ils risquent de devenir anxieux et beaucoup moins dociles en raison de leur surplus d’énergie. »

Plusieurs de ses clients ont des chevaux qui vivent avec différentes problématiques de santé et qui requièrent des sorties quotidiennes hors du box. « Il y a donc un risque d’aggravation de différentes pathologies à court terme. »

Pour les chevaux au pré, à part une diminution de la docilité, le maréchal-ferrant croit que les séquelles risquent d’être moins élevées. « Envoyez le plus possible de chevaux au champ et si l’infrastructure ne le permet pas, il faudrait permettre aux propriétaires de passer quotidiennement sur rendez-vous pour s’occuper de leur cheval et de celui de leur ami. On ne peut pas tout simplement les laisser au box et attendre que ça passe », conclut-il.

RÈGLEMENTS

Jusqu’au 4 mai, il est interdit de transporter des animaux d’un lieu à un autre, à moins d’une urgence. Aucun propriétaire d’écurie n’a le droit d’accepter un nouvel animal dans son établissement. Ayant la responsabilité des soins, de la garde et du contrôle des chevaux, les gestionnaires et employés assurent les soins minimums requis. Ainsi, le cheval doit être nourri et abreuvé, se trouver dans un environnement propre, faire l’exercice dont il a besoin selon sa condition, être vu et évalué un minimum de deux fois par jour et recevoir les traitements urgents.

Comme les propriétaires de cheval ne peuvent plus rendre visite à leur animal, la propriétaire du Centre Équestre BQH, Claudia Fillion, fait tout son possible pour que les chevaux qu’elle héberge gardent leur routine.