Des oeufs de poules végétariennes

Mélissa Viau
Mélissa Viau
Le Quotidien
CHRONIQUE / Après les oeufs oméga-3, les oeufs biologiques et les oeufs de poules en liberté, voici les oeufs de poules nourries avec une diète végétarienne.

Même si le consommateur a parfois des caprices qui frôlent l’impossible, les agriculteurs font des pieds et des mains pour se plier à ses exigences.

C’est ce que fait Nicholas Tremblay, un producteur d’oeufs du Québec. Installé au Saguenay–Lac-Saint-Jean, plus précisément dans la petite municipalité de Saint-Ambroise, il ramasse plus de 33 500 oeufs quotidiennement.

Nicholas produit des oeufs oméga-3, des oeufs traditionnels et des oeufs de poules en liberté. « Je n’ai pas encore eu de demande pour les poules nourries avec une diète végétarienne », souligne-t-il. Les producteurs d’oeufs du Québec ont accès à une alimentation végétarienne adaptée à la poule pour qu’elle ne manque de rien, et ce, même si elle est omnivore. « Nos poules sont comme des formules un, on ne peut pas se permettre de négliger leur alimentation », souligne-t-il. La moulée offerte, qu’elle soit végétarienne ou pas, est conçue par des nutritionnistes et les recettes sont balancées pour donner 100 % des besoins à une poule, afin de la rendre optimale.

La farine animale, qui se retrouve dans la nourriture de plusieurs animaux, dont celle des poules, est une façon de valoriser un rejet de l’abattoir en le remettant dans la chaîne alimentaire. La farine animale sert aussi de compostage pour enrichir les terres agricoles. « Au Québec, la moulée des poules contient aussi beaucoup de maïs. Si on se déplace vers l’Ouest, c’est plutôt l’orge et le blé qui la composent. Tout dépend des ressources disponibles », remarque M. Tremblay.

Le cycle de vie d’une poule industrielle est d’un an et demi. Pendant les cinq premiers mois de sa vie, elle passe de poussin à poulette. Ensuite, elle déménage dans les bâtiments conçus pour la ponte, pour une durée de 12 à 13 mois. À l’âge d’un an et demi, sa vie prend fin pour servir de produits transformés et devenir de la saucisse ou tout autre dérivé de la volaille. « Une compagnie de génétique canadienne, qui fournit la génétique de poule, travaille à allonger le cycle de production des poules jusqu’à 16 mois. C’est quelque chose qui pourrait voir le jour d’ici cinq à dix ans », confie Nicholas Tremblay.

Liberté

Bien que plusieurs privilégient les oeufs de poules en liberté, l’agriculteur avoue que c’est un produit qui est plus coûteux et qui comporte plus de risques. « Ça demeure une production plus vulnérable au niveau de la propagation des maladies », relate celui qui possède 16 000 poules en liberté réparties dans deux bâtisses. Quant à ses 19 200 poules, maintenues en système conventionnel et aménagé, elles sont installées dans la même bâtisse. « En système aménagé ou conventionnel, on peut héberger une plus grande quantité d’oiseaux dans une bâtisse exploitée en hauteur, alors qu’en liberté, la densité au pied carré est réduite à un seul plancher. Ce qui demande aussi un système de chauffage d’appoint, car il y a moins d’oiseaux pour réchauffer la place. » En liberté, étant donné que les poules ont plus de chances d’être en contact avec leurs fientes, les risques de contamination avec des pathogènes sont plus élevés. Les risques de mortalité sont donc plus grands, ainsi que les risques de se blesser entre elles. « Comme elles bougent plus, elles consomment aussi plus de moulée, ce qui n’est pas mauvais en soi », rassure l’agriculteur.

Poules à la maison

Depuis 2016, Martin Boisvert offre des formations un peu partout au Québec pour encadrer les gens ayant envie d’avoir quelques poules à la maison. Même si la plupart des gens achètent leur moulée, Martin encourage les gens à offrir leurs restants de table à leurs poules qui aiment se délecter de la majorité des aliments, y compris la viande. « Selon moi, avec les oeufs de poules nourries avec une diète végétarienne, on veut correspondre aux valeurs des végétariens, mais on impose une diète aux poules qui n’est pas convenable, réfléchit-il. Est-ce admissible d’imposer ses propres convictions à un animal même si ça va à l’encontre de sa propre nature ? »

M. Boisvert a réalisé une carte de la province de Québec présentant des ressources disponibles et utiles pour la garde de poules, dont les boutiques offrant de l’équipement, des accessoires, de la nourriture, de la litière, des poules hybrides, ainsi que des cliniques vétérinaires pouvant traiter les poules, des fabricants de poulaillers et bientôt, il ajoutera les éleveurs de poules de races. Pour en savoir plus : https ://neo-terra.ca/ressources